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Platon: Œuvres complètes. Tome IV, 3e partie: Phèdre

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Sur les bords du fleuve Ilyssos, Phèdre et Socrate devisent, à l'ombre d'un platane, pour se protéger du soleil. C’est dans ce climat d’amitié et de simplicité que se déroule l’un des plus grands dialogues platoniciens. L’immortalité de l’âme, le mythe de l’attelage ailé, celui des Cigales relatant l’apparition des Muses, et celui de Theuth qui raconte l’invention de l’écriture sont autant de morceaux d’anthologies présents dans ce précieux dialogue. Divisé en deux parties, la première traitant de l’amour et la seconde de la rhétorique, le texte contient en outre en préambule la position de l’auteur par rapport à la mythologie, et s’achève par la fameuse prière du philosophe.

Notre édition présente en un volume le dialogue. La longue notice introductive constitue une véritable étude du texte et fournit toutes les clefs nécessaires à la compréhension de ce dernier. Elle situe le texte aux alentours de 415 et analyse les liens de ce dialogue non seulement avec Le Banquet, dont la parenté thématique avec Phèdre est évidente, mais encore avec le reste de l’œuvre, notamment avec La République et Philèbe. Les personnages, dont Lysias et Isocrate, ainsi que l’itinéraire de Socrate et Phèdre, sont amplement décrits. Les deux thèmes majeurs, l’amour et la rhétorique, sont analysés en détail et complétés par de judicieuses pistes de lecture. L’histoire de la tradition manuscrite est longuement relatée et assortie d’une brève notice bibliographique ainsi que d’un Index Testimoniorum. Des notes accompagnent la lecture et sont développées, en fin d’ouvrage, par des notes complémentaires.
Տարի:
1933
Հրատարակչություն:
Les Belles Lettres
Լեզու:
french
Էջեր:
383
ISBN 13:
9782251003795
Սերիաներ:
Collection des universités de France Série grecque - Collection Budé 302
Ֆայլ:
PDF, 13.64 MB

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COLLECTION
publiée sous

le

DES

UNIVERSITÉS DE FRANCE

patronage de rASSOClATION

GUILLAUME BUDÉ

PLATON
OEUVRES COMPLÈTES
TOME

IV

—

3«

PARTIE

PHÈDRE

TEXTE ÉTABLI ET TRADUIT

m
Léon ROBIN
Professeur à la Sorbonne.

PARIS
SOCIÉTÉ D'ÉDITION
q5,

« LES BELLES LETTRES
boulevard raspail

ig33
Tous droits réservés.

Conformément aux
Budé,

ce

volume a

statuts de l'Association
été

Guillaume

soumis à l'approbation de la
a chargé M. Louis Méridier

commission technique, qui

d'en faire la revision et d'en surveiller la correction en
collaboration avec M. Léon Robin.

http://booksenligne.blogspot.com/

PHÈDRE

844287

NOTICE

I

LE PHÈDRE

et

Entre le Banquet et le Phèdre la rclal * on est une ^ e ce ^ es < U ' nous son t I e
I
te Phèdre
dans tous les deux en
plus familières
il est
parlé de l'amour et ce sont eux qu'on utilise pour
:

effet

définir la conception que s'en fait Platon. Toutefois, ainsi
la relation n'est
peut-être qu'extérieure et superfi-

comprise,
cielle.

Sans doute

le sujet

;

verra (section ///),

Phèdre. Bien plus,
se

pas faux de dire que l'amour est
mais c'est une question, comme on le
de savoir s'il en' est pareillement du

n'est-il

du Banquet

même

à propos

du premier, on

avait

pu

demander (Notice

autre

p. xcn, n. i) s'il ne s'y cachait pas une
intention, celle d'opposer, sur ce thème, le point de

vue de

la
Philosophie à celui des Sophistes et des Rhéteurs.
Cette intention se dévoile et prend corps dans le second dia-

où décidément le problème de l'amour semble bien
pour Platon qu'une occasion de dire comment il conçoit
la culture et
l'enseignement, d'une façon qui contraste vivement avec l'idée qu'on s'en faisait dans les écoles de rhétorique. Il en résulte d'ailleurs, ainsi qu'on essaiera de le
montrer plus tard (Notice, p. cxxxv sqq.), un approfondissement et un élargissement de la conception même de
l'amour par la nécessité, ouvertement reconnue, d'y introduire une théorie de l'àme. Il est possible aussi que, dans le
Banquet, cette nécessité fût déjà entr; evue, si vraiment la
•connaissance de l'âme humaine est, comme je l'ai pensé
logue,
n'être

PHÈDRE

ii

(p. 92, n.

1

et Notice, p. vu),

même homme

au

l'art

comique.
l'infirmité de

d'exceller

En

la

condition qui permettrait

également dans

tout cas ce qui, d'après

l'art
le

tragique et
Phèdre, fait

l'art de la
parole, en général et tel qu'il est
c'est
constitué,
présentement
justement l'ignorance où il est
du rapport de ses moyens d'action avec la nature vraie des

âmes humaines.
L'authenticité du Phèdre n'a pas plus
besoin d être d iscutée que ce u e du Ban ,
( uet
st
E,,e
l
garantie, d'abord par

Authenticité
GZ
la

CL3.Z&

.

(iP

composition.

f

\

plusieurs références aristotéliciennes,
soit avec le titre seul, soit avec le nom seul de Platon 1

,

ensuite parla tradition unanime de l'Antiquité. La question
délicate, c'est de savoir à quelle époque Platon l'a écrit. Il

y a dans ce dialogue une telle allégresse de vie, une si grande
fraîcheur de jeunesse qu'on a pendant longtemps ajouté foi
à une allégation rapportée par quelques écrivains anciens
i
d'époque tardive
que le Phèdre serait le premier ouvrage
de Platon, antérieur même, disent certains, à la mort de
Socrate et datant de sa vingt-cinquième année environ. Celte
opinion, à la vérité, avait rencontré des adversaires mais ce
sont les travaux des Stvlisticiens qui l'ont le plus fortement
ébranlée. On ne peut dire cependant qu'ils lui aient porté
le coup de grâce et qu'il y ait rien d'entièrement décisif
dans les résultats auxquels a conduit la comparaison de la
langue du Phèdre avec celle de dialogues que leur parenté
,

;

stylistique avec les Lois a fait reconnaître

eux-mêmes comme

1. Pour le
premier cas: Rhet. III 7 fin (à propos de l'emploi
Top. VI 3,
ironique de la langue de la poésie). Pour le second
ces textes, les
i4o b 3 sq. ; Metaph.
6, 1071 b, 3i-33, 37 sq.
seuls que mentionne Bonitz (Index 598 b, 25 sqq.), il faut sans doute
:

A

A

ajouter deux autres passages, qui semblent viser le Phèdre mais où
Platon n'est même pas nommé Phys. VIII 9, 265 b, 3 2-266 a, 1 et
De an. I 2, 4o/i a, 20-25.
:

Diogène Laërce III 38; Hermias, Commentaire du Phèdre
1 4-ï
9 Couvreur; Olympiodore (le Jeune) Vie de Platon (vol. VI
du Platon d'Hermann, p. 192 s. med.), témoignage qui se confond
2.

p. 9,

avec celui de la Scholie à 2 27 a

(Hermann

p.

262), d'après

le

commen-

Premier Alcibiade; car la 1 je de Platon est elle-même
extraite de ce commentaire (cf. l'éd. de ce commentaire par Creutaire

zer

sur

II, p.

le

xviii n. 2 et p. 2). Cf. Notice p. lix.

m

NOTICE
tardifs

:

une

statistique

brutale des particularités verbales

de méconnaître les altérations apportées dans
la prose du second discours de Socrate par le seul parti-pris
poétique qui le domine d'un bout à l'autre. Encore moins
déterminantes pour renoncer à voir dans le Phèdre une œuvre
de jeunesse seraient d'ailleurs les raisons tirées des rapports
on verra plus tard
personnels entre Platon et Isocrate
combien elles sont fragiles (p. clxxii sqq.). Une discussion
aussi me contensur ce point entraînerait donc (ort loin
sur
de
indications
la
terai-je
quelques
position que me
semble avoir le Phèdre dans l'œuvre de Platon. Tout compte
risque en

effet

:

:

prétendue objectivité sur des matières historiquement
aux vraisemobscures n'est, je crois, qu'une chimère
blances qu'on a pu obtenir s'en opposent d'autres, et l'attirail
fait, la

si

:

de dates dont chacun étaie sa conviction est un trompe-l'œil.
Aussi m'appuierai-je uniquement sur l'analyse interne et sur
des considérations relatives au contenu

subjectivité pour
subjectivité, celle-ci se reconnaît au moins pour telle.
En premier lieu, je crois le Phèdre postérieur au Banquet.
:

on comprendrait mal que, dans un dialogue spécialement consacré à l'amour, Platon en eût dépouillé
la théorie de
développements qui, sans la modifier, lui donnent
Si c'était l'inverse,

cependant toute sa portée. D'autre part, à supposer que Platon eût déjà écrit cet entretien de Socrate avec Phèdre sur
l'amour et à propos d'un Érôticos de Lysias, aurait-il présenté dans le Banquet comme il l'a fait (177 a sqq.) les
plaintes de Phèdre sur la négligence des auteurs à l'égard
d'un tel sujet? On pensera bien plutôt que, en donnant ici

pour interlocuteur à Socrate Phèdre, et non pas un autre, il
s'est souvenu des
il
plaintes dont il s'agit
y aurait donc là
un renvoi implicite au Banquet. Il y en a d'ailleurs d'autres
et qui sont plus manifestes
Phèdre est celui des hommes de
:

:

son temps, exception faite pour Simmias le Thébain, qui a
fait se
produire le plus de discours (242 ab) et, à ce titre, il
mérite d'être appelé « le père de beaux enfants » (261 a) 2
.

On

1.

la

trouvera dans

ma

Théorie platonicienne de l'Amour (1908),

63-109. ^oi 1 UD* excellente mise au point de
A. Diès Autour de Platon, p. a5o-a55.
"

p.

2.

tation

Cf.

que

la

question dans

Banquet, Notice, p. xvn et, ici, p. 27 n. 2. L'interprédonnée de xaXXi^ai? n'est qu'une de celles que propose
j'ai

PHÈDRE

iv

Enfin nombre de passages du Phèdre ne prennent, je crois,
tout leur sens que si on les rapproche du Banquel 1
Mais une deuxième question se pose aussitôt le Phèdre
est-il immédiatement consécutif au
Banquet P C'est ce que
suppose le plan de cette édition de l'œuvre de Platon (vol. I,
p. i3), en mettant le Phèdre entre le Banquet et la République. Mais on a eu soin d'ajouter que la chronologie sur
sur une question
laquelle se fonde ce plan est conjecturale
aussi controversée que celle de la place du Phèdre la sagesse
était donc de prendre un
parti moyen et, d'autre part, de ne
pas le séparer d'un dialogue dont le sujet est voisin. Il n'en
reste pas moins que l'antériorité du Phèdre par
rapport à la
République n'est nullement hors de question. Mon sentiment
personnel est qu'au contraire il lui est postérieur. D'abord il
est psychologiquement peu vraisemblable
que, aussitôt après
le Banquet, Platon ait senti le besoin d'en
élargir la doctrine
pour tracer une image, inégalement poussée sans doute, de
la culture
philosophique dans son ensemble et pour l'opposer
à la culture rhétorique
un temps de méditation semble
nécessaire. Cet intervalle assurément pourrait avoir été vide
de tout écrit. Si en revanche il existe un ouvrage sans lequel
le Phèdre serait souvent inintelligible, c'est dans l'intervalle
qu'il faudra placer celui-là. Or, c'est ce que je voudrais
.

:

:

:

maintenant
condition

établir, la République satisfait justement à cette
par conséquent, le livre I étant supposé déjà

et,

depuis longtemps, la composition de ce grand dialogue,
en un seul ou en plusieurs moments, me parait avoir assez
abondamment rempli cet intervalle pour donner à l'élargissement dont je parlais le temps de se préparer. Ceci se vérifiera peu à
peu par la suite. Dès à présent je dirai que le
mythe de l'attelage ailé serait difficilement intelligible si la
tripartition de l'âme, au livre IV de la République, ne permettait de l'interpréter
admet-on que le mythe a précédé

écrit

;

Hermias (323, 17
Quaest. platon. II

mais
1000 f sq.

sq.),

1,

celle que développe Plutarque
Voir en outre, à propos de 228 b

c'est

—

1 de la
p. 3.
Voir p. ii n. 1 fin p. 18 n. 3 ; p. 19 n. 1 ; p. 22 n. 1 p. a3
n. 3 ; p. a5 n. 1 ; p. 28 n. 3
p. 02 n. 1,2
p. 46 n. 3 p. A7 n. 1
et 4
p. 68 ni 1
p. 96 n. 1. Cf. aussi Notice
p- 53 n. 1 fin
p. lxix sq., les notes de p. lxxii, p. civ n. 2, cxxix etc.

la n.
1.

;

;

;

;

;

;

;

;

NOTICE

v

l'explication ? On devra nier alors le caractère de nouveauté
que, selon moi, Platon a incontestablement attribué à cette
explication (cf. p. cxvn sqg.). Sur le problème de l'immortalité de l'âme, il
y a dans la République des témoignages visibles
d'embarras (cf. p. cxxv)
ne seraient-ils pas fort étranges
;

après la démonstration du Phèdre, puisque celle-ci est conservée par Platon à la fin de sa carrière, quand il achève les
Lois(X. 8g4 e-8g5 c,

sur certains

896 ab)

?

L'eschatologie

du Phèdre

points, bien énigmatique sans

serait,

l'eschatologie

du livre X de la République, notamment la combinaison du choix avec le tirage au sort pour les âmes qui
vont commencer une nouvelle existence terrestre (249 b) de

similaire

;

des prédestinations, la place du
tyran au neuvième et dernier rang de l'échelle (2^8 e ;

même, dans
cf.

la hiérarchie

Enfin

p. xc).

supra-céleste »

il

ne

me

parait pas douteux que le « lieu
soit rien d'autre qu'un doublet

du Phèdre ne

mythique du « lieu intelligible » de la République (VI 5o8
VII 517 b), et il n'y a d'autre différence, de la
bc, 5og d
République au Phèdre, pour la situation dans laquelle est ce
lieu par rapport au ciel astronomique, qu'une plus grande
précision et une affinité plus marquée avec la psycho-astrologie du Timée et des Lois.
'

;

C'est qu'en effet le Phèdre présente de remarquables ressemblances avec les dialogues de la dernière période. Je
laisse de côté le
point de vue stylistique et je reconnais à quel
ils diffèrent dans la forme littéraire
mais il y a des
point
ressemblances de fond sur lesquelles il est impossible de
fermer les yeux. N'est-ce pas tout d'abord un fait significatif
que l'aspect, vraiment nouveau en dépit de certaines anticipations de la République,
que prend dans le Phèdre la dialectique
avec l'importance prépondérante de la méthode de division,
;

précisément celui que développent avec prédilection le
Sophiste et le Politique, celui sur le sens profond duquel le
Philèbe (16 c-e) insiste avec tant de force (cf. p. cliv sqq.) ?
En affirmant la supériorité de la dialectique, sous le rapport

soit

de l'exactitude, sur tous ceux des autres arts où

il
y a le plus
d'exactitude, ce dernier dialogue précise d'ailleurs, non sans
solennité, que la rhétorique est à cet égard complètement

1.

Contrairement

à ce

que

tonicienne de l'Amour, p. 84-

j'ai

dit par erreur

dans

la

Théorie pla-

PHÈDRE

vi

Bien plus, c'est de cette méthode
Lois (XII 966 a et cf. p. clvii) exigent une parfaite possession chez les magistrats du Conseil
Nocturne. On aura dans la suite plusieurs occasions particuhors de cause (58 a-d).

même du

Phèdre que

les

de rapprocher Phèdre et Philèbe (p. 59 n. 1, p. 61 n. 2,
87 n. 1). De son côté le Politique éclairera, lui aussi, certains points obscurs (p. cxv) tout ce qui y est dit des caractères de l'art (283 c-287 b) développe des indications, encore
imprécises, du Phèdre sur le même sujet. Quant au Timée,
il est difficile d'en
exposer la doctrine sur l'âme sans se référer constamment au Phèdre, et la réciproque, on le verra,
n'est pas moins vraie. Au surplus, quand le Phèdre affirme
solennellement (269 e-270 c) qu'il n'y a pas de vraie rhétotoriquc capable d'agir sur les âmes, non plus que de vraie
médecine capable d'agir sur les corps, sans la connaissance
de la relation qui unit au Tout l'âme aussi bien que le corps,
n'y a-t-il pas là comme une annonce du Timée? Le dialecticien philosopbe qui à la rhétorique empirique veut en substituer une autre, telle qu'elle soit un art éducateur fondé
sur la science, devra donc préalablement connaître la Nature;
or cette exigence est celle à laquelle répond le Timée. Enfin
nous avons vu tout à l'heure comment le livre X des Lois
ne retient qu'une seule preuve de l'immortalité, qui est justement celle du Phèdre. Tant de points de contact entre notre
dialogue et ceux de la vieillesse conduisent donc à penser
que, postérieur au Banquet et à la République c'est de ceux-là
lières
p.

:

,

d'autre part qu'il est le plus voisin'.
Schleiermacher avait cru trouver dans le Phèdre

gramme de

toute la philosophie de Platon,

le

programme

protracé

dans l'enthousiasme d'une jeunesse inspirée; chaque dialogue
venait à son tour développer un des points de ce programme.
L'invraisemblance psychologique d'une telle conception suffirait à la condamner.
Cependant il n'était pas faux de
c'est
regarder le Phèdre comme un raccourci de l'ensemble
:

qu'en
1.

effet le

Je

dois

dialogue retient beaucoup dupasse,
pourtant renoncer à

la 'témérité

de

notamment

mon

ancienne

conjecture (op. cit., p. ii4-ii8): je n'oserais plus aujourd'hui
considérer tout ce qui, dans le Phèdre, s'apparente à la doctrine des
derniers dialogues ou, tout au moins, du Timée, comme un rappel
sommaire de ce qui a été établi dans ceux-ci.

NOTICE

vu

et de la République, et qu'en même
présage et définit l'avenir. L'erreur de Schleierma-

du Phédon, du Banquet
temps

il

eher a été de s'imaginer une telle anticipation figeant, pour
cinquante ans au moins, la pensée de Platon dans un moule

Or

les développements méthodologiques ou doctriPhèdre anticipe sont au contraire tout proches, et
le
programme ou le plan qu'il en trace est pour être réalisé
dans la dizaine d'années qui suit. En plaçant ainsi le Phèdre

préfiguré.

naux que

le

après le Banquet et la République, je suis amené à le rapprocher du Théétète ce sont des dialogues du même type et qui
:

semblent devoir se situer à peu près de même, tant par rapport aux dialogues de la maturité qu'à ceux de la vieillesse.
Le Théétète est d'un charme exquis dans le mouvement du
dialogue et dans la façon dont il s'engage s'il est, comme
on le pense assez généralement, un peu postérieur à 36q, il
;

atteste chez

un homme qui

merveilleuse intensité

de

ainsi toucherait à la vieillesse
vie,

un

irrésistible entrain

une

de

la

d'une polémique serrée, pressante non sans
causticité, on y trouve une méditation, vibranted'enthoupiasme, sur ce modèle divin qu'il faut s'efforcer d'imiter, une
imprécation vengeresse contre le modèle humain loin duquel
on doit s'écarter. Du Phèdre ou du Théétète, lequel placerat-on le premier? En faveur de l'une ou l'autre solution on ne
présumerait rien que de fragile. Ce qui importe surtout
d'ailleurs, c'est de souligner la signification du rapprochement
conjecturé. Dans le Théétète, Platon suppose la rencontre
de Socrate jeune avec le vieux Parménide et avec Zenon
(i83 e) fiction sur laquelle est construit le Parménide. Que
celui-ci soit ou non antérieur au Théétète, à tout le moins
y
a-t-il dans ce dernier (180 d-181 b,
84 a) une intention
déclarée de disjoindre l'Lléatisme de toutes les autres doctrines
philosophiques pour en faire l'objet d'un examen spécial il
y a même l'annonce d'un essai de synthèse, qui se fera autant
aux dépens de l'Eléatisme que de ce qui s'y oppose. Or c'est
ce qui sera réalisé par le Sophiste et,
pour autant qu'il définit
les rapports de l'Un et du
Multiple, par le Philèbe. De plus,
en distinguant comme il le fait sensation et science, le Théétète
détermine, au moins négativement, à quelles conditions il peut
exister un vrai savoir concernant les
phénomènes de la nature,
objets de la sensation ainsi il serait comme une préface épistémologique au Timée. Enfin, si les difficultés du problème

pensée

à côté

;

:

1

;

;

PHÈDRE

vin

de l'erreur sont mise.? en pleine lumière par le Thèètète,
c'est au Sophiste qu'il
appartiendra de fournir la solution.
De son côté, en montrant que l'amour est dans l'âme le lien

—

du sensible avec l'intelligible, que ce ne sont pas là deux
mondes qui se nient mutuellement, le Phèdre prend une position antagoniste de celle des Éléates ainsi en effet
cilie le non-être de la sensibilité avec l'être de l'Idée.
;

il

récon-

Ce savoir

dit que chaque âme est grosse a
latent
de s'élever que, d'après le
pouvoir
Phèdre, gardent toujours les ailes de celle-ci, desséchées et
durcies par son union à un corps de terre: double expression

secret

dont

le Théélète

pour pendant

nous

le

mythique, par conséquent, d'une idée à laquelle le Sophiste
donnera sa forme dialectique. De plus, la méthodologie du
Phèdre semble complémentaire de l'épistémologie du Thèètète.
Enfin, tandis que ce dernier envisageait l'affection sensible,
le Tiaôo;, sous son aspect de sensation, d'état individuel et

momentané
n'est à

qui,

sans

l'acte

synthétique

aucun degré une connaissance,

du jugement,

l'autre la

considère

d'une jouissance, qui n'est pas le véritable
amour ou qui n'en est qu'une dégradation. D'autre part, en
un passage (258 e et p. 5g n. i) qui rappelle une analyse de la
République, il prélude au développement que cette analyse
doit recevoir dans le Philèbe.
En somme ce seraient là deux dialogues en quelque mesure
parallèles, et pareillement liminaires. Avant d'entrer dans
des voies qui, préparées de longue date, n'en sont pas moins
nouvelles, il semble que Platon ait voulu régler ses comptes
dans le Thèètète, c'est avec certaines écoles philosophiques,
hormis toutefois celle sous la pression de laquelle il s'engageait justement dans ces chemins nouveaux dans le Phèdre,
c'est avec les écoles des rhéteurs. Les deux dialogues se placeraient donc dans la période qui précède le départ de Platon,
au printemps de 366, pour son deuxième voyage en Sicile.
sous

l'aspect

:

;

Toute tentative pour préciser davantage

comme

serait

arbitraire.

précédé le Phèdre
République
si le
Banquet est de 385 ou de 38o environ, écho plus ou
moins attardé de la fondation de l'Académie (cf. Banquet,
Mais,

si la

a,

je le crois,

;

Notice p. ix n. a et p. xci sq.) si l'on réfléchit aux tâches
absorbantes que sa fonction de Chef d'École dut imposer à
Platon, on pensera qu'entre le Banquet et le Phèdre il a dû
;

s'écouler

un

intervalle qui ne peut être inférieur à

une dizaine

JNOTIGE

jx

Notre dialogue suppose en effet une
conscience précise des besoins de l'enseignement, des expériences faites sur les procédés les plus féconds de la dialecd'années au moins.

tique, bref toute une organisation méthodique de la culture.
Or cela n'apparaissait pas dans le Banquet ; d'autre part,

l'éducation des philosophes telle que la décrit le livre VII
de la République, ne dessinait que des fondations ou les plus

grandes lignes de ce qui doit être le couronnement de toute
éducation libérale. Mais peut-être aussi, et pour les mêmes
raisons, le Phèdre atteste-t-il chez Platon une soif de délasse-

l'achèvement d'une longue tâche

joie qui suit

la

ment,

et

impatiente de se déployer en un mouvement aisé et
libre de la pensée; bref tout ce qui a déterminé Wilamowitz à intituler « Un heureux jour d'été » le chapitre de son
est

qui

:

Plalon qui est consacré à notre dialogue

'.

II

QUESTIONS D'HISTOIRE

de

Peut-être n'est-il pas très nécessaire de
chercher à dater la scène du Phèdre
:

scène

la

ne suffit-il pas, tenant compte de l'allusion qui y est faite au rôle de Phèdre dans la scène du Banquet,
de dire que Platon a voulu qu'on la supposât postérieure à
celle-ci ? Or celle-ci se place vraisemblablement en hi6. Mais,
2
on manque
pour assigner à l'autre la date précise de 4io
de base Lysias, dit-on, serait revenu d'Italie à Athènes en
4ia, il y aurait fait bientôt figure d'homme de lettres et il
en aurait donné une preuve en composant un Erôticos. Or
rien de tout cela, on le verra bientôt (p. xiv sqq.), n'est
,

:

assuré.

En

Phèdre
i.

que,

il

finale
2.

3
I,

comme
de

la

il

scène?

sans doute à dire, c'est que dans le
tout question, comme dans d'autres

ait

qu'il y
n'est pas du

Platon

« soupir de

servirait-il d'ailleurs à dater la

quoi cela

La seule chose

p. 459. Toutefois
le

dit,

le

soulagement

»

il

n'en résulte pas nécessairement

Phèdre doive

être

en quelque sorte

le

qu'arrache, sans délai, à Platon la ligne

République.

Comme

l'a

fait

L.

Parmentier,

L'âge de Phèdre

dans

le

dialogue de Platon, Bulletin de l'Association Guillaume Budé, janvier

1926, p. 9.

PHÈDRE

x

dialogues, des inimitiés que Socrate a suscitées contre lui,
encore moins de poursuites judiciaires, possibles, imminentes,

ou déjà engagées.

C'est donc,

si

l'on tient à toute force à

situer dans l'histoire sociale et politique

une scène qui est, en
elle-même, en dehors de toute histoire, que Platon a voulu
nous reporter à une époque éloignée du procès. La scène
n'a besoin d'être située que dans la série de ces petits drames
fictifs dont Socrate est l'ordinaire
protagoniste c'est un cas
analogue à celui de la Comédie humaine de Balzac.
:

^_ or

Ce qui, par
une singularité
remarr
e
quable, mente en revanche plus d atten-

,i,,„

t,

i

Topographie.

même

»

de cette scène.

Il ne semble
pas en
indications
imaginaire, puisque
topographiques données par Platon nous permettent, avec le secours
des découvertes archéologiques, de le retrouver sur le ter-

tion, c'est le lieu

effet qu'il

soit

les

Relevons dans leur ordre toutes ces indications. Phèdre
va pour faire une promenade hors des Murs et sur la grand'route (227 a) c'est donc qu'au moment de sa rencontre avec
Socrate il est encore en dedans, et l'expression, malgré ce
rain

1

.

:

qu'un peu plus bas (228 b) elle a d'ambigu, n'y peut avoir
un autre sens. De l'endroit où ils se sont rencontrés on voit,
Phèdre la montre, la maison de Morychus et, tout contre,
on aperçoit aussi le temple de Zeus Olympien. Phèdre invite
Socrate à marcher avec lui, tout en devisant (b, 1. 8). Si
longue que puisse être

la promenade projetée par Phèdre,
suivre en partant des Murs jusqu'à
à faire deux fois ce chemin aller et retour,

Socrate est prêt à

Mégare,

et

même

le

selon le précepte d'Hérodicus (227 d). Toutefois, puisqu'aussi
bien il faudra s'asseoir quelque part pour lire le discours, il

propose à un moment de se détourner de la grand'route pour
suivre le cours de l'Ilissus (229 a) jusqu'où il fera bon de
s'arrêter. Chemin faisant, on discute de l'endroit où Borée
Voir Thompson, The Phaedrus (i868\ notes à 229 c et a3ob
Wilamowitz, Platon* I, p. 456 n. 1. Je dois tout ce qui
que le plan de la page suivante, à la compétence de mon
collègue Ch. Picard, ancien directeur de l'Ecole française d'Athènes,
1.

(p. 7 et 9)
suit, ainsi

;

à qui j'exprime

ma

veillant avec lequel,
petit

problème.

bienplus vive gratitude pour l'empressement
à ma demande, il a étudié les données de ce

NOTICE

xi

enleva la Nymphe Orithye
ce n'est pas ici où les rives,
étant plates, semblent à Phèdre propices aux ébats des jouvencelles, mais en contre-bas, à deux ou trois stades environ,
au point où on passe la rivière quand on va vers le sanctuaire
:

d'Agra, car

(229

c).

il

y a là des rochers qui en dominent le lit
ils continuent à avan-

Sans s'interrompre de parler,

Maisonr tt-

,+.+.*. +. +

•

+ •+

o.o.o-o-o.oo

cer. C'est ainsi qu'ils se trouvent tout à coup devant ce
vers lequel ils se dirigeaient (23o a ; cf. 229 a).

haut

platane
Ces données,

il faut maintenant les
interpréter. D'abord,
rencontre a lieu à proximité du Mur, du moins est-ce,
comme déjà cela semblait probable, à l'intérieur de la ville
si

la

;

sans quoi on ne pourrait voir la Morychienne et l'Olympieïon
lequel se trouvait en dedans du rempart de Thémistocle.

D'autre part,

Socrate

avoir idée de faire sa

ne penserait pas que

promenade

vers

Mégare

Phèdre pût
si

l'on n'était

du

côté d'une porte ouvrant sur la route qui y mène, c'està-dire près de la porte Dioméïa ou, ce qui est moins pro-

bable, d'une porte voisine, l'Itonia. Dans ce dernier cas, le
point où les deux promeneurs, ayant quitté la route, rejoignent l'Ilissus est plus rapproché de celui d'où ils sont partis
IV. 3.

—

;

b

PHEDRE

xii

plus court est alors

le

trajet

deux

dans

le

lit

de

la rivière
jus-

un peu

plus de 3oo
mètres. Dans l'autre hypothèse, le trajet serait plus long,
puisqu'ils auraient atteint la rivière plus en aval: trois stades,

qu'au gué d'Agra

:

stades,

soit

ou un peu plus de 5oo mètres. Les deux

évaluations sont

données par Platon, mais comme si la première lui avait
semblé trop modérée ce qui est en faveur de la sortie par la
porte Dioméïa, sur la route même de Mégare. Quant au
sanctuaire dont il est parlé, ce n'est pas à Artémis Agrotéra
:

ou Agraïa,

la Chasseresse,
c'est
consacré

est

qu'il

ici

tout à fait hors de question,

un sanctuaire de Démêter, un
dème d'Agra et qui, au siècle der-

;

Mèlroon que possédait le
nier ', se voyait encore sur les pentes rocheuses qui surplombent la rivière. Ils en remontent le cours et peut-être passent2
ils sur la rive
gauche à l'endroit du gué. Peut-être le lieu
où ils vont faire halte est-il, de ce côté, celui où l'on a découvert un relief de Pan, au-dessous de l'emplacement où jaillissait, sur la rive droite, la source Callirhoè. Aujourd'hui la
source est obstruée, il n'y a plus d'ombrages, le lit del'Ilissus n'est plus sillonné des filets d'une eau transparente,
mais on a plaisir à faire avec le philosophe cette promenade
dans un paysage dont il a si délicatement traduit la poésie.

_..,',,

Les interlocuteurs.

Le Phèdre

un

à deux perdialogue
D
r ,
,
sont
selon le
vraiment,
qui
seul à seul ». De Socrate il

est

.

sonnages

et

mot de Phèdre (236 d déb.),
n'y a rien à dire. Quant à Phèdre j'en ai
portrait dans la Notice du Banquet (p. xxxvi
<r

.

esquissé déjà le
sqq.) et d'après

Stuart et Revett l'ont connu.

i.

La préposition xatà, 229 a 1,
signifie donc ensuivantle lit,
non en descendant le cours. L'adverbe xixtwOev (c 1) me parait
signifier en contre-bas du point où on se trouve et par rapport à
mais M. Picard voit un autre sens posla direction qu'on a prise
2.

l\

;

sible
S'ils

:

ont

—

la rivière, étant plus encaissé, semble plus bas.
utilisé le gué
le croit Thompson, la correction

le lit

de

comme

lui
nous passions, au lieu du présent
8is6at'vo[j.£v,
d'habitude, se justifierait. Toutefois jusqu'au moment où ils sont en
face du platane, rien n'indique qu'ils aient quitté le lit de la rivière

suggérée par

pour l'une ou

:

l'autre rive. D'autre part, quand Socrate parlera de
passer sur l'autre bord (2^2 a déb., b 8), cela semble indiquer qu'ils
sont en effet à proximité du gué d'Agra. Voir en outre la suite.

NOTICE

dialogues où il figure ce dernier, le nôtre et le Proa eu raison ' de réagir contre la tradition qui fait
de Phèdre un tout jeune homme. C'est ainsi en effet qu'il

les trois

:

On

tagoras.
ici

xiii

apparaît dans le Protagoras, dont l'action se passe vers 433/a.
Mais alors, seize ans plus tard, à l'époque du banquet
d' Agathon

donc

Si

il

le

doit être environ dans sa trente-cinquième année.
le Banquet, il faut enfin qu'ici

Phèdre suppose

encore plus âgé. Toutefois, à vouloir préciser davande Platon, peu soucieux de
l'esprit
ces scrupules chronologiques (cf. Banquet, Notice p. xx, n. i)
il

soit

tage, ne trahirait-on pas
et qui
rales ?

s'accommode de vraisemblances psychologiques généDe ce qu'au cours du Phèdre il ait voulu rappeler le

Banquet, s'ensuit-il que l'action du premier doive être tenue
pour postérieure à celle du second ? Il n'y aurait alors anachronisme que par rapport à nos conjectures sur la relation
chronologique des deux dialogues. C'est donc assez, je crois,
d'observer simplement que, quelle que puisse être la différence des âges, Socrate se croit du moins autorisé par la

ami à l'égard de la rhétorique, de la mythologie, de l'érudition, des livres des Maîtres, etc., à le traiter d'une façon un peu cavalière et, en
naïveté des enthousiasmes de son

vérité,

comme

«

un grand enfant

2

».

à savoir ce

Quant

qu'ensuite devient Phèdre et quelle est l'époque de sa mort,
cela peut avoir son intérêt. Mais c'est ruiner toute vraisem-

blance interne que de conjecturer cette époque en s'appuyant
sur

le fait

que,

de Socrate,

si la

mort de Phèdre

n'avait pas précédé celle

aurait certainement été

il

qui assistèrent Socrate à
le Phédon ne
gratuite
:

ses derniers
dit-il

du nombre des fidèles
moments 3 Conjecture

pas (59 b

.

fin)

que tous ceux

des Attiques qui étaient présents n'ont pas été

nommés ?

Conjecture arbitraire et que démentie portrait psychologique
du Phèdre platonicien son honnête sincérité lui vaut d'être
traité avec une sympathie un peu condescendante et railleuse
:

;

apparaît comme un fervent partisan des
totalement
Sophistes,
incapable par là même de communier
avec la pensée de Socrate*.

mais toujours

1.

2.

il

L. Parmentier, art.
Cf. 257 c ci veavta
:

cité,
;

267

p. 10 sq., p. i£.
c
<*> r.zï
;
275 b c.
:

L. Parmentier, art. cité p. 1 5- 1 7
4. Cf. 235 d, 236 a b, 2^1 d, 257 c, 266 c d.

3.

.

PHEDRE

xiy

Mais il y a dans le Phèdre, derrière les
deux interlocuteurs, deux autres perr
,
,.
prmcipales
,
sonnages dont la muette présence y est
en cause
ils en sont les
deux pôles
capitale
dès
à la fin
le
seulement
commencement,
Isocrate,
Lysias,
Pour des raisons que je dirai plustard (p. CLxxmsq.), la figure
prépondérante me paraît être cependant la seconde. Pour le
moment, nous pouvons les mettre toutes deux sur le même
plan et réunir ici à leur sujet quelques données historiques

Deux

célébrités

:

,

;

;

1

.

et littéraires indispensables.

Lysias nous est présenté dans
sous un double aspect c'est
:

le

Phèdre

un maître

de rhétorique et qui compose des discours épidictiques, modèles
sur lesquels on faisait étudier aux élèves la technique de la
c'est aussi un logographe, qui écrit des plaicomposition
doyers que les parties, demanderesses ou défenderesses, récitent devant le tribunal 2 L'auteur de la Vie des dix orateurs,
;

.

faussement attribuée à Plutarque, est surtout abondant et
précis, ainsi qu'il arrive souvent, à propos de ce qu'il sait
sans doute le moins bien, c'est-à-dire de l'activité de Lysias
en tant que rhéteur « Il a composé aussi, dit-il (836 b), des
Arts de la parole, des Discours politiques, des Lettres, des
:

Eloges (Encômia), des Oraisons funèbres, des Discours sur
Vamour, une Apologie de Socrate... » Or on peut présumer
les « philologues » de
l'Antiquité n'étaient riches làdessus que de conjectures
celui-ci, au surplus, n'avoue-t-il
pas (836 a) que la moitié à peu près de toute l'œuvre attribuée

que

:

Lysias est inauthentique ? Au reste, c'est une question que
nous retrouverons à propos du discours de Lysias dans le
Phèdre (p. lx sqq.). Notons seulement ici que toute cette
production rhétorique, vraie ou fausse, de Lysias est en
à

Diogène Lacrce (VI i5) parle d'un écrit d'Antisthène qui pouégalement un parallèle de Lysias et d'Isocrate (cf. Banquet,
Notice p. xli n. a) si en effet il s'agit, dans cet écrit, de VAmartyros d'Isocrate que nous avons conservé, on sait que Lysias défendait la
partie adverse (Clément d'Alexandrie, Strotn. VI 626 cf. G. Mathieu,
i.

vait être

;

;

lsocrale I, p. 5, Coll. Budé).
a. Pour
mier 227 a

le

second point 257 b

et c,

aa8 a b, 27a

c.

c (p.

56 n.

2),

277 a

;

pour

le

pre-

NOTICE

xv

ne subsiste
majeure partie perdue
et un sommaire de l'Olympique dans Denys
l'exorde
que
d'autre part, YOraison funèbre des Athéd Halicarnasse
:

des Discours politiques

il

;

morts en défendant Corinthe est loin d'être incontesta-

niens

blement authentique.
En outre on ne s'accorde pas sur la place que cette forme
de son activité aurait occupée dans la vie de Lysias. Pour les
uns elle serait du début de sa carrière à Athènes. C'est ce
que semble avoir pensé Cicéron (Brutus 48) il fait en effet
de lui, sur ce terrain, un concurrent de Théodore de
Byzance, et sa logographie ne serait qu'une extension ulté:

rieure de sa profession primitive 1 L'hypothèse est assez vraisemblable. C'est en effet très probablement en 4i2 que
Lysias revient s'établir à Athènes. Fils de Céphale, ce grand
.

négociant syracusain qui sur les conseils, dit-on, de Périclès,
au Pirée une fabrique d'armes (cf. p. i n. i), il
avait suivi son frère aîné Polémarque dans un exode d'cmiavait fondé

grants allant occuper les lots de terre qui leur avaient été
assignés (clèrouchié) sur le territoire deThourii, dans l'Italie

méridionale. C'était une cité de création récente (444/3):
Hippodame de Milet en aurait été l'architecte et ProtagoHérodote, comme on sait, la visita et
ras, le législateur
il en
devint citoyen. Or Tisias, le maître syracusain qui
;

passe pour être l'inventeur de la rhétorique, y était venu
fonder une école dont Lysias fut l'élève. Y a-t-il lui-même
2
? C'est fort
possible
Après le désastre d'Athènes
en Sicile (4i3), il y avait peu de sécurité pour lui à rester à
Thourii on dit même qu'il en fut banni par le parti anti-

professé

.

;

athénien. Si donc Tisias était surtout,

comme

il

semble,

un

i
Cicéron fonde son assertion, en apparence au moins (cf. 46 déb.),
sur l'autorité d'Aristote. Mais on doit observer que, dans ce qui nous
reste d'Aristote, il n'y a rien de tel
Lysias est cité deux fois dans la
.

:

Rhétorique et les deux citations proviennent de ses plaidoyers

aucune
2.

d'ailleurs

En

il

n'est

;

dans

nommé.

tout cas, on ne peut conjecturer la durée de cet enseiguela
chronologie de Lysias est très incertaine. Autrefois on

ment, car

en 45g/8
aujourd'hui on tient généralement pour
446, parfois même pour une date plus tardive. La date de 4i2 pour
son retour à Athènes est mieux assurée, pour la raison qu'on va voir.

le faisait naître

;

Mais, faute de savoir quand

quel âge

il

avait alors.

il

est né,

on ne peut s'aventurer à dire

PHÈDRE

xvi

professeur et que Lysias l'ait été, lui aussi, avant son retour
à Athènes, il est permis de croire qu'une fois revenu c'est

sous cette forme qu'il commença d'exercer son activité.
Toutefois certaines autres données peuvent suggérer de la

de Lysias une représentation différente. Il est remarquable tout d'abord que Gicéron, qui nous donnait à penser
que Lysias avait commencé par s'illustrer comme rhéteur, ne
connaît cependant en lui, comme nous-mêmes, que le causidicus, l'avocat (Orator 3o). Il est donc possible que ce soit
en appliquant à la composition de plaidoyers les connaissances techniques acquises en Italie, qu'il a fondé sa réputation. Un tel début expliquerait en outre ses ambitions ultérieures. Huit ans après son retour à Athènes, quand
après
la prise de la ville
par Lysandre s'y fut établi le gouvernement des Trente Tyrans, Lysias se trouva dans une situation
périlleuse. Sans doute sa qualité d'isoléle, c'est-à-dire de
métèque privilégié, admis sans être citoyen au droit de posséder, était peu faite pour le rendre sympathique à une aristocratie en majorité nationaliste, prête d'ailleurs à toutes le»
vie

du

rigueurs contre ses propres concitoyens

parti

adverse.

Mais peut-être des rancunes contre l'avocat intervenaientelles aussi, plus vraisemblables qu'à l'égard d'un rhéteur.
Toujours est-il que son frère Polémarque fut, sur l'ordre
des Trente, arrêté par l'un d'eux, Ëratosthène, pour être
conduit à la prison où il devait bientôt, périr. Il ne dut luimême son salut qu'à une fuite précipitée. On sait comment
les bannis et les fugitifs se groupèrent sous le commandement du démocrate Thrasybule. Mais ils manquaient d'armes,
il leur fallait recruter des mercenaires
Lysias se fit leur
bailleur de fonds. Enfin, une fois abattue la tyrannie des
Trente, il se crut alors près de monter sur la scène politique
pour laquelle, avocat rompu aux affaires, il devait se sentir
:

mieux préparé que s'il n'avait été jusque-là que théoricien
et professeur. Pour reconnaître en effet les services rendus,
fit voter un décret
qui, conférant le droit de cité
à tous les non-Athéniens qui avaient soutenu l'armée des

Thrasybule

un Athénien de premier plan. La
conforme à la politique traditionnelle
des démocrates radicaux qui, ayant toujours eu l'appui des
étrangers domiciliés en Attique, cherchaient à grossir leur
majorité civique. Mais le parti démocratique comptait des.
bannis, allait faire de lui

mesure

était d'ailleurs

NOTICE

xvii

conservateurs, assez proches de cette aristocratie modérée dont
Théramène avait été, dans le gouvernement des Trente, le
représentant malheureux. On attaqua donc le décret de

Thrasybule
préalable

:

il

était illégal,

du Conseil

n'ayant pas reçu l'approbation

(la Boulé).

Le décret

fut cassé

*
,

et Lysias

dut rester dans Yisotélie. Déçu dans ses espérances, il
n'abandonne pas son lucratif métier d'avocat, mais il s'occupe
surtout de causes politiques
il
plaide même en personne,
dans cette année 4o3 qui avait failli voir son triomphe,
contre Ératosthène, qui avait fait périr son frère. Or, ce serait
justement à partir de 4o3 que Lysias aurait cherché à se faire
une réputation d'homme de lettres etde professeur décomposition litéraire. A cette période appartient en effet son Discours
2
et c'est ainsi que, par l'éloOlympique, prononcé en 388
il se serait consolé de n'avoir
quence d'apparat,
pu devenir
;

un orateur politique. Il y jetait feu et flamme contre les
tyrans, engageant les Grecs à se réconcilier contre eux non
plus, il est vrai, contre l'ennemi héréditaire, contre la Perse,
;

mais bien contre une puissance redoutable du pays d'où il
Denys, le prince syracusain qu'une
ambassade somptueuse représentait précisément à la Fête. A
la détresse des Grecs il
opposait les immenses richesses dont
ils avaient sous les
yeux le témoignage insolent. Bref, son
éloquence échauffa si bien les esprits que, à la suite de manifestations hostiles, l'ambassade se retira. Lysias provoquait
était originaire, contre

un incident qui devait être fatal à la renaissance athénienne. La colère poussa en effet Denys à appuyer énergiquement l'hostilité de Sparte et de la Perse, et la dureté des
conditions imposées par la paix d'Antalcidas (387) en fut
ainsi

probablement encore aggravée. C'est de

la

même époque que

seraient aussi l'Apologie de Socrate, qui vraisemblablement

répondait au pamphlet de Polycrate (Banquet, Notice, p. x
sq.), et enfin, comme si avec l'âge les sujets proprement
sophistiques tentaient davantage

un

cours ou lettres .Sur l'Amour dont

Comparer dans
xxxv n. 1.
Sur

1.

p.

—

le

Phèdre

les

faits,

le

Lysias apaisé, ces disPhèdre nous aurait

le

passage de

a58 b

voir Paul Cloché,

La

démocratique à Athènes en 4o3 (igi5).
2. Celui de Gorgias est de
3g 2, à la Fête précédente.

et Notice,
restauration

PHÈDRE

xvm
conservé

un

voisins de sa

échantillon

;

x

ceux-ci seraient de la sorte assez

mort survenue en 379

*.

L'extrême imprécision de nos connaissances ne semble pas
permettre de choisir entre ces deux façons de « romancer »
quelques pauvres données de l'histoire, ou d'une tradition
érudite qui n'est peut-être elle-même qu'un autre roman
plus ancien. Ce sur quoi, par contre, il faut s'arrêter c'est
sur l'étrange désaccord qu'il semble y avoir entre la façon

dont l'art de Lysias est apprécié par Platon et dont il l'a été
par Cicéron, par Quintilien et aussi par la critique moderne.
Pour Platon en effet Lysias, qui passe aux yeux de Phèdre et de
tous les fervents de l'écriture artiste pour « le plus habile des
écrivains actuels » (228 a), est au contraire un mauvais écrivain, qui manque à la fois d'invention et de méthode, qui

n'a ni spontanéité ni logique, aussi vague qu'il est diffus
p. lxiv sq.). Or Cicéron par exemple, s'il reproche à
Lysias une maigreur passablement décharnée, loue la façon

(cf.

dont

va droit au

fait, sa finesse élégante et spirituelle, sa
naturel de ses peintures et même, parfois, la
2
Nous n'en jugeons guère
vigueur nerveuse de son talent
autrement
nous louons chez Lysias la sobriété, une simil

pénétration,

le

.

:

de ton qui dissimule à merveille une technique
savante, l'art de faire vivre ses personnages et de les faire

plicité

parler selon leur caractère et leur situation, enfin, à l'occasion, de la force ou de l'émotion, mais sans rien de déclamatoire ni de forcé. Sans doute dira-t-on, pour atténuer le
contraste brutal de ces jugements, que Platon n'a pas eu

en vue

les

mêmes

écrits

de Lysias que Cicéron ou que

les

critiques d'aujourd'hui. Est-il croyable cependant que Lysias
fût à ce
point différent dans ses plaidoyers de ce qu'il était

dans

ses

discours épidictiques

?

Pourquoi,

si

cette différence

effet,
pas notée et ne tient-il
aucun compte de ce qu'il y a de meilleur chez Lysias ? On
en est d'autant plus surpris qu'en lui il a envisagé aussi
or il n'a
l'auteur de plaidoyers, le logographe (267 c sqq.)

existait

en

Platon ne

l'a-t-il

;

jugé utile d'introduire à ce propos ni distinction ni réserve,
se bornant à mettre hors de cause le fait même d'être logographe, pourvu qu'on le soit comme il faut (cf. 208 cd
;

1.

2.

Voir Wilamowitz Platon 2 I p. 2D9.
Brutus 38, 63 sq., 285 fin, 393 Orator 29
,

;

sq.

NOTICE

xix

d). Il semble donc qu'on doive taxer Platon d'injusnotoire envers Lysias. Mais, son appréciation fût-elle
même de tout point justifiée, il resterait encore à se deman-

277 ab,
tice

der pourquoi, entre tant de rbéteurs, il a spécialement choisi
Lysias pour victime expiatoire de tous les péchés de la rhétorique.

Une première raison pourrait être que, au moment de la
composition du Phèdre, Lysias devait déjà être mort
autrement, on concevrait à peine que Platon eût pu ouverl

:

tement lancer contre un contemporain vivant une diatribe
un ouvrage littéraire, émanant du chef
d'une grande école, n'excluait-il pas l'emploi de procédés que
la comédie même avait cessé d'admettre ? Certes le fait de
viser un disparu ne diminuerait pas l'injustice de l'attaque
pour notre conscience elle en serait seulement plus déplacée.
Quoi qu'il en soit, tous les autres motifs qui se présentent
le plus spontanément à l'esprit pour expliquer une telle
attitude de la part de Platon semblent ne pouvoir être, en
l'espèce, d'aucun poids. Ce n'est pas en effet le métèque que
Platon peut exécrer en Lysias aurait-il, dans sa République,
à ce point injurieuse

;

;

:

de faveur Céphale et Polémarque ? aurait-il,
ici même
(257 b), opposé ce dernier à Lysias en ceci seulement, qu'il s'est tourné vers la philosophie et que l'autre s'en
traité avec tant

tient à l'écart
(cf.

p.

2 n.

?

2),

Pas davantage,
ni

le

démocrate en tant que

tel

l'homme suspect au gouvernement des

qu'on aurait voulu supprimer comme on le fit de
Polémarque, ni celui qui a contribué à abattre la tyrannie
un des hommes les plus passionnément dévoués à Socrate,
Chéréphon, n'était-il pas justement de ceux-là et fervent
démocrate (Apologie 20 e sq.) ? Socrate lui-même n'avait-il
pas été menacé par les Tyrans ? Il faut donc supposer une
Trente

et

:

animosité personnelle et essayer d'en deviner

les

raisons

cachées.

Un
phrase

e
passage de la VII Lettre (3a5 bc)

il

est vrai assez

1. Ce qui fournirait un
ment du principe posé par

me

parait, dans une
mystérieuse, propre à bien poser le

—

d'ailleurs indépendamterminus a quo,
L. Parmentier (cf. Banquet Notice, p. xn

n. 2), puisqu'en l'espèce il ne s'agit pas d'un personnage du dialogue
que d'autre part Isocra te, alors incontestablement en vie, y est

et

nommé

et jugé.

PHÈDRE

xx

« Ceux
problème
qui rentrèrent alors, y lit-on, usèrent
assurément d'une très grande modération. Mais voici ce qui
ce Socrate, au cercle duquel nous appartenions, est
arrive
traduit en justice par certains hommes qui avaient du pouvoir... » Or
l'expression ne convient ni au principal accusateur, Mélètus, ni à l'un de ceux qui avaient appuyé l'accusa1

le

:

:

ce n'étaient pas des hommes puissants ; très tôt
tion, Lycon
ils étaient
déjà des inconnus. Le seul, dans l'affaire, qui eût
du pouvoir, c'est celui qui avait mis sa signature à côté de
:

de Lycon, savoir Anytus. Il était une des têtes du parti
démocrate et, dans la révolution de 4o3, son rôle avait été de
celle

2
Mais, si le pluriel de la Lettre a une signifipremier plan
cation, on peut alors supposer que, derrière l'accusateur en
titre et à côté d'
Anytus, il y a d'autres hommes puissants.
Peut-être l'Apologie nous mettrait-elle sur la voie. De toutes
.

haines qui se sont conjurées contre moi, y dit Socrate
(a3 e sq.), Mélètus représente celle des poètes, Anytus celle
des gens de métier et des hommes politiques, Lycon celle des
orateurs. Ordinairement on comprend
des orateurs politiques, parce qu'on se réfère au passage de Diogène Laërce

les

:

38) où, peut-être d'après Hermippc, Lycon est appelé o/jjxaywyoî, orateur du parti populaire. Mais, si le renseignement

(II

est exact, comment se fait-il
que, dans l'histoire de ces temps,
nous ne trouvions pas trace d'un politicien de ce nom ? De

du mot orateur (pvJTwp) est habituellement
déterminée chez Platon par le contexte ou spécifiée avec précision 3
or, rien de tel ici. Il est donc permis de supposer
plus, l'acception

;

i. On ose à
peine avouer que les multiples arguments allégués
aujourd'hui par tant d'illustres critiques en faveur de l'authenticité,
totale ou partielle, du recueil des Lettres ne semblent pas décisifs.

Plusieurs d'entre elles, sans doute, reflètent de bons documents et
témoignent d'une remarquable habileté. Le scepticisme dont je ne
e
n'est pas diminué, loin
puis me défendre, même à l'égard de la vu
de là, par quelques réminiscences, trop adroites, du Phèdre 344 d e,
,

:

cf.

376 d
a.

e

;

348

a déb., cf.

a4g

d.

Les motifs qui avaient poussé Anytus à contresigner l'accusamôme à la provoquer, sont fort bien analysés par

tion, peut-être

M. Eudore Derenne, Les procès d'impiété intentés aux philosophes à
Ve et au IV e siècle avant J.-C. (ig3o), p. i33 sqq.
3. « Quel est l'art dans
lequel tu es savant? demande Socrate à
C'est donc p^Ttop,
La rhétorique!
Gorgias (Gorgias 44g a).
Athènes au

—

—

NOTICE
n'était

que Lycon

xxi

qu'un rhéteur. Si sa médiocrité profesoù n'a pas réussi à som-

sionnelle a été ensevelie dans l'oubli

brer complètement celle de Mélètus, c'est que, grâce à l'enregistrement officiel des pièces présentées au concours, les poètes
avaient un privilège spécial. Ainsi, dans l'accusation, Lycon
aurait été le porte-parole des rhéteurs. Et maintenant, quand
on se demande qui, dans ce camp, avait pu sournoisement

pousser Lycon, quel est

le

rhéteur démocrate dont l'influence

personnelle était comparable en puissance à celle d'Anytus,
et qui, par intérêt ou par vengeance, pouvait souhaiter l'éloi-

gnement ou

la perte de Socrate, c'est à Lysias
que l'on peut
penser. Si avant la révolution il était déjà, comme l'insinue
Cicéron (cf. p. xv), maître de rhétorique, il devait redouter

l'action de Socrate sur la jeunesse riche. D'autre part, en
tant que démocrate et en tant qu'étranger, il devait partager
l'opinion qui faisait de Socrate le maître, non seulement de

orateur,

chef cruel des Trente, l'ennemi juré des métèques

le

Critias,

De même,

faut t'appeler. »

qu'il

les

orateurs dont

il

est

question dans Ménexene (a35 c), ce sont ceux qui composent à loisir
des Panégyriques d'Athènes, des oraisons funèbres, des éloges des
bref des rhéteurs qui écrivent des discours épidictiques.

ancêtres,

Euthydeme a8A b
Peuple

:

les orateurs,

I
(cf. Alcib.

n£

c d)...

quand
;

ils

3o5 b

:

parlent dans l'Assemblée

un

du

orateur, soit de ceux qui

la
pratique des débats judiciaires, soit de ceux qui composent des
discours pour les gens engagés dans ces débats... Dans Théétele
20 1 a, les orateurs sont les avocats. Dans notre dialogue, le mot est

ont

pris

au sens

politique,

le

plus général

le logographe,

:

le

2 58

b 10 (où

législateur),

signifie à la fois l'orateur
a, 269 d. C'est juste-

il

260

ment pour

avoir, dans le passage en question de l'Apologie, entendu
fîjTwp au sens étroit d'orateur politique, que certains critiques (dont
Wilamowitz Platon* II, p. 48 n. 2) ont suspecté les mots « et les

hommes politiques » à la suite de « gens de métier » ces mots seraient,
d'après eux, une très ancienne glose (antérieure à Diogène Laërce
qui les cite II 4o), inspirée du portrait d'Anytus dans le Ménon. Sans
doute, dans les pages de V Apologie qui précèdent notre texte, Socrate
:

n'a mentionné,
les

hommes

parmi

d'Etat,

les
les

gens sur lesquels a porté son enquête, que
poètes et les gens de métier. Mais est-il

qu'il y ait, de part et d'autre, symétrie ? L'enquête est
incontestablement très générale (cf. ai c)
pourquoi se serait-elle
limitée à ces trois catégories et comment les Sophistes, maîtres de

nécessaire

:

rhétorique et auteurs de discours épidictiques, en auraient-ils été
exceptés

?

PHÈDRE

xxii

et l'instigateur probable de la

mort de Polémarque, mais

le

or Charmaître encore de Gharmide, l'oncle de Platon
mide avait été l'un des Dix. qui représentaient au Pirée, à
l'égard d'une population de métèques et d'Atbéniens interdits
de séjour, l'implacable autorité des Tyrans. Sans doute
;

Lysias

était-il,

comme

son patron Tbrasybule,

un démocrate

tandis qu'Anylus appartenait à la fraction
modérée du parti. Mais, puisqu'il s'agissait d'anéantir une
propagande aussi agissante que celle de Socrate, subversive
de toutes les valeurs sociales et politiques admises, bien plus,

plutôt radical,

mesure où elle affichait des sympaaction concertante d'hommes
une
lacédémoniennes,

anlipatriotique
thies

dans

la

appartenant à des fractions opposées pouvait être très

mement
Ainsi
fait

la

légiti-

envisagée et acceptée.
la

sévérité,

incroyablement partiale, dont Platon a

preuve envers Lysias pourrait s'expliquer en partie par

dans
qu'il lui aurait gardée de sa participation,
à la conjuration ourdie contre Socrate en 399.
la composiest bien ainsi, loin
d'apaiser cette rancune,

rancune

la coulisse,
S'il

en

tion d'une Apologie de Socrate, exercice rhétorique destiné
à rivaliser avec l'exercice contraire de Polycrate, était une

indécence, avivant encore la blessure. L'animosité de Platon
contre Lysias serait donc comparable à celle qu'il ressent à
l'égard d'Aristophane, auquel, en dépit des illusions que peut
le Banquet (cf. la Notice, p. lvii-lix), il n'a jamais
pardonné avec cette différence toutefois que le génie d'Aristophane a pu lui paraître digne d'un acte de justice que ne
méritait pas l'adresse sans scrupule du rhéteur. Ce n'est pas
écrit entre
il est
tout
possible aussi, à supposer le Phèdre

suggérer

;

:

366, que Platon ait souhaité ménager, soit Denys
370
encore vivant en 368, soit plus généralement la cour de
Syracuse. Après l'algarade de Lysias aux Jeux Olympiques
de 388, il pouvait sentir le besoin de marquer avec force,
et

son désaveu de l'insulte et son antipathie pour l'insulteur
pas sur cette puissance des princes siciliens que
Platon
comptait
pour réaliser son État modèle ?
et

:

n'était-ce

Ainsi Lysias aurait été délibérément élu
entre tous les rhéteurs pour que son
détesté portât, à lui seul, le poids des fautes de la rhéIsocrate est-il au contraire exclu de cette

Bt I socratG

nom

torique. Pourquoi

NOTICE

xxih

Platon pour recevoir, tout
sphère empestée et élu par
dialogue, des louanges qui contrastent singulièrement
avec la façon dont Lysias a été constamment traité ? La question est délicate. Sans doute serait-il assez facile d'y répondre
à la fin

du

si

l'on connaissait

vraiment

avec Platon.

nelles d'Isocrate

l'histoire des
Il

ne

relations personcertes pas à ce

manque

à celles qui viennent d'être
sujet de conjectures, analogues
le cas de Lysias. Mais, cetle fois, nous avons
proposées pour
au moins des données positives d'une autre sorte ; ce sont les
la nature et la destination d'un art de
nous pouvons les confronter avec celles que Platon
expose dans le Phèdre. La question devra donc être reprise
quand on abordera la conception de la rhétorique (p. clxiv
se bornera à situer le
personnage
sqq.). Pour le moment, on
d'Isocrate et à noter les principales étapes de sa carrière jusqu'aux environs de l'époque au-dessous de laquelle on peut

vues d'Isocrate sur
parler, et

du Phèdre^
Né en 436, plus âgé par conséquent que Platon

difficilement reculer la composition

d'à

peu

près huit ans et, de toute façon, notablement plus jeune que
Lysias, Isocrate était le fils d'un Athénien à qui sa fabrique
de flûtes avait valu une belle fortune. Il n'est pas impossible
qu'il ait été l'élève de Prodicus et fréquenté Socrate. En tout
cas la situation de son père lui assurait la meilleure éducation;

permit même, vers sa vingtième année, de se rendre
en Thessalie à l'école de Gorgias qui, dit-on, vendait fort
cher son enseignement. Combien de temps y resta-t-il ? à
à
quelle époque rcntra-t-il à Athènes ? Nous l'ignorons
l'époque où nous retrouvons sa trace il est ruiné et, pour vivre,
contraint d'utiliser sa culture rhétorique à faire métier de
logographe. Les plus anciens plaidoyers que nous possédions
de lui semblent être contemporains, ou peu s'en faut, de la
restauration démocratique de 4o3 '. Mais cela ne prouve
pas
qu'il n'eût point déjà plaidé, et d'un autre côté la publication,
totale ou partielle, paraît en avoir été faite bien
plus tard, par
ses soins, pour montrer aux élèves de son école comment il
elle lui

:

faut traiter tel genre d'affaire,
tel

moyen

rhétorique.

Il

y en

comment on
a,

comme

le

doit

employer

Trapêzilique

et

i. Sur ceci et sur ce
qui suit, voir l'édition d'Isocrate par
G. Mathieu et É. Brémond dans la collection Budé (t. I, 1928) et la
thèse du premier Les idées politiques d'Isocrate
(iga5).
:

PHÈDRE

xxiv

l'Eginétique, qui traitent de délicates questions d'intérêt le
dernier avait
ceci de particulier qu'il concernait un
problème de droit international privé, puisque c'était à Égine
;

même

se jugeait le procès et

que

leurs.

quée

;

le fds

que

le client d'Isocrate était d'ail-

Dans

d'autres, c'est la politique d'Athènes qui est évoainsi dans le discours Sur Vattelage, écrit vers 3o,5
pour

d'Alcibiade, et qui est

un

éloge de ce dernier en

même

assez partial bien entendu, des faits
auxquels Alcibiade avait été mêlé. Quelque fructueux que
fût le métier, Isocrate n'y trouvait pas cependant la satisfac-

temps qu'un raccourci,

tion de traiter de grands sujets, ni celle de parler en son
propre nom (Antidosis 46-48). Peut-être alors eùt-il aimé se

consacrer activement à la politique de son pays
mais
manquait des dons naturels indispensables la force et
;

:

il

la

souplesse de la voix, l'assurance et même la hardiesse (A ntid.
189 sq.). 11 se tourna donc vers le professorat et, vers 393,

ouvrait une école de rhétorique.
Dès lors ses écrits seront des discours épidictiques. Celui qui
s'intitule Contre les Sophistes (vers 390) est un programme de
il

son enseignement, en opposition à ce qu'on faisait dans
d'autres écoles concurrentes. L'Hélène et le Busiris sont des
« modèles >> du
genre « éloge », proposés à l'imitation de ses
élèves et à l'admiration découragée de ses rivaux. Enfin Isocrate aperçoit, dans cette même voie, un moyen de satisfaire

ses

ambitions déçues:

il

va devenir

un

écrivain politique ou,

dit parfois, un publiciste. Il s'attaque d'abord au
1
thème, déjà traité par Gorgias et par Lysias , de la concorde
entre les Grecs ; il le développe avec éclat en 38o dans son

comme on

Panégyrique d'Athènes: si Lacédémone voulait faire sincèrement sa paix avec Athènes, l'union de ces deux États ferait
celle de toute la Grèce contre l'ennemi naturel, le Barbare
d'Orient, dont la faiblesse avérée garantit à l'entreprise les
meilleures chances de succès. Puis, Lacédémone persévérant
dans sa politique hargneuse et despotique, ce n'est plus contre
le
le Grand Roi, c'est contre elle qu'il veut réaliser l'union
résultat peut avoir été, en 377, la formation de cette nouvelle
Confédération athénienne qu'animait une pensée, non d'hégémonie, mais de justice. Désormais Isocrate suit les événe;

1.

<h.

Cf. p. xiv sq., p. xvii et n.

m de G.

Mathieu

op.

cit.

a.

Sur

les antécédents,

voir le

NOTICE

xxv

ments plutôt qu'il ne les dirige, mentor qui, devant le
démenti des faits, ne sait que remplacer ses illusions passées
par des illusions nouvelles. Quand il voit en effet grandir la
puissance de Thèbes et que la destruction de Platées lui révèle
la menace, contre Athènes, de l'unité béotienne en voie de se
réaliser, alors il écrit son Discours plataïque: c'est maintenant
contre Thèbes qu'il faut organiser le front commun. Et le
voici qui cherche un homme dont l'autorité personnelle soit
assez grande pour imposer l'union c'est d'abord le fils de
Conon, le stratège athénien Timothée qui avait été l'un de
:

élèves (Antid. 101-189); ce son ' ensuite des
Jason et Alexandre de Phères, Denys
princes étrangers
l'Ancien, le roi de Sparte Archidame, fils d'Agésilas, le roi
de Chypre Nicoclès, fils d'Évagoras plus tard encore ce sera

ses plus chers

;

:

;

Philippe de Macédoine. A tous il écrit des lettres qui, encore
et toujours, sont des morceaux d'éloquence épidictique. Il
n'y a pas lieu de suivre cette évolution de la pensée politique

mort en 338, une dizaine d'années après
en effet avec le problème
à propos duquel il figure dans le Phèdre, le problème de la
rhétorique. Rien d'autre part ne prouve que, à l'époque
où il écrivait le Phèdre et si tardive qu'on la suppose, Platon ait eu connaissance des lettres à Jason ou de la lettre à
Denys, nécessairement antérieure à la mort de ce prince
en 367 la publication peut avoir suivi d'assez loin la compo-

d'Isocrate jusqu'à sa
celle

de Platon

:

cela n'a rien à voir

:

sition.

On observera seulement, pour terminer, quelle différence
y a sous ce rapport même entre le point de vue d'Isocrate
et celui de Platon. Tous deux, en vue de réaliser leurs plans,
se sont tournés vers des tyrans, investis d'un pouvoir absolu.
il

Mais

le

Panhellénisme
là, de cette
surtout un plan de

plan d'Isocrate vise uniquement

le

;

celui de Platon, sans se désintéresser, loin de

question de politique extérieure, est
réforme sociale et de politique intérieure, applicable à tout
État, présent ou futur, quel qu'il soit. Isocrate est toujours

en quête d'accommodements, il accepte les variations, les
renoncements même, s'ils doivent servir l'idée dont il est
obsédé. Platon, lui, a la hantise du gouvernement par une
science qui est une et immuable, qui n'admet point les
coups
de pouce ni

les

retouches

;

il

n'a jamais, à bien considérer les

choses, varié dans sa conviction, mais seulement dans la possi-

PHÈDRE

xxvi

d'en réaliser intégralement l'objet. Ce sont deux esprits
différents l'un se meut dans

bilité

et

deux caractères entièrement

le

plan du

l'éternel et

:

du contingent,

relatif et

l'autre

dans celui de

de l'absolu.

III

LA STRUCTURE DU DIALOGUE ET SON UNITÉ

Le problème.

Dans un

texte rebattu

n
„,
rlaton
attirme
.

.

.

la

du Phèdre C264
•

r

••*

nécessite

c),

I
«
pour tout
•

discours, autrement dit pour toute œuvre littérairedela pensée,
d'cc être constitué à la façon d'un être animé », d'avoir un

corps qui ait une partie centrale, une tête, des membres,
bref des éléments qui soient solidaires les uns des autres

du tout, se convenant entre eux et au tout. Là-dessus
maint critique s'étonne que Platon ait si mal appliqué un
et

si bien formulé: comment se fait-il
que, dans une
première partie, le Phèdre traite de l'amour et de la beauté,
puisdans une seconde, de la rhétorique opposée à la dialectique?
Certains en prennent bravement leur parti •
Platon était
vieux quand il écrivit le Phèdre, et son art avait perdu de

précepte

:

sa souplesse. La plupart font des efforts désespérés pour
découvrir une cohésion à laquelle ils ne croient guère ils
;

cherchent surtout à subordonner à l'autre une des deux par2
ties
espérant ainsi trouver dans la partie dominante le
principe d'unité de l'ensemble. Aussi est-il indispensable, si
l'on veut savoir à quoi s'en tenir sur une question si controversée, de déterminer le plus précisément qu'on pourra les
articulations essentielles de la structure du Phèdre 3
,

.

1.

a.

sujet

Ainsi Raeder, Platos philosophische Entwickelung p. 267.
On voit par Hermias (p. 10, 26 sqq.) que ce débat sur le vrai
,

du Phèdre

était fort

ancien

cf. p. lix.
;
fine et si pénétrante

d'Emile Bourguet
Sur la composition du Phèdre, dans la Revue de Métaphysique et de
Morale 1919, p. 335-35 1 et un intéressant mémoire de Z. Diesendruck, Struktur und Charakter des plalonischen Phaidros, 1927 (cf.
REG. XLV p. n5), où l'on trouvera une bonne revue des opinions
principales de la critique allemande sur la question.
3.

Il

faut lire l'étude

si

NOTICE

xxvn

Dès le début; nous sommes mis en face
de L ' ias et introduits dans l'école d'un
,
,.
,.
T
,
,
maître de rhétorique: Lysias a lu devant
la rhétorique.
son auditoire un discours de sa composition sur le thème de l'amour, et ce
qui" fait l'intérêt de celte
composition aux yeux de Phèdre, c'est qu'il a pris, si l'on
peut dire, le thème à rebrousse-poil et qu'il a parlé d'un
amour d'où l'amour est absent (227 c); ce qui est le comble
de l'originalité dans l'invention. Quoique la lecture ait lieu
dans une maison particulière (ibid. b), il s'agit bien d'une
L'objet immédiat
du dialogue:

.

,

leçon d'école et l'auditoire est un auditoire d'élèves Phèdre
se plaint en effet d'être resté assis
depuis le petit matin (ibid.
a et 228b), et l'on sait que les classes à Athènes ouvraient en
:

avec le jour. N'est-ce pas d'autre part l'image d'une
qui nous est donnée par Socrate, quand il se représente
Phèdre empressé à se faire analyser par le Maître chacun des

effet

classe

passages qui ont excité son intérêt, demandant à emporter le
du modèle pour étudier celui-ci plus à loisir, se hâtant,

texte

le rendre, de l'avoir en secret appris
par cœur (228
Si enfin Phèdre se dit capable de donner, point par

avant de
a b)

'

?

point,

un sommaire du

discours,

il

est possible

que

ce

som-

maire soit le moyen dont il a usé pour aider sa mémoire,
mais possible aussi que ce soit le fruit du commentaire même

du Maître sur

le

discours qu'il vient de

que Platon peint ailleurs

lire.

comme un homme

Enfin ce Socrate
passionné d'en-

où questionneur et répondant cherchent en commun
la vérité, ce Socrate
que l'éloquence de longue haleine décourage (p. ex. Protagoras 328 de, 335 bc Apologie 33 b), est
représenté ici comme follement avide d'y goûter et de se
prêter à ses redoutables enchantements (cf. p. 17 n. 3).
Ironie sans doute, mais qui rappelle celle qu'on trouve au
début d'un dialogue dont l'objet est justement l'art oratoire,
le Ménexéne. Une chose
apparaît donc dès ces premières
tretiens

;

pages

1.

:

c'est

que Platon n'a pas attendu

D'après O. Navarre,

Yexercice dont

il

Essai sur

est question

228

e

la

d'être plus

qu'au

Rhétorique grecque, p. 36,

n'est pas

seulement celui par

lequel on s'assure de bien posséder ce qu'on s'est proposé de savoir
par cœur, mais un exercice de libre reconstruction, à l'aide du plan
et des souvenirs

dit

qu'on a conservés du détail de l'original

Phèdre au début du 228 d

et

voir ce que
que j'interprète un peu autrement.

IV. 3.

:

—

c

PHÈDRE

xxvm

milieu de son dialogue pour signifier que l'enseignement de
la rhétorique

en

est l'objet

Préambule
sur

la

fonction des

mythes

immédiat.

Puisque Phèdre

a

sur

lui

le

texte

même du

discours, il en devra donner
~
„
,
,
,
lecture a bocrate. Un cherche pour cela
,

,

un

où faire halte et, tandis qu'on
deux promeneurs tombe sur l'enlèvement par Borée de la Nymphe Orithye prétexte pour
Platon à définir son. attitude en face des interprétations phyy va,

coin

la conversation des

:

siques des mythes traditionnels. L'effort qu'elles supposent
détourne, dit-il, du véritable objet de la pensée, la réflexion
de celle-ci sur elle-même et la connaissance de soi ainsi on
se lance dans une recherche qui est sans fin comme sans
;

base,

23o

on

se croit très savant et l'on n'est

qu'un rustaud (229

c-

Mais, si ce n'est pas là ce qu'il faut chercher sous l'affabulation d'un mythe, celui-ci ne serait-il donc qu'un conte
a).

amusant
dit

?

Encore aurions-nous

demander, comme

à lui

Platon dans un morceau fameux de

la

le

République (II

de ne pas servir à dépraver l'esprit. La vérité
qu'il est possible au philosophe d'utiliser les
mythes existants ou d'en créer lui-même de façon à faire
deviner, sous la séduction du vêtement, un corps de vérité
substantielle. C'est de quoi le Phèdre nous fournira trois
remarquables exemples. Bien plus, le plus important d'entre
eux, celui où est enfermée la doctrine de l'âme et de l'amour,
représente l'expiation qui doit purifier d'une souillure relior ce péché consiste
gieuse, du péché de mythologie (2/j3 a)

376
est

e sqq.),
reste

du

;

justement à traiter les mythes comme des fables avec lesquelles on peut en prendre à son aise, faute d'y voir une
occasion de réfléchir sur soi-même. Peut-être est-il donc permis, en résumé, de penser que cet apparent hors d'oeuvre
mythologique du début est secrètement motivé par la signification qu'il doit recevoir de la suite même du dialogue.

L'amour

Comment
s

expique a

place faite à
l'amour.

est le

sujet

du

discours

de

que Phèdre lit à Socrate. Seraitcette raison, tout extérieure,
pour
r
,'
..,.„'
à 1 amour une grande
ue I œuvre tait
°I
Lysias,

place?

S'il

en

est dit plus tard sur la question et

était ainsi,

qui

est

tout ce qui y
pièce essen-

une

NOTICE
tielle

de

xxix

de Platon, de sa théorie de l'âme en
aurait alors le caractère d'un accident ce serait

la philosophie

particulier,

:

de déterminé par le dehors.
Dans cette hypothèse, la rhétorique deviendrait le sujet
se demander alors
pourquoi
principal. Ne peut-on cependant
Platon a choisi un discours sur l'amour plutôt que sur tout
autre sujet? Sans doute allèguera-t-on l'existence réelle de
ce discours de Lysias. Supposons pour l'instant qu'il soit en
entre tous
effet de lui. Le choix n'en subsiste pas moins

quelque chose d'extrinsèque

et

:

les

thèmes que Lysias, rhéteur, pouvait avoir

traités

dans

a préféré celui-ci. Or un choix
dessein. C'est donc que, dans ce dessein, au pro-

des discours épidictiques,

il

suppose un
blème de la valeur d'un enseignement de la rhétorique se
trouvait uni le problème de l'amour. Au surplus, si le premier de ces problèmes était le vrai et le seul sujet, tandis
que le second ne serait qu'une matière de fait, accidentellement fournie à Platon, certaines particularités de structure
s'expliqueraient fort mal. Pourquoi n'a-t-il pas suffi à
Socrate de refaire le discours de Lysias, puis de le critiquer
et, enfin, de joindre à cette critique ses propres vues sur
l'art de
parler ? Pourquoi la critique est-elle ainsi coupée en
deux tronçons (a34 e-236a, 262 c-265 c) ? Et surtout, pour
quoi y a-t-il, au centre de l'œuvre, cette « palinodie » dans
laquelle ce n'est plus seulement la forme qui est corrigée,
mais bien le fond même et où est instituée une doctrine ?
Mais si, d'un autre côté, on arguait de ce qu'elle est le point
culminant d'un effort en vue de déterminer la fonction de
l'amour, pour prétendre inversement que
le

la

rhétorique est

sujet accessoire et l'amour le sujet principal, c'est alors

une autre question qui se poserait pourquoi le mythe des
Cigales (259 b sqq.) ? Or on voit au contraire qu'il est des:

tiné à

nous rappeler qu'avec

la

dans

doctrine de l'amour, exposée

la palinodie, le
sujet n'est
coupable de ne pas le conduire à

pas épuisé
son terme.

et

qu'on

Une

serait

conclusion

semble donc s'imposer à nous c'est que, conformément à ce
qu'exige aux yeux de Platon tout discours, il y a dans le
Phèdre une solidarité organique entre l'élément « amour »
:

et l'élément « rhétorique »,

rendu indépendant de

qu'aucun des deux ne peut être
mais que tous deux concou-

l'autre,

rent à la vie de l'ensemble.

PHEDRE

xxx

Tout à l'heure j'étudierai (IV), à la fois
en eux _ memes e t d ans l eur rapport, le

a première

partie du

.

,.

.

T

T

,

»

discours de Lysias et le premier discours de Socrate. Puisque, en appa-

dialogue.

rence au moins, le thème en est identique, on doit les considérer, je crois, comme les deux sections, entre lesquelles il
n'y a différence que de forme et de méthode, d'une première
partie. C'est ce

que

me

observation de Socrate:

marquer

paraît

nettement

très

cette

mon

attention, dit-il (234e sq.),
s'est portée tout entière, tandis que j'écoutais le discours de
Lysias, sur les caractères rhétoriques du morceau et sur le
fond semblait être en effet complètestyle, attendu que le

ment

indifférent à l'auteur. Plus loin (a35 e sq.)

une autre

remarque parle dans le même sens asservir d'avance l'orateur à une donnée fictive et arbitraire (p. 18 n. 2), c'est lui
interdire toute liberté dans la recherche et dans l'invention
:

de la vérité, c'est l'astreindre à ne développer que les points
nécessairement impliqués par la donnée dès lors, sa tâche
est limitée à l'ordonnance des développements, et c'est en
:

effet à

cette tâche toute formelle

que

se

bornera Socrate en

reprenant, sur l'injonction de Phèdre, la donnée de Lysias.
Reste, il est vrai, un passage assez embarrassant celui où
Socrate (235 b-d), invoquant une tradition de l'antiquité
:

que représentent des femmes comme des hommes, nomme
Sapho et Anacréon. Il y faut reconnaître, semble-t-il, un
l

procédé familier d'exposition , qui sert à dissimuler sous le
voile de mystérieuses autorités le caractère original et perc'est une des exigences du
sonnel de certaines opinions
motif socratique de Y inscience, qui du reste est rappelé ici
;

même

à trois reprises (234 d, e fin, 235 a fin). Toujours estque Socrate déclare qu'à ces sources étrangères son cœur
2
Il me semble
s'est empli, il ne sait comment
impossible
il

.

1.

Cf.

Banquet Notice p.

xxm

et

Phêdon

p. 22

n. 4

de

mon

édition.
2
est

Le commentaire d'Hermias sur ces derniers mots (p. 43, 8 sqq.)
un éloquent exemple des interprétations allégoriques de son

.

Ecole. Voici, dit-il en substance, ce que Platon veut nous faire
deviner en parlant ici de la « plénitude du cœur »
le cœur est dans
la poitrine,
qui est au milieu du corps j or, tout à l'heure (23o b), il
:

a parlé de ses pieds qui lui offrent le

cheur de

la

source

;

bientôt

témoignage de l'aimable fraî(234 b) il appellera Phèdre « tête

NOTICE

xxxi

solennelle puisse se rapporter au dis-

qu'une déclaration
cours que Socrate va prononcer sur le thème sophistique de
l'amour sans amour pourquoi parlerait-il de sources étrangères, si elles ne l'étaient en effet à l'inspiration même du
thème en question et, par conséquent, impropres à donner,
fût-ce sous une forme plus épurée, une eau dont la nature
n'aurait point changé? C'est donc que Socrate sent déjà
vaguement qu'il serait en état, puisant à ces sources étrangères, d'opposer au discours de Lysias un autre discours,
dont le fond cette fois serait différent. Tel est, je crois, le sens
de ce qu'il affirme en se disant prêt à soutenir, sans infériorité, le parallèle (a35 c mil.). Il y a donc dans ce passage
si

:

l'annonce du second discours.

Mais Phèdre n'a pas compris

'
:

rhétorique seule

c'est la

divine » et, dans le mythe de l'attelage ailé, il montrera (a48 a) le
cocher élevant la tête pour contempler les Idées ; c'est une façon de
dire qu'il y a des activités affectives inférieures, puis moyennes et

psychiques, des activités supérieures enfin et qui nous mènent à ce

qui nous dépasse.

—

A

Cf. p. 17 n. 1.
236 c déb., il ne s'agit pas proprement
la balle ». Hermias, qui d'ailleurs voit bien le sens,
donne à l'appui de son interprétation un exemple qui conviendrait
i.

de « se renvoyer

mieux à la précédente
une phrase de l'un des interlocuteurs « Je
t'ai donné cela »,
renvoyée à celui-ci par l'autre, sans y rien changeT
:

dans
il

sa réplique (p. £6, 8-i5). Mais, puisqu'il s'agit d'une comédie,
ici un échange des rôles : la contrainte
que Socrate a

y a plutôt

tout à l'heure exercée sur Phèdre, c'est Phèdre qui va maintenant
l'exercer sur Socrate ; le rôle devenant le même, il est naturel que

—

termes ne changent pas non plus.
Au même endroit, la plupart
des éditeurs suspectent ou suppriment le mot grec que j'ai traduît

les

Gare à toi » (eùXaê^OTixt), ainsi que le 8e qui, dans T, suit vva.
C'est aussi l'avis de M. Méridier. On en donne pour raison que

par

I

k

phrase se rattache étroitement à ce qui précède
parler... afin que nous n'en soyons pas réduits à...

;

:

Tu
le

n'as plus qu'à

M

aurait donc

été ajouté par quelqu'un à qui cette relation étroite aurait échappé.
L'idée importante, au contraire, me paraît être ici que Socrate devra

parler

comme

il

pourra, et c'est sur ces mots qu'il faut achever

la

pensée. Au ijlïv, qui accompagne l'obligation de parler tant bien que
mal, s'oppose maintenant le 8é Mais, s'il ne le fait pas, il n'a qu'à
se tenir sur ses gardes et à ne pas volontairement s'exposer à... D:
:

plus, l'impératif Ne va pas... (ut) (So-jXou) justifie l'autre impératif e
Tiens toi sur tes gardes... Je conserve donc sàXaCrjOriTi.
:

PHÈDRE

xxin

qui l'intéresse, et il croit que Socrate s'engage à changer la
forme sans toucher au fond (a35 d, a36 a-c) le malentendu
roule tout entier sur les mots autre et différent, qui dans son
:

ne doivent concerner que le vocabulaire et le style.
de quoi justement le raille Socrate quand il lui donne
à entendre (235 e
sq.) que, à moins de changer la donnée,
il
a
de nouveauté possible. Mais la vioréellement
n'y
pas
lence exercée sur lui par Phèdre le contraint de garder la
donnée de Lysias. En dépit du comique de la scène et qui
d'ailleurs est surtout dans le rôle de Phèdre, sa défense n'est
pas feinte
pas davantage la honte qu'il ressent d'avoir à
parler contre la vérité, et le geste de se voiler la face en est
l'expression visible (a36 b-237 a). Enfin, nouvel indice de
cette annonce implicite, que j'ai cru apercevoir, d'une nouesprit
C'est

;

velle position à prendre sur la question, il observe une fois
de plus avec force (237 b) que la position actuelle est pure-

ment conventionnelle

ne répond à aucune réalité.
sujet de Phèdre, le second
viendrait
maintenant
ce ne
discours, déjà près d'éclore,
Concluons

:

si

et qu'elle
était le

l'amour

;

palinodie », une rétractation à l'égard de soimais la réfutation d'un autre. Et d'un autre côté, si

serait pas

même,
la

une

«

rhétorique était

tion

ni à réfutation

le
:

sujet,
le

il

n'y aurait lieu ni à rétractasuffirait, avec le

premier discours

progrès rhétorique qu'il marque à l'égard du discours de
Lysias. Ainsi s'affirme de nouveau la solidarité des deux
sujets entre lesquels on a voulu écarteler le
vérité est donc qu'il n'y a qu'un seul sujet.

Phèdre. La

Au moment où, dans son premier discours, Socrate en
vient à parler de l'amour en tant que forme particulière
de la sensualité (2 38 bc), il s'interrompt pour noter que son
éloquence a perdu sa froideur méthodique, qu'elle touche
presque au ton du dithyrambe, qu'elle semble enfin procéder de quelque inspiration divine. Quelle inspiration ?
Serait-ce ce mystérieux influx dont il se sentait tout à l'heure
envahi (a35 cd) et qui se manifestait à lui par l'éveil
imprévu dans sa mémoire d'une tradition vénérable de
l'Antiquité ? De fait il n'en est plus question, et ce qu'il allè-

gue maintenant, ce sont des influences presque physiques,
une magie inhérente au lieu où ils sont et attestée par les
consécrations religieuses dont il porte le témoignage c'est
:

Pan, divinité des champs

et des

troupeaux, ce sont

les

Nym-

3N0Ï1CE
plies, divinités

xxxin

des bois et des fontaines, c'est le dieu fluvial,

Achéloùs, leur père (cf. 263 d) il y a aussi les cigales chanil
teuses, servantes des Muses (23oc, 269 cd, 262 d)
y a
ces Muses mêmes, à la voix claire, qu'il a invoquées en
;

;

commençant son discours et dont l'inspiration n'est pas sans
risques. Or, quand ils résultent de telles influences, Y enthousiasme et la possession, la présence intérieure de quelque
divinité, ne sont pas les plus belles formes de ces délires
dont il sera plus tard question. Sur cette pente, Socrate est

donc en danger d'en venir aux égarements de la nympholepsie
Et c'est autre chose encore que ce délire cory(238 d déb.)
où
Phèdre
est jeté par l'éloquence, autre chose que
bantique
cette bacchanale dans laquelle il a entraîné Socrate (228 bc,
234 d), au point que le véritable auteur du premier discours
de celui-ci, c'est Phèdre lui-même (2^2 de, ikk a)
Sans
doute cela n'est-il pas, et Socrate en fait à Phèdre le reproce n'est
che, sans avoir contribué à le mener où il en est
encore
il est
sorte
de
dont
pourtant
légiqu'une
vertige,
1

.

!

;

time de parler avec ironie. Mais voici que l'apparition inattendue, sur ses lèvres, d'un hexamètre (2^1 d déb.) révèle à
Socrate que, tout en parlant, il s'est à son insu élevé du ton
du dithyrambe à celui de l'épopée à quel diapason va-t-il
donc monter, s'il continue ? Aussi se gardera-t-il bien de
donner à Phèdre ce qu'attendait celui-ci après le réquisi:

:

toire contre

l'homme passionné d'amour,

de celui qui
son gré qu'il
avait repris le thème de Lysias plutôt
que de trahir, plus
honteusement encore, les nobles enseignements dont il avait
eu le bonheur de se souvenir, il aime mieux tout de suite

n'aime pas. Déjà

c'était à sa

honte

l'éloge

et contre

:

s'en aller

!

C'est

La voix du Démon:
deuxième partie.
son démon,

alors que,
•

..

cetl e

.-m

.

Mention û

Voir

la

note de

j
de

1»
1

autre

il

s'était

a entendu la voix de

il

faire. Il avait eu
vague divination d'une
senti troublé et décontenancé, il

auparavant, tandis qu'il parlait,

1.

moment où dans
-,

,

côté de l'eau,
l'avertissant de n'en

faute personnelle,

au
h

allait passer

Thompson ad

rien

la

loc. et, ici,
p.

être rappellerait-on utilement à ce
propos

chez les Grecs le mal sacré.

que

ao n.

a.

—

Peut-

l'épilepsie s'appelait

PHÈDRE

xxxiv
avait

obscurément senti que

l'éloge

dont

les

reraient son langage pourrait bien signifier

dieux (242 b-d)

les

:

l'amour dont

les

hommes hono-

un péché contre

deux discours ont

un amour de gens

sans noblesse, et non pas
Mais c'est V admonition démonique

parlé est en effet

d'hommes

libres (2^3 c) *.
qui a vraiment permis à Socrate de prendre enfin pleine
conscience de son péché. Il est donc difficile de ne pas voir

une coupe significative dans le développement du dialogue à une inspiration qui venait d'en bas s'en substitue
désormais une autre, qui vient d'en haut. Car un démon,
selon la doctrine du Banquet (202 e sq.), est un médiateur :
c'est grâce à lui
que l'homme est capable de cette divination
de l'âme dont Socrate s'était tout à l'heure jugé investi, et
les divinités dont il lui porte le verbe sont des divinités
vraiment souveraines. C'est donc, je crois, une erreur de
là

:

considérer la discussion sur la rhétorique comme inaugurant
la deuxième
partie du dialogue dès le début, la rhétorique
était son cadre et nous ne sortons
pas de ce cadre. Mais
:

ce qui a complètement changé, c'est le rapport à ce cadre
de son contenu
celui-ci était jusqu'à présent une image
sans vérité, dont on n'a fait que rectifier le dessin sans en
c'est la réalité même de
corriger l'inconvenance foncière
l'amour qu'enfermera désormais le cadre. La deuxième
partie du Phèdre, comme partie distincte dans l'ensemble,
me paraît donc être constituée par le second discours de
:

;

Socrate.

Dans

que Phèdre a surtout admiré,
forme (257 c). Or il s'était promis,
avant de l'avoir entendu, d'obliger Lysias à entrer en compétition avec Socrate, en composant à son tour un éloge de
l'amour (2^3 de). Il craint maintenant que cette compétition
ne tourne pas à l'avantage de son héros, sans penser, bien
entendu, à autre chose qu'à la difficulté pour Lysias de réaliser dans la forme une
pareille élévation. Aussi bat-il prudemment en retraite et allègue-t-il, par anticipation, un préc'est

la

ce second discours, ce

beauté de

la

texte pour excuser Lysias s'il garde le silence déjà suspect
aux politiques en crédit parce qu'il compose des discours
et qu'il est un logographe (p. 56 n. 2), ne risquera-t-il
:

1

.

Socrate relève à cet égard des passages du discours de Lysias
c) et de son propre discours, a38 c-aSg b.

(a3î cd, a33

NOTICE

xxxv

pas ainsi de surexciter encore leur hostilité ? Un homme
public redoute en effet d'être appelé « sophiste » cela reviendrait à dire qu'il est en dehors de la vie publique, travail:

l
lant en effet dans la coulisse pour ceux qui y participent
N'y a-t-il pas toutefois, observe Socrate, quelque chose de
déconcertant dans ce grief comme dans cette crainte (cf.
.

a58 c)? Tout

homme

qu'il soit

politique,

comme

Darius

monarque absolu d'un grand royaume, ou bien comme
Lycurgue et Solon orateur dans un Etat grec, n'est-il pas
un logographe? Ses lois sont des écrits et qui sont destinés à
d'autres, principalement à la postérité sur laquelle régneront
ces lois. L'illustration que se sont acquise de tels « écrivains » prouve donc qu'il n'y a pas de mal, en soi et abso-

lument, à se faire écrivain, et aussi bien dans des productions qui ne concernent pas le public, en prose tout comme
en vers. La question est autre c'est de savoir par quels carac:

un mauvais

d'un bon. A-t-on besoin
d'examiner cette question de valeur relative") N'en aurait-on pas
besoin, ce ne serait pas une raison pour ne pas goûter un
tères

vif plaisir à faire

écrit se distingue

un

tel

examen

ou non un besoin, que ce doive
pas le loisir qui

manque

2

être

.

un

En

tout cas, que ce soit

plaisir

ou non,

ce n'est

à Socrate et à Phèdre.

La question d'émoluments est ici secondaire. Ce qui importe
un logographe, un maître de rhéto
rique ont un faux talent, puisque ce sont des orateurs qui ne parlent
i.

surtout, c'est qu'un sophiste,

pas, des plaideurs qui ne sont pas partie au procès qu'ils plaident,

des politiques qui ne prennent pas part à la vie publique ; ils sont
comme des flûtistes qui ne joueraient pas de la flûte, mais se borneraient à en fabriquer à l'usage de ceux qui en jouent (cf. Euthydeme
288 d-290 a). Il est possible que le passage 257 c d soit une allusion

aux déceptions politiques de Lysias (cf. Notice, p. xvi sq.). Mais
pourrait s'appliquer, presque aussi bien, à Isocrale (cf. p. xxiv

il

sq.).
j. 258 d e et la n. 1 de la
Quand Platon fait dire à
p. 5g.
Phèdre que l'épithète de servîtes est donnée, ou a été donnée, aux
plaisirs qui sont dans la dépendance d'un besoin, fait-il allusion à
l'emploi de cette formule par quelque autre, ou par lui-même ? Du
moins n'est-ce pas, comme on le dit parfois, un renvoi au Phédon

69 b (car ce qui à cet endroit est dit servile, ce n'est pas le plaisir,
c'est une certaine
espèce de vertu [de même République IV 43o b,
pour une certaine espèce de courage]), mais peut-être à 66 cd.

PHÈDRE

xxxvi

C'est en effet justement l'heure de la
vont-ils l'employer à dormir, au

s ' es *,e

dps Ciaales

•

lieu de

examen

discuter la question qui s'offre

ne doivent pas, pareils à des esclaves ou
à des bêtes, se laisser vaincre par la chaleur
le chant
ensorceleur des cigales ne les captivera pas, pour leur perte,
comme dans l'Odyssée celui des Sirènes. Ils peuvent espérer
au contraire que, d'avoir résisté à leurs enchantements en
employant le temps à philosopher, cela leur vaudra l'avanà leur

? Ils

;

tage d'être signalés par ces déléguées et ces interprètes des
celles d'entre ces dernières qui ont le plus noble
c'est Galliope, l'aînée, et sa
rang. Elles sont nommées

Muses à

:

Or la première est, d'après la tradition la
plus ordinaire, muse de l'épopée et de l'éloquence, la seconde,
de l'astronomie leur commune musique est la plus belle de
et p. 60 n. 1). Je crois apercevoir là un
toutes (p. 29 n.
cadette, Uranie.

;

1

ensemble

significatif

de notations.

Il

y a d'abord l'idée d'une

hiérarchie parmi les Muses et dans l'ordre de leurs fonctions.
Socrate leur avait demandé, à toutes indistinctement, l'inspiration de son premier discours, et on se rappelle où cela le
conduisit. Or c'est quand il était parvenu au ton de l'épopée
et
qu'il s'est refusé à continuer par peur d'un pire danger
voici
qu'il a entendu l'avertissement de son Démon. Mais

qu'il distingue entre les Muses et que, conforméd'ailleurs à la tradition, il donne à Galliope la première

maintenant

ment

place. Est-ce

au

titre

seulement de l'épopée

et

de l'éloquence

?

La subordination d'Uranie, muse des choses du ciel, à l'égard
de Galliope, suggère l'idée que la double fonction de celle-ci

commun, qui ne peut
donc là, au moins pour
ce qui regarde l'éloquence, une sorte de présage de l'existence d'une rhétorique philosophique et de sa relation nécessaire avec l'élude du ciel et de la nature entière (26g d sqq.,
relève en effet de quelque principe
être que la philosophie . Il y aurait
1

surtout e-270 c). Au surplus ce qui est dit de l'incomparable
valeur de « la musique » de ces deux Muses est tout à fait dans
le sens de ce qu'on lit dans le Timée (A 7 de), où les mouve-

ments de notre âme, leur harmonie

et leur

rythme, sont

1. Que Calliope fût chez les
Pythagoriciens le nom de la philosophie (p. 60 n. 1), Maxime de Tyr (VII 2. 63) est seul à le dire, mais
peut-être à bon droit cf. Empédocle, fr. i3i Diels.
;

NOTICE
manifestemont

xxxvh

à la musique proprement dite
dont on connaît d'autre part l'étroite correspondance. En second lieu, ce sont les cigales elles-mêmes
qui sont en quelque sorte promues en dignité. Elles se rattachaient tout à l'heure à cet ensemble d'influences locales
qui ont inspiré à Socrate une éloquence mensongère (cf. 262
d). Maintenant encore ce sont des sorcières, dont l'inlassable
claquette travaille à endormir la pensée du philosophe. Ces
sorcières toutefois récompensent celui qui résiste à leurs maléfices
si Phèdre et Socrate ne trahissent
pas la philosophie
au profit d'un repos animal, s'ils persévèrent dans leur
enquête sur la rhétorique, ce sont elles qui devant Calliope
et Uranie en
porteront témoignage.
liés, à la fois

et à l'astronomie,

:

Ainsi

mède.

le

mythe des

Il est

Cigales serait autre chose qu'un intercomparable à ce qu'est dans le Phédon (84 e-85 b)

mythe des Cygnes, les oiseaux d'Apollon, qui rappelle le
thème apollinien du début (60 e-6 1 b) pour en faire repartir
le

ensuite le dialogue. De même, le mythe des Cigales est comme
le pivot du Phèdre. Le second discours de Socrate nous a fait

monter jusqu'au plan

le plus élevé dans la
conception de
l'amour. Mais nous n'en avions pas fini avec la rhétorique
et il nous faut revenir à notre
point de départ. Ce sera pour-

tant dans d'autres conditions,

apparent

de
en

est

le

de cet intermède
nouvel exemplaire de

et l'objet

sentir.

faire

Un

discours s'est
effet ajouté à ceux
qui remplissaient la première partie. Du point de vue supérieur jusqu'où il nous a
élevés, nous recommencerons notre enquête, mais avec de
plus vastes horizons, non pas seulement sur la rhétorique,
mais sur le rapport qui l'unit à l'amour et au-dedans de l'âme.

Nous

voici donc au
aux deux autres de

comprendre

la

d'une troisième partie ; elle se lie
façon la plus intime et elle en fait
destination. C'est un nouveau motif de
seuil
la

même

reconnaître combien est solide, et
serrée, la texture du dialogue.

La troisième
partie

Cette troisième partie peut à son tour se
,

,.

•

»

les

œuvre d'un

que produit

•

subdiviser en trois

première,
conditions

particulièrement

après

••

sections.

avoir

tn
Dans

déterminé

1

la
les

plus générales auxquelles doit satisfaire toute
on s'interroge sur les œuvres

art quelconque,

l'usage

de

la

rhétorique

;

et d'autre

part,

en

PHÈDRE

xxxvin

expérimentant sur des exemples, on cherche dans quel cas
l'usage ne satisfait pas du tout à ces conditions générales, ou
bien y satisfait d'une façon incomplète, ou enfin totalement.
Une seconde section envisage l'enseignement de la rhétorique, et dans ce qu'il comporte, et par rapport à la contribution historique des Maîtres à la constitution de l'art enseigné
sous ce nom. Enfin, dans la dernière section, à cette rhétorique de fait Platon oppose ce qu'on pourrait appeler une
rhétorique de droit, rhétorique philosophique qui n'est autre
chose qu'une mise en œuvre pratique de sa dialectique '
.

rhétorique
à

se dire un art

—

A. La question à examiner en premier lieu (a5g e sqq.) est celle qui
a été P° sée tout à
58 *)
heure
I

Quels sont les

comment

?

actes

O

)'

et

:

et écrire,

pourquoi parler

qui en eux-mêmes n'ont rien de

repréhensible, ni, ajouterions-nous, de spécifiquement méritoire, peuvent-ils être tantôt quelque chose de mauvais et
tantôt quelque chose de bon ? Ce dernier résultat, Socrate
la certitude, ne sera obtenu
qu'à une condition connaître
ce qui est la vérité sur le sujet dont on traite. Ce n'est pas là

en a

:

pourtant ce que Phèdre a appris à l'école de la rhétorique
si le but à atteindre est de
persuader des auditeurs (ou des
lecteurs), ce n'est pas le vrai qu'il importe de savoir, sur la
justice par exemple, mais uniquement, puisque ce sont eux
:

y

qui doivent juger et décider, quelle est là-dessus leur opinion,
de façon à utiliser cette opinion pour produire en eux telle
conviction qu'on veut obtenir. Soit réplique Socrate, appli!

ne sais pas ce qu'est un
cheval; jesais uniquement que, dans l'opinion de Phèdre, c'est
entre les animaux domestiques celui dont les oreilles sont les

quons donc

ceci à

plus longues

;

la

un exemple

:

je

rhétorique m'autorisera-t-elleà lui persuader,
cette opinion, qu'il fera bien, ayant

en conformité avec
i

.

La prédilection de Platon pour les divisions
dans le Phédon et dans le Banquet. De fait,

festait

ternaires se
ici, cette

mani-

troisième

partie est à la première, j'ai tenté de le montrer, dans un rapport
dont la seconde est justement la clef. Est-ce à dire pourtant qu'elle

doive comprendre tout le reste du dialogue

,

? Je ne le
pense pas
dans ce reste, en effet, il y a une coupe si nettement marquée à
37^ b, qu'il me semble impossible de ne pas considérer comme une
partie distincte tout ce qui concerne la valeur propre de l'écrit.
:

NOTICE

xxxix

besoin d'un cheval pour la guerre, d'acheter cet animal aux
longues oreilles ? Il n'y a qu'à transporter cet exemple au cas
de la distinction du bien et du mal, pour se rendre compte
de ce que peut valoir en ses fruits une rhétorique ainsi
conçue. Peut-être y a-t-il cependant, dans l'expression d'un

une simplicité quelque peu brutale. La rhétorique,

tel grief,

d'un de ses suppôts (Notice, p. cxxvm sqq.), réponpar
dra que la connaissance de la vérité est préliminaire sans doute,
la voix

mais insuffisante pour savoir persuader

et

si

que,

le

but du

discours est de persuader, on ne saurait se passer de la rhéAinsi une sorte
torique, l'art qui en enseigne le moyen.

—

de procès est engagé, où

rhétorique est défenderesse. Le
lui refuse le droit, telle qu'en fait elle se
comporte,

demandeur
de se dire un

la

une

discipline capable d'être transmise par
soutient qu'elle n'est au contraire qu'une
grossière routine. Il procède donc, selon l'usage, à l'interrogatoire de la partie adverse (p. 62 n. 3).
art,

l'enseignement

;

il

B. Le but

La rhétorique
«

psychag^ogie
de l'illusion.

dera-t-il,
»

âmes
?

Est-elle

cela

i

chagogie

dont

le

dans toutes

de

la

rhétorique,

de

n'est-ce pas
P ar la P arole
,

comme il

but

les

est

d
.>

deman-

«

'

diriger les
être une PV'

existe une pédagogie
de diriger l'enfance ?

circonstances possibles,

soit

publiques, devant l'Assemblée du Peuple ou au Tribunal, soit
privées, et quelle que soit d'ailleurs l'importance du sujet
ou l'étendue du discours ? C'est seulement, répond la
rhétorique, dans les deux premiers cas, ce qui implique que

que le discours sera étendu. Mais,
dans
l'Assemblée ou au Tribunal
demandeur,
riposte
n'est-ce pas une controverse qui s'engage, une anlilogie, où
s'affrontent deux parties dont chacune cherche à faire croire
aux mêmes gens que la même chose est juste ou injuste,
bonne ou mauvaise ? Or n'est-ce pas ce qui se passe aussi
le

sujet est important et
le

dans des discussions en

petit cercle et portant sur de petits
intérêts, ainsi l'argumentation de Zenon d'EIée sur la pluralité et le mouvement ? C'est donc
que le domaine de la rhéto1.

ment

Sur

un etcxLvu. Je m'attache seulemarquer l'enchaînement des idées ces questions seront

cette expression, cf. p. ex

ici à

examinées spécialement dans

;

la section VI.

PHÈDRE

xl

rique est bien plus vaste qu'elle ne le croit, mais que, d'autre
part, son caractère essentiel est de s'appliquer, autant que
faire se peut et à l'égard de gens capables de s'y laisser
pren-

dre

i

créer

à assimiler ceci à cela qui

,

une

discours

d'autrui

en

diffère et à seule fin

de

ou bien au contraire

illusion,

de

telles

à déjouer dans le
assimilations illusoires. Or,

comment

pourra-t-on pratiquer contre autrui cet art d'illusion, ou bien éviter d'en être dupe soi-même, si l'on n'est pas
capable de distinguer des choses qui se ressemblent ? Car le
terrain privilégié d'un
on peut insensiblement

tel

illusionnisme est celui sur lequel

d'un terme à celui qui en est
Produire l'illusion aussi bien que
la discerner suppose donc qu'on ne se contente
pas d'opérer
sur des opinions incertaines et vagues, mais que l'on connaît
l'essence vraie de ce qui, peu ou prou, se ressemble 3 Autrement, la rhétorique n'a aucun droit de se présenter à la barre
réellement

glisser

le contraire

2

.

.

pour prétendre qu'elle

est

un

art.

G. Mais tout cela n'est-il pas trop peu

e recours

concret

aux exemples.

?

Pour nous rendre compte
de
r
.

,

qui sépare un discours tait
avec art d'un discours sans art, considérons, dit Socrate, les
trois discours qui ont été prononcés sur l'amour: celui de
Lysias et les deux miens. Et Phèdre d'approuver élève des
la ditlérence

;

rhéteurs,

i.

A

il

est

261 e 3

en

effet

habitué à étudier sur des « exemples »,

otç est, je crois,

un masculin

et,

de

même,

sv toi;

Cette proposition correspond à celle de c 10 sq.,
où Platon a distingué entre V objet dont on parle et les sujets à qui
l'on s'adresse. Nous savons tous ce que c'est qu'un âne et ce que c'est
aXXoiç 262 a 11.

qu'un cheval on n'a donc aucune chance de faire prendre à quelc'est ce qui faisait de l'exemple
qu'un un âne pour un cheval
précédent un argument à la fois comique et péremptoire. Mais il
n'en est pas ainsi pour le juste et l'injuste
aussi, devant des sujets
qui, sur ces objets, ignorent la vérité, aura-t-on beau jeu pour tout
;

;

;

brouiller sans qu'ils s'en aperçoivent.
2.

soit

Le genre

«

ressemblance », dit

constamment sur

glissant ».
3. Il suit

le

ses gardes, car

de là qu'en cette matière

Sophiste (23 1 a) exige qu'on
il
n'y a pas de genre plus

«

l'art véritable

tenir qu'à celui qui emploie à faire illusion

qui joue,

comme

Socrate, la comédie de

un

ne peut appar-

savoir authentique

Y inscience. Cela

ou

rappelle, la

xu

NOTICE

qui sont les compositions « épidictiques » du maître. Oui,
poursuit Socrate, c'est une heureuse chance, vraiment,
qu'aient été prononcés les deux discours qui offrent quelque
exemple de la façon dont on peut, bien qu'on connaisse la
vérité, se faire de la parole un jeu pour égarer ceux qui vous
écoutent (cf. 2Ô5 c s. Jin.). Les deux discours en question ne
peuvent être, à mon avis, que le discours de Lysias et le
N'est-ce pas tout d'abord une
premier discours de Socrate
heureuse chance que Socrate ait rencontré Phèdre et qu'ainsi
il ait connu le discours de
Lysias? De plus, c'est encore un
l

.

un sens, que du lieu même où
tant d'influences particulières (cf. p.

hasard, heureux en
arrêtés

émanent

ils se

sont

xxxn sq.),

sans lesquelles jamais Socrate n'eût cédé aux objurgations de
Phèdre ni repris à son tour le thème de Lysias. D'un autre
l'indique assez clairement (262 d et p. 66 n. 2), l'audacieux
paradoxe par lequel Platon, jeune encore, traduisait en ternies
saisissants sa conviction profonde de la valeur absolue du savoir, le
paradoxe de VHippias minor. En même temps, cela annonce l'ananuancée que Platon, vieillard, consacre à
lyse, plus subtile et plus
la question dans le Sophiste (233 a-236 d et surtout 266 d jusqu'à la
suite

fin

du dialogue)

au

livre

X

de
la

la

;

analyse préparée d'ailleurs par celle qu'on trouve

République,

notamment 5g6 a-6o3 a. Ces
Dans cet art le

analyses

mimétique, l'art de l'imitation.

Sophiste
distingue explicitement une production de réalités vraies, qui sont
des copies, et une production de simulacres, qui sont de fausses

envisagent

apparences. Mais, parmi les simulateurs dont les produits sont de ce
dernier genre, il distingue ceux qui ont la connaissance vraie de ce
l'art des premiers est
qu'ils imitent et ceux qui en sont dépourvus
:

une mimétique informée (taxoptxrj tij p.tu,r atç) et celui des autres, une
mimétique d'opinion, une doxomimétique. Puis entre ces derniers
apparaît encore une nouvelle distinction il y a le simulateur candide
i

:

(eùrjOr,;),

qui croit savoir ce que réellement

il

ignore (ce serait

ici le

public, qui se croit en état de juger et de décider, cf. 260 a) et le
simulateur astucieux (eîpwvizdç, cf. ici 271 c déb.), qui affiche exté-

rieurement un savoir dont, au-dedans de lui-même, il sent l'effroyable
néant; selon que son hypocrisie s'exerce dans des assemblées publiques
ou dans des réunions privées, en longs discours ou bien en argumentations, c'est

l'un des cas

ou bien un orateur populaire ou bien un

comme

dans l'autre,

le

Phèdre

dirait,

sophiste.

Dans

d'une façon géné-

que c'est un orateur (cf. p. xx n. 3).
Sur ce point je m'écarte à regret de l'opinion de M. Bouril
guet
s'agit ici d'après lui (art. cit. p. 338) des deux discours

rale,
1.

:

de Socrate.

PHEDRE

xlii

de l'éloquence pour tromper l'auditeur quoiqu'on
sache soi-même ce qui est vrai, cela convient seulement, et
au discours de Lysias en une acception ironique et comme
côté, jouer

si

que réellement il sait (comparer 271
au premier discours de Socrate, puisque le mensonge

celui-ci dissimulait ce

c déb.), et

de ce discours est celui de l'homme qui sait ce qui est vrai.
Sans doute une telle connaissance de la vérité est-elle pareil-

lement impliquée par

second discours; sans doute celui-ci
oratoire (cf. a65 c, déb. et fin)
sans doute aussi suppose-t-il une heureuse chance, savoir que
la voix démonique soit intervenue pour déterminer Socrate
à sa « palinodie ». 11 n'en est pas moins vrai qu'il n'a rien
à voir avec l'opposition, si nettement marquée ici, entre
est-il

le

pareillement un jeu

;

vérité au-dedans de la pensée et mensonge dans l'expression
de cette pensée au dehors. Enfin n'est-ce pas intentionnellement, plutôt que par négligence grammaticale, que, parlant
des deux discours, Platon a écrit qu'ils contiennent un exemple
d'une telle opposition ? En fait, d'ailleurs, c'est par le discours
de Lysias que commencera cette leçon des exemples la critique qu'on en a faite du point de vue de la forme doit tout
naturellement dispenser d'examiner pour lui-même le premier
discours de Socrate, car il en corrigeait seulement les défauts
de forme l'unique leçon à en tirer, on le voit en effet (265
sa relation au second discours, en
a), est celle qui résulte de
tant qu'avec celui-ci la considération du fond remplace celle
de la forme, et que la vérité y est cette fois proclamée par
;

;

l'homme qui la connaît. Ainsi les trois discours seraient trois
exemples celui de Lysias, de jeu mensonger sans art le
premier des discours de Socrate, de jeu mensonger avec art
le second, de jeu à la fois véridique et plein d'art.
La critique du discours de Lysias (262 d fin sqq.) porte
sur deux points. Le premier précise des indications antérieures
261 cd) le domaine où se meut la rhétorique dans toute
(cf.
son extension, c'est celui de ressemblances qui favorisent le
passage inaperçu d'une notion à son opposé. Ici ce sont de
nouveau les notions de juste et d'injuste, de bien et de mal
qui servent d'exemple pour montrer que nulle part la rhéto:

;

;

:

sur
rique n'est plus à son aise pour produire l'illusion que
qui prêtent à controverse, étant de ceux sur lesquels

les sujets

pensée, non seulement de divers hommes,
mais de chacun de nous en des moments divers. Pour parler
flotte, hésitante, la

NOTICE
ou

écrire

avec art

d'abord déterminé

il

est

xliii

donc indispensable d'avoir tout

n'est pas le cas du sujet à traiter et,
d'accord sur une définition de la chose

si tel

ensuite, de s'être mis
dont il s'agit (cf. 287 c, 277 b). Or c'est précisément le cas
de l'amour: sans quoi Socrate n'aurait pu à son égard adopter
successivement d ans ses deux discours deux attitudes contraires.
Lysias est donc fautif de n'avoir point, comme l'a fait Socrate
au début de son premier discours, défini la conception qu'il
s'en faisait.
Le second poin