Գլխավոր էջ Platon: Œuvres complètes. Tome IV, 1re partie: Phédon

Platon: Œuvres complètes. Tome IV, 1re partie: Phédon

,
0 / 0
Որքա՞ն է ձեզ դուր եկել այս գիրքը:
Ինչպիսի՞ն է բեռնված ֆայլի որակը:
Բեռնեք գիրքը` գնահատելու դրա որակը
Ինչպիսի՞ն է բեռնված ֆայլերի որակը:
Fictif ou historique, le Phédon constitue pour nous le testament de Socrate. Au fond de sa cellule, le philosophe est condamné à boire la ciguë avant la tombée du jour, avec lui ses fidèles émules. Platon, par un artifice bien littéraire, « malade ce jour-là », sculpte la statue de son maître, en décrivant un Socrate grave et résigné, un sage encore plus qu'un philosophe. Dans les heurs qui précèdent sa propre mort, Socrate donne une dernière leçon, sur la mort justement. Cette coïncidence entre le thème et le contexte du dialogue, confère à ce dernier une immense force d'émotion et donc de persuasion. Comment, dans une telle mise en scène, ne pas écouter religieusement les théories, platoniciennes autant que socratiques, concernant la mortalité de l’âme et le jugement de celle-ci aux Enfers ?

Notre édition présente en un volume ce texte fondateur de la littérature grecque. Le dialogue est replacé dans l’ensemble des œuvres de Platon et daté de la maturité du philosophe. Les parallèles avec les autres œuvres du philosophe, notamment Le Banquet, dont Phédon est le contemporain, sont soulignés avec précision, tandis que de nombreuses « pièces d’anthologie », telle la comparaison de la lyre et de l’accord, et surtout le mythe de la géographie des Enfers sont analysés en détail. La riche notice introductive fait en outre le point sur les diverse influences, tant littéraires qu’historiques ou philosophiques qui traversent le texte. L’histoire de la tradition manuscrite est brièvement relatée, tandis que des notes, développées en fin d’ouvrage par des notes complémentaires, accompagnent la lecture, faisant de cet ouvrage un remarquable outil de travail.
Կատեգորիաներ:
Տարի:
1926
Հրատարակչություն:
Les Belles Lettres
Լեզու:
french
Էջեր:
290
ISBN 13:
9782251003719
Սերիաներ:
Collection des universités de France Série grecque - Collection Budé 293
Ֆայլ:
PDF, 13.90 MB

Ձեզ կարող է հետաքրքրել Powered by Rec2Me

 

Հիմնական արտահայտություններ

 
que1341
kal1099
qui1025
est1005
les838
pas676
des673
stob632
une586
pour561
dans560
par533
nous467
plus448
bien389
mais348
elle310
sont301
tout292
son266
lui262
dit259
avec254
eus247
sur236
donc234
dont227
fait208
sans189
ces188
soit177
mort158
aux147
peut144
leur144
cela141
kai134
deux124
rien121
0 comments
 

To post a review, please sign in or sign up
Կարող եք ակնարկ թողնել գրքի վերաբերյալ և կիսվել ձեր փորձով: Մյուս ընթերցողներին նույնպես հետաքրքիր կլինի իմանալ ձեր կարծիքը իրենց կարդացած գրքերի վերաբերյալ: Անկախ նրանից՝ ձեզ դուր է գալիս գիրքը, թե ոչ, եթե անկեղծորեն և մանրակրկիտ պատմեք դրա մասին, մարդիկ կկարողանան իրենց համար նոր գրքեր գտնել, որոնք կհետաքրքրեն իրենց:
1

Deeds of John and Manuel Comnenus (Epitome)

Année:
1976
Langue:
english
Fichier:
PDF, 26,77 MB
0 / 0
2

Colloidal suspension rheology

Année:
2012
Langue:
english
Fichier:
PDF, 7,78 MB
0 / 0
COLLECTION DES UNIVERSITES DE FRANCE
publiée sous

le

patronage de l'ASSOCIATION

GUILLAUME BUDÉ

PLATON
OEUVRES COMPLÈTES
TOME

—

IV

i™ PARTIE

PHÉDON

TEXTE ÉTABLI ET TRADUIT
Léon
Professeur à

la

ROBIN
Faculté des Lettres

de l'Université de Paris.

PARIS
« LES BELLES LETTRES
BOULEVARD
RASPAIL
g5,
1926

SOCIÉTÉ D'ÉDITION

Tous droits réserves.

»

NOTICE

I

LE P11ÉDON

impossible de dater le Phédon, on peut du moins
dans l'œuvre de Platon. Sa parenté avec le Banquet
est en eflet manifeste
celui-ci enseigne comment vit le Sage
et celui-là, comment il meurt ils se ressemblent en outre
par
leur contenu doctrinal. Sans doute il est difficile de dire
S'il est

le situer

:

;

S'il est
lequel des deux a précédé l'autre
possible cependant
de déterminer d'une façon au moins approchée l'époque de
2
la
composition du Banquet , du coup on obtiendra le même
résultat pour le Phédon. Tenons le dès à présent pour un dialogue de la maturité de Platon. 11 ne fait certainement pas
*

.

corps avec les dialogues proprement apologétiques, Apologie
D'autre part, il paraît bien avoir été écrit, notam-

et Criton.

ment après

le

Gorgias dont

il

suppose

et

complète l'eschato-

Ménon auquel il fait une allusion non douteuse
Enûn on ne peut guère contester que, par rap-

logie, après le

(72 e sqq.).

port au Phédon, le Phèdre (réserve faite de certains points
litigieux) et la République (le livre I étant mis à part) représentent un nouvel effort pour préciser les problèmes, pour

approfondir

les solutions,

pour étendre

la

portée des systèmes

mythiques.
1. Peut-être est-ce le Banquet, auquel se référerait l'expérience
qu'Échécrate, dans le Phédon 5o, b, est censé avoir dû caractère
d'Apollodore. Voir plus bas.

2.

Voir

la notice

sur ce dialogue.

PHEDON

vin

Par conséquent, à l'époque où semble avoir été
composé
Phédon, Platon a déjà accompli son grand voyage en
Egypte, à Cyrène, dans la Sicile et la Grande-Grèce il est
déjà le chef d'une école, qu'il vient d'établir dans le parc
d'Académus (388). Il est en;  possession d'une méthode
pour
apprendre et pour enseigner, dont le Phédon peut désigner
la
technique par voie de simple allusion, quitte à en préciser
ensuite l'usage (76 d, 78 d et ioid
sqq.). Il a une théorie
de la connaissance et de l'être, à
laquelle il se réfère dans le
Phédon comme à une doctrine depuis
longtemps rebattue et
théorie
qui a son vocabulaire spécial, ou qui le cherche
déjà familière à ceux pour qui il écrit. L'orientation mathématique de sa pensée, déjà manifestée dans le Mènon et dont
le VII e livre de la
République fixera le caractère symbolique
et préliminaire, se révèle aussi dans le Phédon
par l'emploi
privilégié des exemples ou des représentations mathéma2
Tout cela, certes, est mis dans la bouche de Socrate.
tiques
Mais Socrate est ici personnage d'un
dialogue dont l'auteur
est Platon. Donc, tant
qu'il n'aura pas été prouvé par des
raisons décisives 3
que le Phédon est d'un bout à l'autre un
témoignage historique relativement à Socrate, on sera en
droit de penser
que, s'il constitue un document, ce doit être
surtout en ce qui concerne son auteur.
Aucun doute sérieux ne peut être élevé sur l'authenticité
le

;

!

;

.

du
se

dialogue.
au bas

On

lit

a pu croire, sur la foi d'une
épigramme qui
du premier feuillet du Phédon dans un de nos

manuscrits (le Venetus, Append. class. 4, cod. 1, celui
qui
sera désigné
par le sigle T), que cette authenticité avait été
contestée par le Stoïcien Panétius. Ce n'est
qu'une

méprise

sur le sens de
l'épigramme les doutes de Panétius portaient,
non sur l'attribution de l'ouvrage à Platon, mais sur la valeur
des arguments qui
y sont allégués en faveur de l'immortalité
des âmes individuelles 4
:

.

1.

65 d; 72 e-73 b; 74 a;
75 cd; 76 b, d; 78 a; 92 d; 100 b;
100 d.

102 b.
2.

ni
o.
4.

-

—

f
À a sqq.,

96 e sqq., 101 bc, 102 b sqq., io3 e sqq.,

no

d,

b.

Ce problème

sera examiné un peu
plus loin, p. xv sqq.
Cf. S. Reinach, Panaitios
critique (Rev. de Philologie 1916,

201-209).

NOTICE

II

LE PROBLÈME HISTORIQUE

Le Phédon n'est pas, on le sait, un dialogue direct, comme
par exemple le Gorgias ou le Ménon. C'est, encadré dans un
toi
dialogue, le récit du dernier entretien de Socrate avec ses
fidèles

1
,

le

jour

même

où

il

but

la ciguë.

par Phédon d'Élis, un de ces fidèles, à
Échécrate de Phlionte,qui est impatient de connaître, d'après
un témoin, les circonstances de la mort de Socrate et surtout
ce qu'il a dit avant de mourir. Quelles sont chez Échécrate

Le

récit est fait

de cette curiosité

les raisons

socratique
siens,

un

;

?

Il

n'appartient pas au groupe

un Pythagoricien et, avec trois autres Phliacinq membres de la Secte que connut Aris-

c'est

des

2
le Musicien
Mais, sans parler de la place
tiennent
Simmias
et
Cébès,
qu'y
plus d'un détail dans le

toxènede Tarente,

.

dialogue (p. ex. 5g b, 60 a) est fait pour laisser croire qu'entre
les
Pythagoriciens de Grèce et les Socratiques il existe des

D'autre part, bien que sans doute
moi t depuis quelque temps déjà (cf. 58a fin),
Platon suggère que l'événement est assez récent pour s'imposer à la préoccupation d'Échécrate comme au souvenir de
relations habituelles.

Socrate soit

Phédon.
Le nom de Phédon a été popularisé par notre dialogue. Mais
au sujet de sa personne et de ses doctrines notre ignorance
n'est guère moins grande que pour Échécrate. Sur quoi se
f ,nde la tradition
d'après laquelle, appartenant à une noble
famille d'Élis, il aurait été amené à Athènes comme prison1.

Les membres d'un groupe philosophique, réunis autour d'un

directeur, et que le groupe soit ou non constitué régulièrement en
école, sont des associés et des confrères. C'est pourquoi le mot Ita:-

m'a paru devoir êfre rendu par camarade, plutôt que par ami.
Diogène Laërce VIII, 46. Échécrate est mentionné aussi dans le
catalogue des Pythagoriciens que dresse Jamblique à la fin de sa Vie
de Pythagore (267); parmi les femmes pythagoriciennes est nommée
une Échécratie de Phlionte, peut-être sa fille. Voir p. 1, n. 1.
00;

2.

PHÉDON

x

nier de guerre ? et,
remarqué de Socrate pour son intelligence,
racheté à sa prière par un des amis du Maître,
par Cébès

même,

? Il se trouve, il est vrai,
qu'en
faubourgs de sa ville natale furent ravagés par les
Spartiates, qui étaient alors les alliés d'Athènes. Mais quel
rapport y a-t-il entre ce fait et la tradition ? Celle-ci semble
bien n'être qu'un
petit roman en marge du Phédon. La

précisait-on parfois

4oi-4oo

les

du personnage n'est peut-être pas
plus aisée à déterminer d'après les données du
dialogue. Sans nul doute, à le

figure

du lit de Socrate, et le Maître pressant entre
doigts les boucles de sa longue chevelure (89 b), on peut

voir assis près
ses

prendre pour un disciple particulièrement aimé

le

tableau est gracieux sans fadeur
ties
tempère l'émotion. Mais ce

1
.

Le

x

la vivacité rieuse des

répardisciple aimé est-il un tout
jeune homme? On l'admet le plus souvent, pour cette raison
que c'était à Athènes l'usage des jeunes gens de porter les

cheveux longs. Pourquoi
tume de railler 2 Phédon
âge ? Tout au contraire il
de conserver dans Athènes
vient pas aux hommes
qui
et

quelle que fût la

;

donc

alors Socrate aurait-il cousur une pratique habituelle à son
est naturel
qu'il le gronde souvent

un usage de son pays, qui n'y conont passé la jeunesse. Au surplus,
réalité, il semble impossible que Platon

vouloir donner une
apparence simplement aimable à
dont il faisait le narrateur d'un entretien où
s'agitent,
autour de Socrate mourant, les
problèmes derniers de la conduite et de la destinée. Quelle confiance Échécrate
pourrait-il
avoir dans l'exactitude d'un témoin
que sa grande jeunesse
eût empêché de s'élever à de telles hauteurs ou de suivre une
ait

pu

celui

discussion si subtile? D'autre
part, après avoir, au mépris des
indications implicites de Platon,
supposé Phédon très jeune
en 399, on est ensuite conduit à
en outre
la

supposer
que
fondation de son école à Élis est de
beaucoup postérieure à la
mort de Socrate. Quelle doctrine
y enseignait-il? Sans doute
une doctrine voisine de celle des
et fondée sur un

Mégariques

Le

donné son nom à l'un de ses dialogues socratiques ne prouve rien par lui-môme quant à l'autorité
dont il jouissait (quoi qu'en
pense Archer Hind, éd. du Phédon,
1.

fait

qu'Eschine avait aussi

Introd., p. 4o).
2. L'interprétation la
plus répandue (cf.
toute la scène une tournure

équivoque

stances, singulièrement déplacée.

et,

p. 54,

n.

1)

donne à

par rapport aux circon-

NOTICE

xi

usage, pareillement intempérant, delà dialectique:

Sceptique en

dans ses
chait d'Euclide, l'un bavard
effet,

28 Diels)

Silles (fr.
l

s

Timon
le

On

l'autre, dispuleur.

le

rapprosait

en

outre quelle parenté unit l'école d'Érétrie, fondée
par Ménédème et Asclépiade de Phlionte, d'une part à l'école d'Élis,
de l'autre, à celle de Mégare *: Des
cinq Compositions socratiques (/oyoi fftiéxpàxucoQ qui lui étaient attribuées, deux seulement étaient tenues pour authentiques son Zopyre, dont le
:

thème physiognomique

dans la légende de Socrate,
et son Simon,
duquel sort sans doute ce prétendu disciple de
Socrate, Simon le cordonnier, dont les propos (vxtmxot Àoyot)
étaient, à la vérité, également rapportés à Eschine. Aulu-Gelle
le pauvre
parle de l'élégance maniérée du style de Phédon
fragment conservé par Sénèque (Ep. 94, 4i) semble bien lui
donner raison. En somme, autour de la personnalité de Phédon il n'y a pour nous qu'incertitudes et ténèbres.
Passons au dialogue raconté. Le théâtre en est la prison
est passé

:

où, sur l'ordre des Magistrats, le condamné doit avoir, au
coucher du soleil 3 mis fin lui-même à son existence en
,

les personnages nommés comme préseulement prennent part à l'entretien
Griton,
Phédon, Simmias, Gébès, enfin celui que Phédon ne peut

buvant

la ciguë.

Parmi

sents, cinq

:

désigner nommément avec certitude (io3a). D'autres interventions sont antérieures à l'entretien, ou seulement épisodi-

ques

Onze

:

du Portier, de Xanthippe ou du Serviteur des
de son acolyte. Platon y a joint une liste d'ab-

celles
et

disait-il, en faisant un calembour sur le nom.
Avant de connaître Slilpon de Mégare, Ménédème (mort à -\
ans, peu après 278) avait été l'élève à Élis de Moschus et d'Anchipylus, successeurs de Phédon après Plistanus. Raison de plus pour
ne pas éloigner
beaucoup de la mort de Socrate la fondation de
1.

Phlédon,

2.

l'école d'Elis, à
supposer
si c'est vraiment une

même

qu'elle ne fût pas antérieure. Enfin,

pour Platon (comme l'a indiqué M. L.
Parmentier dans ses conférences de 192 5 à ia Sorbonne) de ne pas
mettre en scène des hommes encore vivants, il est
possible que Phédon
fût déjà mort au moment de la
composition du dialogue.
3. Voir
Il est assez difficile de prép. 8, n. 1 et p. 100, n. 3.
ciser à
dans
quelle époque de l'année eut lieu la mort de Socrate
le Phédon il est
question à la fois de la fête d'Apollon (61 a) et du
pèlerinage à Dèlos (58 a-c). Or celui-ci avait lieu en février ou mars,
tandis que la fête du Dieu se
plaçait au début de mai; en parlant
de la fêle, Platon a sans doute en vue les
fêtes de Dèlos.
règle

—

:

xn

PHÉDOX

sents

ce sont les fidèles

dont la présence en un tel
jour, aux
supposée attendue par Échécrate d'après
ce qu'il sait de la
composition du cercle socratique. Avec Platon, on doit en outre dans ce double
catalogue distinguer les
1
ceux qni fréquentent habituelleAttiques et les Étrangers
ment
et ceux
qui ne l'approchent qu'accidentellement
Soçrate
à l'occasion de leurs
séjours à Athènes, mais qui chez eux se
réclament de lui et veulent être,
par quelque côté, des
«
Socratiques ». Enfin, tandis que, en ce qui concerne ces
derniers, Platon paraît suggérer (5g c)
qu'il a nommé tous
ceux qui étaient à nommer, au
les
contraire,
côtés

:

du Maître,

est

,

pour

Attiques,

indique (ibid. b fin) que son énumération des assistants
n'est pas
complète de fait, bien d'autres noms figurent dans
2
l'Apologie (3g e sq.)
Quels sont, maintenant, ceux dont l'absence a besoin d'être
il

;

.

?

C'est, parmi les Attiques, Platon et,
expliquée
parmi les
Etrangers, Aristippe avec Cléombrote. Le premier, dit Phédon (59 b fin), était malade. Qu'il
ajoute « je crois », rien
n'est dans sa bouche
bien loin de suggérer
plus naturel
l'idée d'une fiction destinée a
reporter sur un autre la responsabilité d'un récit infidèle, c'est au contraire l'affirmation
:

implicite du fait. Malade de chagrin? Toute conjecture sur la
a
cause de la maladie est inutile
mais l'absurdité de celle;

ci est

évidente,

si

l'on

forte,

que Platon

s'est

:

songe à l'analyse, à

la fois subtile et

du mélange de douleur
3
plupart des assistants
Quant

attaché à faire

de sérénité qui anime la
Aristippe de Cyrène et à

e

à

.

—

Cléombrote d'Ambracie, ils
à Égine. Or
Égine était un endroit de plai-

étaient, disait-on,
Aristippe est

sir et

l'apologiste

du

plaisir

;

il

n'en a pas fallu

davantage pour supposer* que ceux-là n'ont pas voulu

sacri-

fier leurs

un

jouissances, ni compromettre leur tranquillité par
spectacle qui leur eût été trop pénible
Le blâme serait
!

Sur ces personnages, voir
p. 3, n. 1.
2. 11 est naturel
que ni Chéréphon (cf. Apol. 2c e sq.), ni Xénophon ne soient nommés le premier, parce qu'il était mort avant !e
1.

^

:

procès; le second, parce qu'à ce
quitté Athènes

place de
i

moment

Xénophon dans

le

avait, depuis

cercle socratique, voir

Année philosophique, XXI,
19 10.
3.
Comparer 58 e sq. avec 117 c
4-

il

un an

pour prendre part à l'expédition de Cyrus

Diogène Laërce

II,

65

sqq.

et III, 36.

mon

;

déjà,

sur la

article

de

NOTICE

xiii

par trop dissimulé et, en outre, singulièrement maladroit
leur absence n'est sans doute pas plus coupable aux yeux de
Platon que ne l'est la sienne propre. Ce qui seul est intéressant, c'est qu'il ait tenu à nommer Aristippe parmi les fidèles
:

authentiques du Socratisme. Du reste le Socrate du Banquet
est-il si éloigné de l'attitude du Sage cyrénaïque ? L'idéal de
celui-ci n'est-il pas, d'autre part, qu'il faut se

rendre indé-

pendant des choses et les maîtriser par la pensée, savoir toujours cueillir en elles, quelles qu'elles soient, la fleur du plaisir
et chercher celle-ci à égale distance de l'apathie complète et des
passions violentes, qui sont toujours douloureuses
nité de Socrate

en face de

la

mort

et l'allégresse

*

?

de

La

séré-

la libé-

ration prochaine s'accordent aisément avec un tel idéal.
Ainsi, pour des raisons de fait, deux disciples notoires se

trouvent être exclus de l'entretien.

deux autres parmi

Il

en reste en revanche

présents: c'est Antisthène, qui doit
fonder l'école dite Cynique, et c'est Euclide, qui est déjà ou
qui va devenir scolarque à Mégare. Or c'est assez pour
les

il ne leur fait aucune
Platon d'avoir cité leurs noms
place
dans un entretien aussi riche de philosophie, au cours duquel
leur silence ne laisse pas d'étonner. Pourquoi ce parti pris ?
Vraisemblablement parce que ce sont des contemporains, et
que les convenances littéraires du temps interdisaient à Platon de prêter à des contemporains un langage qu'au moment
supposé de l'entretien ils n'avaient pas en effet tenu, ou qui
n'est plus le leur au moment où il écrit. Dès Hors n'est-on
pas déjà tenté de penser qu'il n'y a pas lieu de chercher
dans le Phédon un récit historique et qu'il est une fiction?
Cette présomption se conlirme, si inversement on s'interroge au sujet de ceux qui sont, avec Socrate, les principaux
protagonistes de l'entretien dans ce qu'il a de proprement
2
Cébès et enfin cet inconnu mysphilosophique: Simmias
ou
héraclitéen
térieux,
protagoréen en qui il y a comme un
reflet de la pensée d'Aristippe, et dont l'objection
topique
(io3 a) commande la partie décisive du dialogue. Quant aux
deux autres, dont le rôle, surtout celui du second, n'est pas
:

,

Sans doute ces idées sont plutôt celles du second Aristippe, le
du nôtre. Mais vraisemblablement elles étaient déjà celles
de l'ancêtre qui combinait au Socratisme des influences héraclii.

petit-fils

téennes, transposées par l'enseignement de Protagoras.
2. Diog. La. II, 12^, écrit Simias.

PHEDON

xiv

moins important,

sont pour nous
presque aussi énigmaIl ne
être
tiques.
peut
question démettre en doute leur existence, mais il est bien certain que les anciens n'étaient
pas
mieux informés que nous sur leur compte ils ne savaient
ils

;

ce qui nous en est dit dans le

que

Phédon ou dans

le Criton

qu'au temps de la mort de Socrate ce sont de jeunes
hommes (Phédon 89 a); qu'ils appartiennent à des familles

(45 b)

:

riches et sont prêts, pour seconder le
plan d'évasion conçu
par Criton, à donner Leaucoup d'argent; qu'ils ont été des

auditeurs du Pythagoricien PhiJolaùs
pendant le temps que
Thèbes (Phédon 61 d); que Simmias est

celui-ci a séjourné à
de Thèbes et Gébès

au moins béotien, comme semblent le
forme
dialectale
prouver
que Platon met dans sa bouche
et le « chez nous » dont il se sert à
propos du séjour de Philolaûs à Thèbes avant son retour en Italie
(ibid. 62 a, 61
la

e).

Une

autre

encore Platon a parlé de Simmias de tous les
Grecs de son temps, lit-on dans le Phèdre
(242 ab), Socrate
n'a connu personne de plus habile
Phèdre à faire naître
fois

:

que

à l'exception toutefois de Simmias le Thébain.
Mais l'allusion au Phédon saute aux
yeux car c'est Simmias
les discours,

;

qui, en provoquant les explications de Socrate (63 a-d), a été
l'instigateur de toute la discussion ; il n'y a donc là aucune
donnée nouvelle. Aucune autre ne nous vient d'ailleurs.

Xénophon (Memor. III 1 1, 17
ment que répéter Platon, si ce

comme Simmias, est

de Thèbes

;

I 2,

48) ne

fait

manifeste-

n'est qu'il
spécifie

que Cébès,

même

*.

La VIP

lettre

platoni-

cienne (345 a), bien mieux, se contente, en
s'appropriant
son exclamation de 62 a, de
mais
l'appeler « le Thébain »
l'authenticité de cette lettre
n'implique pas celle de tous
les mots de son texte, et ceux-ci
peuvent fort bien n'être
;

qu'une glose. De même Diogène Laërce, quand il précise que
Gébès est de Thèbes (II, 126), ne fait sans doute
qu'interpréter
le Phédon 2 C'est
justement parce qu'on ne savait rien d'eux,
.

De

1.

recte

plus, chez lui,

-des),

on trouve

la

forme vraisemblablement cor-

nom de leur compagnon du Phédon Phédoncfos (au lieu de
comme Epaminondas, Pélopidas, etc.
Quelques manuscrits

du

:

écrivent Phédônidès.

Simmias et Cébès sont nommés encore, avec référence
expliau Phédon, dans la XIIIe lettre
platonicienne 363 a, falsification
er
antérieure au i
siècle de notre ère
le
de Thra2.

cite

(puisque

catalogue

NOTICE

xv

que d'ingénieux faussaires ont été tentés d'écrire sous leur
nom. Diogène met au compte du personnage de Platon le
fameux Tableau de Cèbès, petit écrit de tendances stoïco-cyniques,dontla composition se plaee aux environs de l'ère chrétienne. Comment, après cela, ne pas être sceptique à l'égard
des vingt-trois dialogues dont il gratifie Simmias (II, 124)?
11

n'est pas jusqu'à la réalité

pythagorique de leurs théories

Phédon qui ne soit matière à soupçons. Sans doute
la doctrine de lame-harmonie, exposée par Simmias, se rattache aux théories musicales et médicales de Philolaïis sans
dans

le

;

doute, négligerait-on même le fait qu'Échécrate se souvient
de lui avoir jadis accordé son adhésion (88 d), elle se retrouve,
à peu de chose près chez Aristoxène et Dicéarque, Péripatéticiens de la première génération qui sont d'origine pvthagorique. D'où vient cependant qu'Aristote l'expose et la discute
(De an. 1 4, jusqu'à 4o8 a, 28) sans nommer les Pythagoriciens, et qu'il leur rapporte au contraire des théories tout à

4o4 a, 16-20)? D'où vient, surtout,
lui
auditeur
aussi
de Philolaïis, ait sur l'âme une
Gébès,
que
doctrine autre que celle de Simmias?
fait différentes (ibid. 2,

Par rapport à Socrate lui-même, le problème de l'historidu Phédon devient particulièrement délicat. Pour ce qui
le concerne, en effet, les éléments de comparaison ne manquent pas, soit qu'on les cherche en dehors de Platon ou bien
à l'intérieur de son œuvre, Mais de quel critère dispose-t-on
cité

pour décider quel est le plus historique, du Socrate qui
figure dans V Apologie ou de celui qui figure dans le Parménide ou le Philèbe, de celui que bafoue Aristophane comme
le
plus pernicieux des Sophistes ou de celui que glorifient Xénophon et Platon ? De l'emploi de cette méthode
comparative il ne peut rien sortir que de problématique
et d'arbitraire. C'est notre dialogue lui-même
qu'il faut
interroger.

Une
nier

sylle,

:

chose frappe tout d'abord et qu'il semble difficile de
Socrate du Phédon est en possession d'un art bien

le

dans Diog. La.

III,

61, la mentionne).

Il est

question de Sim-

Socratique, dans la Vie de Platon (eh. 6) et dans les
Prolégomènes à la pliilosophie de Platon (ch. 1) qui sont connus sous
le nom d'Olympiodore ; mais les idées
qui y sont attribuées à Simmias

mias, appelé

le

ne sont qu'un commentaire de Phédon 76

b.

PHEDOxN

xvi

défini de penser et de parler, dont il existe une méthode 1
tout l'entretien semble être une mise en œuvre de la rhéto;

rique philosophique, considérée comme un acheminement à
la démonstration. De rà7roXoyi'a, en effet, du plaidoyer
qui

développe des motifs et s'efforce de

les

rendre persuasifs, on
comporte

s'élève ensuite à la 7rapau.u6c'a, à l'exhortation qui
déjà des justifications logiques et constitue, comme

protreptique, un exercice de conversion
vient enfin à des raisonnements, dont la rigueur
alors,

une

;

visiblement s'égaler

à

on disait
on par-

prétend
démonstrations mathéma-

celle des

seuls ils sont capables
tiques, pour les surpasser en portée
de légitimer en dernière analyse, s'il y a lieu, les modes
antérieurs de l'argumentation
les règles mêmes de cette
méthode supérieure sont énoncées avec une précision technique qu'il faut souligner. Dans cet énoncé et surtout dans
;

:

morceau sur

misologie » (8g c-91 b), l'ensemble de
technique
opposé avec une belliqueuse ardeur aux
prétentions injustifiées d'adversaires qui ne savent ni ce

le

cette

la

«

est

2
Dira-t-on que c'est préqu'est rigueur ni ce qu'est vérité
cisément une telle technique que visaient Aristophane en faisant, pour une part, du Socrate des Nuées un maître de chicane ? ou le « faiseur de comédies » en le traitant d'odieux
bavard (70 b)? ou encore Xénophon quand il raconte (Mem.
I 2, 3i-38
cf. ibid. i5,
39 et 47) comment les Trente avaient
interdit à Socrate d'enseigner l'art de la parole ? Soit acceptons que Socrate ait en effet donné un tel enseignement.
Mais ou bien c'est avant ce qu'on peut nommer la période
«
critique » de sa carrière, avant de se vouer tout entier à
cette mission d'examen dont parle l'Apologie et que lui a
imposée la réponse de l'Oracle delphique ou bien cet enseignement de l'art de penser et de parler n'a pas été interrompu par l'exercice de la mission. Dans le premier cas, on
comprend mal pourquoi, à son dernier jour, Socrate met en
.

;

;

;

1.

Voir en particulier 61 b, 6

ab, 101 de,

n5

j

c fin,

75 d, 78 d, 84 d, 89

c,

91

c.

a. D'une façon générale ils sont appelés conlroversistes, k+xtXoyuoiy gens qui enseignent à parler pour ou contre, sans nul souci de
la réalité et de l'essence des choses. C'est ainsi
que l'élève des

Sophistes qui a écrit les Doubles raisons (oii'jol Xôvoi) rejette expresc'est-à-dire portant sur le tî

sément toute recherche de ce genre,
Èaxt (Vorsokratiker de Diels, ch. 83,

1

17).

NOTICE

xvn

un tel relief des pratiques auxquelles il a renoncé pour les
plus graves raisons et plus mal encore, dans l'autre hypothèse, qu'il soit obligé de s'expliquer ainsi sur ce qui serait
;

procédure accoutumée de son enseignement et de ses
si Platon dissimule
que, sur ce
son
dans
celui
n'est
le
Phédon
point
que tenait
point,
langage
son maître.
De même le Socrate du Phédon est très éloigné de celui
qui professe savoir une seule chose, c'est qu'il ne sait rien.
la

recherches. C'est donc à peine

C'est

un philosophe qui spécule sur

l'Être et sur le Devenir,

qui a là-dessus des doctrines bien définies, à l'enseignement
desquelles il se réfère souvent et qui sont connues et
acceptées de

Simmias comme de Cébès.

second connaît bien

A

vrai dire, tandis

de la réminiscence, le
que
mais peut-être n'y a-t-il
premier l'ignore ou l'a oubliée
pas là qu'un artifice destiné à effacer cette impression de
dogmatisme et à rendre à l'entretien sa liberté d'allure.
D'autre part, non seulement les recherches des Physiciens
ne sont pas ignorées de ce Socrate, non seulement il les a
le

la théorie
;

lui-même pratiquées (en quoi

l'on voit le

Phédon s'accorder

Nuées, d'un quart de siècle antérieures au procès)
mais bien plus il ne s'en est pas actuellement désintéressé.
Car c'est une nouvelle physique qu'il se propose de substi-

avec

les

;

tuer à l'ancienne. Au surplus, lié comme il l'est à l'explication de la vie et de la mort, le problème de l'âme ne concerne-t-il pas la physique

?

Mais comment

croire, cette fois

encore, qu'un philosophe qui n'a pas renoncé à savoir pourquoi les choses naissent, existent et enfin périssent, ait

gardé par devers lui jusqu'aux dernières heures de sa vie un
ensemble de preuves si savamment élaboré, si étroitement
noué aux doctrines qui sont déjà familières aux membres
du groupe dont il est le chef?
D'un autre côté cependant il se caractérise fortement par
son attitude profondément religieuse et par l'enthousiasme
de son ascétisme. Bien que, ce qui peut étonner, le Phédon
ne contienne pas d'allusion explicite à la mission dont Socrate a été investi par le Dieu de Delphes, l'image d'Apollon
n'en domine pas moins le dialogue
c'est lui qui visite
:

i.

Pour

2.

Voir

ceci et ce qui précède voir les références, p.
morceau de 96 a-101 a et p. 87, n. 1 fin.

vm,

le

IV.

—

2

n. i.

PHÉDON

xvni

Socrate en songe, c'est lui qui a retardé sa mort et lui a
ainsi le temps de se mettre en règle
comme les
cygnes Socrate est à son service, et c'est de lui qu'il tient ses
dons prophétiques 1 Dévotion particulière qui, d'ailleurs, se

donné

;

.

rattache à l'idée générale que nous

sommes la

chose des dieux

que nous ne devons pas, par le suicide, déserter arbitrairement la tutelle de ces maîtres excellents, avec lesquels le
Juste après sa mort est assuré de vivre en société. Et c'est
et

encore à cette pensée religieuse que se rapportent ses dernières paroles, sur le

donne aux

qu'il

vœu

2

à Escuiape

fait

notions de

Le rôle

.

et

purification

capital
d'initiation

témoigne de l'influence de l'Orphisme soit qu'il s'agisse de
susciter des réflexions rationnelles ou de les dépasser
par des
:

représentations figurées et mythiques, c'est sur des révélations mystiques qu'il s'appuie et sur des traditions reli-

Homme inspiré et prophète, le Socrate du Phédon
en outre l'apôtre passionné de la mortification. La foi et
l'espérance dont il travaille, parfois avec les accents d'une
3

gieuses

.

est

brûlante éloquence, à

ment

communiquer

l'ardeur à ses amis, ont

la libération

complète, qui doit purifier entièrel'âme de la misère des passions et de la dépendance à

pour objet

du corps *. La vertu consiste à réduire autant qu'on
peut cette dépendance et à vivre par la pensée pure, à
renoncer à tous les plaisirs corporels, aux richesses, aux soins
et à la recherche de la toilette 5 Ce Socrate a donc déjà les
traits d'un Cynique, et on ne peut oublier
que la Comédie les
a vigoureusement soulignés. Mais par ailleurs il en possède
l'égard

le

.

d'autres grâce auxquels, évitant la forfanterie et le charlatinisme, bornant l'ascétisme à la maîtrise spirituelle, il lui
conserve sa noblesse. Dans son zèle, son apostolat n'a rien

mais plein d'indulil ne
proscrit ni
les liens de famille, ni le respect des coutumes et des obligations sociales. Les actes moralement indifférents de la conduite extérieure, ou qui ne sont pas strictement exigés par les
de hargneux ni de brutal

gence, et

i.

2.

3.

il

6oe-6i b, 84 e sq.
Pour tout ceci voir 61
Voir par ex. p. 17, n.

et n. 3

;

;

s'efforce surtout

il

est fervent,

de se faire aimer

c sqq. ; 63 bc,
2 ; p. 21, n. 1

69 d
;

Notamment 66 b-67

5.

Cf. 64 c-e,

111 b; 118

p. 22, n. 4

p. 4i, n. 1.

4-

5

;

b, 68 ab, 83 bc.
68 b-69 d, 81 a-c, 82 c-84 b.

;

a.

P- 4o, n.

1

NOTICE
nécessités vitales, sont

pour

xix

choix de la conscience des

les

occasions et des instruments, soit du salut de l'âme, soit de
sa ruine *. En somme, ces deux aspects pratiques du personnage, à l'inverse des précédents, s'accordent aisément à la

même de l'accusadans son groupe social, un Socrate prophète et apôtre
devait passer pour impie et pour corrupteur de la jeunesse.
La question peut être encore envisagée d'un autre point
de vue, et par rapport à l'existence même du cercle socratique ou, si l'on veut, à la nature du lien qui unit au Maître
ses fidèles. Ceux-ci en effet viennent, semble-t-il, de tous les
points de l'horizon philosophique dans la seconde moitié du
v e siècle. Les uns, comme Simmias et Cébès, sont pythagosituation. Ils s'accordent aussi avec le fait

tion

:

risants d'autres, comme Euclide, appartiennent à la famille
éléatique Aristippe et l'inconnu relèvent de Protagoras et se
rattachent à l'Héraclitéisme, comme d'ailleurs Platon lui;

;

même

dont Cratyle a été

le

premier maître

2
;

Antisthène est

élève de Gorgias. Au surplus, une fois Socrate mort, les
divergences éclatent et des polémiques, souvent très âpres

un

comme
aux

de Platon, mettent les disciples
lien qui les unissait, c'était donc la personne
vivant de celui-ci ils communiaient,
de Socrate.
celle d' Antisthène et

prises.

même

Le

Du

non pas dans l'acceptation d'une doctrine philosophique, mais
dans une sorte de culte sentimental à l'égard du caractère
du Maître, dans la confiance en sa direction spirituelle. Voilà
ce qui rapproche l'attachement fanatique d'un Apollodore de
rattachement terre à terre d'un Criton. Pour tous, sa conduite est un exemple surhumain sa pensée, un objet de méditation et d'examen. Telle est du moins l'impression qui se
;

dégage du dialogue: par les sentiments, d'ailleurs remarquablement divers et nuancés, qu'elle suscite 3 elle détourne
,

i.
1

Par ex. 60 a

(cf. p. 5, n. 2),

116 b

;

n5

bc,

116

a, c

;

98 e

sq.

;

16 e sq.

A

6, 987 a, 32 sq.
Aristote, Metaph.
L'état d'esprit des assistants se peint surtout dans les passages suivants 58 e-5û b, de; 61 c; 62 a; 64 ab; 77 e sq.; 95 ab; 101 b; 116 a;
2.

3.

:

117

c-e. C'est

pour ne pas attrister Socrate

qu'ils hésitent à présenter des

objections, 84 d. Si ces objections affligent ceux qui les entendent,
ce n'est pas parce qu'elles contredisent des doctrines auxquelles ils
seraient attachés ; c'est parce qu'elles leur semblent capables d'ébranler leur confiance

en Socrate et

la

paix de leur admiration 88 b-89 a.

PHEDON

xx

des questions qu'un examen critique conduit à se poser, elle
étouffe toute impression contraire, elle donne au récit de
Phédon un cachet d'incontestable vérité.
Est-ce

une raison pour

le

considérer

comme un

récit his-

torique de ce qui s'est réellement fait et dit le dernier jour
de la vie de Socrate? C'est une opinion que M. John Burnet
1
a soutenue avec autant d'ingéniosité
de
Contre

que

on

vigueur

.

vu, de fortes présomptions.
Bien plus, dans les hypothèses auxquelles elle est conduite,
elle paraît
exposée à d'inextricables difficultés. S'agit-il d'expliquer la composition du cercle socratique et l'adhésion donnée à la théorie des Idées ou à la théorie de la réminiscence
cette opinion

il

existe,

l'a

par les Pythagoriciens Simmias et Cébès ? Après le retour de
Philolaùs en Italie, les Pythagoriciens de la Grèce continentale avaient, dira-t-on,
pris Socrate pour chef, et
des leurs.
ce
ne faudrait-il

même un

À

il

était lui-

compte

pas supposer
aussi bien, Euclide étant un des fidèles de Socrate,
que
celui-ci a été
après la mort de Zenon pris pour chef par les
Eléates de Mégare ? Du coup on devra
baptiser éléatiques des
doctrines que, pour le premier motif, on nommait
déjà

comme c'est Socrate, entendez
qui dans le Phédon expose la théorie des
Idées et la théorie de la réminiscence, on veut retirer à Platon
des doctrines dont une tradition
pour bien dire incontestée
pylhagoriques

celui de

!

Il

y a plus

:

l'histoire,

lui attribuait la
paternité, afin de les transférer à Socrate et,
par delà Socrate, aux Pythagoriciens. Ce qu'implique un
2
c'est la dépréciation radicale du
syncrétisme aussi hardi
,

témoignage d'Aristote

:

en distinguant

comme

il l'a

fait la

conception des essences chez Socrate et chez Platon, chez ce
dernier et chez les Pythagoriciens, celui-ci s'est, dit-on, complètement fourvoyé. Mais est-il croyable que, comme on le

Dans son

édition

du Phédon

(toith Introd. and Notes, Oxford,
dans Greek Philosophy, / (London, igi4),
ch. ix et x, fin. La thèse de l'historicité a été défendue aussi, indépendamment du premier travail de M. Burnet, par M. A. E. Taylor,
Varia Socratica, I (S 1 Andrews Univ. Publications IX, 191
1). Voir
mes articles Une hypothèse récente relative à Socrate (Revue des
Études grecques XXIX, 1916, p. 129-165) et Sur la doctrine de la
i.

Glarendon Press, 19 1

1) et

réminiscence (ibid , XXXII, 191 9, p. £5i-46i).
2. C'est
déjà celui de Proclus (cf. Gr. Philos, p. 91)

piodore (in Phaedon., ad 65 d, p. 3i, 16 sq. Norvin).

ou d'Olym-

NOTICE

xxi

prétend, Aristote n'ait pu à Athènes, trente-deux ans après
la mort de Socrate, rien
apprendre de certain sur l'enseignement de ce dernier ? Sous un autre rapport enfin l'interpré-

moins aventurée. S'agit-il en
d'examiner les rapports du Phédon, par exemple avec la
République? Le Phédon est, par hypothèse, la dernière expression de la pensée de Socrate lui-même
donc tout ce qu'un
tation historique ne semble pas
effet

;

donné pour chronologiquement antérieur, contient
de plus quant au contenu doctrinal et quant aux formules,
ou bien on s'efforcera (au prix de quelles subtilités!) de l'y
retrouver sous-entendu
ou bien, pour sauver une thèse
ailleurs
on
niera la réalité de ces enrichisseintenable,
par
entretien,

1

,

ments.
Il semble donc
impossible de considérer le Phédon autrement que comme l'exposition par Platon de ses propres
conceptions sur la mort et sur l'immortalité de nos âmes, en
relation avec d'autres

doctrines,

la théorie

des Idées et la

réminiscence, qui faisaient déjà notoirement partie de son

enseignement. Si l'on s'obstine cependant à le tenir pour
une narration historiqne du dernier entretien de Socrate,
on doit reconnaître qu'à tout le moins il brouille deux évolutions de pensée, solidaires sans doute, mais successives
:

bref ce serait

un

véritable

monstre historique. Qu'on y voie

au contraire une

libre composition de Platon, il est dès lors
naturel, d'abord que celui-ci ait donné pour cadre au sujet
qu'il traitait la dernière journée de son maître ; il est naturel

aussi que,

voulant s'adresser indirectement par delà l'en-

ceinte de son école à ceux qui avaient été avec lui les familiers de Socrate, il
rappelle ici leurs noms il l'est également
;

qu'ayant peut-être à réfuter des objections venues du dehors
ou du dedans de son école, il les ait placées dans la bouche
des moins connus de ces familiers. Se considérant enfin luimême comme le continuateur de l'œuvre de Socrate, il pouvait se croire en droit de lier comme il l'a fait l'histoire de
sa propre pensée à ce qu'il savait du
passé de celle de son
maître, en prolongeant l'une par l'autre. Personne autour
de lui ne pouvait s'y tromper la fiction était évidente pour
tous les lecteurs, et Platon n'avait pas besoin de chercher à la
:

dissimuler.

i.

Au

Voir par ex.

surplus c'était la règle
p. 63, n. 2.

même du

genre

litté-

PHEDON

xxii

raire

auquel appartient le dialogue philosophique
drame dont Socrate était le protagoniste obligatoire

ce petit

;

avec des personnages réels, une « imitation » de la
réalité. Que cette imitation
puisse, tout comme nos romans
ou nos drames historiques, contenir des détails d'histoire
il

est,

on le croira sans peine. Il y a au début et à la fin du
Phédon beaucoup de particularités concrètes qui ne sont probablement pas de l'invention de Platon. Est-il utile de chercher lesquelles ? Le plus souvent, c'est l'art avec
lequel ces
vraie,

données sont utilisées qui en fait la signification et l'intérêt 2
Par conséquent ce que nous avons à étudier dans le Phédon f
c'est avant tout la
pensée de Platon.
.

III

LA STRUCTURE DU PHÉDON
ET SON CONTENU PHILOSOPHIQUE
L'art de Platon dans la
composition de ses dialogues est
art qui sait se faire oublier. Bien
que l'analyse doive en

un

faire

évanouir

bien

saisir

le charme, il est
cependant indispensable, pour
l'harmonieuse progression de la pensée philosophique, de marquer avec soin les articulations et les connexions de la pensée, de noter à chaque moment décisif les
résultats obtenus et le
progrès qu'ils conditionnent. Chemin

on y joindra, pour quelques notions importantes, de
rapides remarques sur leur signification historique et sur
leur développement ultérieur dans la
pensée de Platon.
faisant

57 a -61 c

L'exposé des circonstances qui ont pré^^ ^a dernière journée ou qui en ont

c

marqué le début étant laissé de côté, le
de l'entretien commence par une notation concrète
Socrate garde à la jambe la cuisson douloureuse des fers et
il
éprouve du plaisir à se la gratter plaisir et douleur sont
donc solidaires (60 bc). Notation épisodique en apparence,
récit

:

;

1.

1U7

C'est ainsi qu'Aristote caractérise le
Xdyo; awxpaTt/.oç, Poet.

b, 9-20; Rhet. III 16, i/ji 7 a, 18-21
2. Voir par ex.
p. 102, n. 3.

;

fr.

61, i486 a, 9-12.

NOTICE

xxin

mais qui, sans parler de l'application qu'elle reçoit plus tard
(83 d), appelle déjà l'attention des auditeurs sur la solidarité
générale des contraires. C'est une première touche par laquelle est indiqué un thème essentiel du dialogue.
Puis l'idée qu'Ésope, s'il y avait songé, aurait représenté

par une fable, c'est-à-dire par une histoire racontée ou un
mythe, cette solidarité du plaisir et de la peine (60 c) est le
pivot sur lequel se met à tourner l'entretien, poussant toujours plus avant le rayon de la recherche, élargissant gra-

duellement

une

Cette idée provoque en effet

le cercle décrit.

pourquoi, depuis qu'il est en
question incidente de Cébès
prison, Socrate a-t-il pour la première fois de sa vie écrit
des compositions poétiques et musicales ? La réponse de
Socrate contient en germe les deux thèmes sur lesquels s'en:

gagera la discussion. Un songe, dit-il, l'a souvent visité, lui
apportant une invitation de la Divinité à faire de la musique ;
s'il avait bien
interprété cette invitation dans le passé % elle
ne se serait pas renouvelée il y voit, en ce qui le concerne,
;

une intervention bienveillante d'Apollon. C'est d'autre part
un bonheur pour le Sage de quitter la vie le plus tôt possible. Or deux idées sont impliquées dans cette réponse
le
scrupule religieux et le souci actif de l'obéissance aux dieux
:

supposent en eflet que, par rapport à ceux-ci, les hommes
sont dans une dépendance dont il y aura lieu de déterminer
la nature
en outre, la mort est un bien mais pourquoi et
;

;

à quelles conditions? C'est le problème,
liée l'autre croyance.
I.

Puisque

la

mort

problème auquel

est

un

bien,

un

est

vrai

ie,

philosophe ne devra-t-il pas se la donremiere^par
ner à lui-même ? Socrate ayant posé en
principe que la conscience religieuse l'interdit, Cébès s'en
étonne. L'enseignement de Philolaùs ne les ayant pas éclairés là-dessus, Simmias et lui, l'occasion est bienvenue de
faire du problème de la mort
l'objet d'une recherche approfondie et de rasonter ce qu'on pense 2 du grand
voyage. Le
but de l'entretien est ainsi défini (61 c-e).
1.

En considérant

la

philosophie

comme

la

forme

la

plus élevée de

musique, 61 a. Cette idée, pythagorique d'origine, est bien exposée
dans les Lois III, 689 cd ; cf. Rep. VIII, 548 b et III, 4n
csqq.
2. C'est sur une tradition
que Socrate se fondera pour en parler,
la

PHÉDON

xxiv

Or

ce qui a embarrassé Cébès, c'est que continuer ou cesde vivre ne comportent pour notre choix aucune alternative et que, la mort étant supposée un bien pour l'homme,
ce ne soit pas à lui-même qu'il appartient de se conférer ce
bien, mais à un autre être. La solution de la difficulté est
cherchée d'abord dans l'interprétation d'une formule sacramentelle des Mystères * nous sommes, nous autres hommes,
dans une sorte d'enclos ou de garderie, et c'est notre devoir
ser

:

d'y rester. Autrement dit, les humains sont la chose des
dieux et leur propriété ; ils sont sous leur tutelle
;

mourir

pour

doivent en avoir reçu l'ordre de ieurs maîtres

ils

(62 a-c).

Dans

Cébès aperçoit pourtant une inconnous
sommes
la chose des dieux et
séquence
que ceux-ci
soient les meilleurs des maîtres, il est absurde
pour un philosophe de ne pas s'irriter contre la mort et de la souhaiter
II.

:

cette solution

si

comme une

libération. Aussi bien, observe

Simmias,

est-ce

précisément le cas de Socrate. Celui-ci est ainsi amené à
prononcer, et cette fois devant le tribunal de ses amis, un
plaidoyer, une nouvelle apologie, pour justifier son attitude
et celle du philosophe en face de la mort
(62 c-63 b).

Le thème générateur de

i°

ce plaidoyer

2
,

c'est l'affirma-

tion d'une double espérance, celle de trouver chez Hadès des
Dieux autres que ceux de ce monde, mais pareillement bons
et cette autre, moins assurée
quoique probable, d'y
rencontrer aussi ces défunts auxquels les mérites de leur vie
et sages,

mais sur une tradition qui n'est pas, comme celle des Pythagoriciens
è'ça), soumise à la règle du Secret, 61 d s. fin.
1. Littéralement « dans ce
qui ne doit pas être divulgué ». Quand
bien même Athénagore, en rapportant ce qui suit à Philolaùs (6,
p. 6, i3 Schwartz), ne se fonderait pas sur une simple inférence
(aùxôç

du Phédon, son assertion serait sans importance en devenant,
Philolaùs, une école philosophique, le Pythagorisme cessait d'être une secte secrète. Encore moins s'agit-il ici
tirée

:

notamment avec

des Mystères reconnus par la religion d'État, pour
lesquels l'obligation du silence était absolue. Plus
probablement la formule en
question appartient à l'enseignement, moins fermé, des Mystères
Sur le
orphiques et même sans doute à quelque Discours sacré.

—

sens de çpoupà, que je traduis par garderie, voir
p. 8, n. 2.
2. Thème
qu'une intervention de Criton (63 de) amène à reprendre

pour

le

souligner fortement (c sq.).

NOTICE

xxv

promettent, d'après une antique tradition, la béatitude après
leur mort 1 Il s'agit donc de justifier par des motifs plau.

double espérance (63 b-64 a).
premier motif se tire de la conduite même du vrai
son unique occupation est en effet de s'achephilosophe
miner à la mort et, enfin, de mourir pourquoi s'irriterait-il
La qualité
d'avoir atteint le but de son activité ? (64 a)
spécifique de la mort dont il travaille ainsi à se rendre digne,
fournit un second motif. La mort en effet c'est le corps
rendu à lui-même, l'âme rendue à elle-même, la séparation
sibles cette

Un

:

;

—

des deux. Or, si le philosophe fait aux yeux du vulgaire figure de moribond, c'est parce qu'il dédaigne tous les plaisirs qui intéressent le corps. Mais, s'il les dédaigne, c'est que,
pour lui, il n'y a que la possession de la pensée et l'exercice
de la pensée dans le raisonnement pour permettre le plus
possible à celle-ci, en isolant le plus possible aussi l'âme du
corps, le contact avec la vérité et la connaissance de l'être
des choses

;

tandis que cette condition est

empêchée ou per-

vertie par l'usage des organes corporels de la sensation et par
les émotions qui y sont liées. Si donc notre doctrine est
vraie,
«

que chaque
et

:

«

juste »,

«

beau

»,

«

bon

»,

ou

peut être connue exactedans la vérité de son essence individuelle 2 ,

grandeur

ment

réalité

», « santé », « force »,

purement
aucun mélange de

ce qui vient du corps et
mais
au
de la réflexion raisonseulement
par
moyen
La conclusion s'impose ou bien l'âme
née (64 a-66 a).
ne. connaîtra rien véritablement, ce qui est son but, qu'après
la mort et complètement séparée du corps
ou bien elle
n'approchera pendant la vie d'un tel savoir qu'à la condition
de réduire autant que possible son commerce avec le corps
et de se purifier, pour entrer en contact avec ce qui lui-

ce doit être sans
le corps,

—

:

;

même
2

est pur (66 b-67 b).
Les motifs de l'espérance du philosophe ayant été ainsi

déterminés,

80

il

faut dire quels sont chez lui les effets et les

d, 81 a

1.

Cf.

2.

65 d, aù-d

4o, n. 1 et 3.
; p.
signifie qui n'est que cela seul (voir p. 35, n. 1 et
temps que pour nous, mais à condip. 39, n. 2), et en soi en
tion que nous usions de la
sans aucun concours de la sensation.

même

pensée

chose en soi n'est donc pas, comme dans le Kantisme, strictement
inconnaissable pour nous; elle est au contraire chez Platon le connaissable par excellence.

La

PHÉDON

xxvi

signes de la purification. La purification habitue l'âme à se
du corps pour se recueillir en elle-même, Si donc la

séparer

mort

est précisément cela et
que le vrai philosophe s'occupe
cet
uniquement d'apprendre à mourir (cf. 64 a, c-65 a)
ami de la sagesse se distinguera aisément de l'ami du corps
1

,

en ce que, loin de s'irriter de l'approche de la mort, il s'en
De plus il n'y a que lui pour posréjouit (67 b-68 b).

—

séder

une vertu

donne à l'âme la purification,
tandis que la vertu ordinaire ne fait
que se contredire ellemême et est tout illusoire (68 c-69 b).
Enfin la destinée
qui menace ceux qui arrivent chez Hadès sans avoir été purifiés et initiés est très différente de celle
qui est promise aux
réelle et qui

—

autres

:

Socrate a-t-il eu raison de régler sa vie sur une telle
? c'est ce
qu'il saura tout à l'heure. Du moins son

espérance

fait
comprendre à ses amis pourquoi la
mort prochaine ne lui inspire point de révolte (69 c-e).
La portée de ce plaidoyer qui constitue la première partie
du Phêdon doit être exactement mesurée. Gomment le philosophe sait-il qu'il doit attendre pour quitter la vie un ordre
des Dieux ? par une révélation que la béatitude sera le lot
des Purs? encore par une révélation. Si, en attendant la

plaidoyer aura-t-il

;

mort,

il

la vie à se mortifier afin

emploie

de se rendre pur,

parce qu'il a l'espoir de cette béatitude. Or,
fier cet
espoir, ce qu'il allègue c'est l'exercice

c'est

pour

même

justi-

de

la

philosophie, c'est la connaissance philosophique et la vertu
philosophique, fondées toutes deux sur la pensée. Mais une

ne compte que si réellement, une fois sédu corps, l'âme survit à la mort physique. Autrement,
l'espoir du philosophe étant une duperie, son ascétisme est
un vain effort, son savoir et sa vertu des illusions, plus laborieuses mais non moins décevantes
que celles du vulgaire.
telle justification

parée

Jusqu'à présent
à

titre d'objet

la

de

survivance de l'âme était donc supposée
foi
religieuse; elle a maintenant besoin

d'être établie, et l'objet de cette foi, d'être réfléchi et trans-

posé par la conscience philosophique.

1. Cf. Gicéron, Tusc. I
29, 7i-3i, 75. Mais, quand Sénèque (Ep.
Meditare mortem.. Egregia
26, 8 sq.) donne à Lucilius ce conseil
res est condiscere mortem, ce n'est
pas à Platon qu'il l'emprunte,
:

ne faut pas l'oublier, à Epicure ; on sait assez qu'aux yeux
des Epicuriens, la mort « n'est rien pour nous ».
c'est, il

NOTICE
Pour

DeU

è

rtie '

criti

™84b

69

la

xxvii

troisième

fois,

la

q ue de Gébès discerne

clairvoyance
la

difficulté

et oblige Socrate à approfondir sa

penL'éloquence du langage de Socrate n'empêche pas le
principe d'en rester fort incertain qui nous assure que l'âme,
au moment où elle se sépare du corps, ne se dissipe pas

sée.

:

comme un
il

souffle

?

Pour légitimer

donc nécessaire de sermonner

est

pas philosophe et

l'espérance

du philosophe,

(7iapaij.u6isc)

celui qui n'est

de lui faire croire

elle(rJ.az'.ç) que, par
possède une activité propre et une pensée.
Sur la question de savoir si les âmes des morts ont ou n'ont
pas une existence aux Enfers, Gébès en effet demande seule-

même,

notre

âme

ment à être défendu contre une crainte qui ne lui permet pas
de partager la croyance du philosophe; de son côté, Socrate
lui offre seulement de constituer sur
l'objet de la recherche
un ensemble de représentations vraisemblables (69 e-70 c).

Une première

une

fois de
plus, fournie par
croyance au cycle des générations i implique que nos âmes existent aux Enfers et que,
tout comme la vie engendre la mort, réciproquement des
morts doivent naître les vivants. Si cette dernière croyance
est contestée, on devra alors chercher un autre fondement à
la croyance en la survie de nos âmes
(70 cd).
I.

la tradition

raison est,

religieuse

la vieille

:

Le principe impliqué par la tradition demande donc à être
éprouvé par une généralisation inductive. Or on constate que,
partout où existe une opposition de contraires, il y a devenir
de l'un à l'autre: ainsi ce qui est plus grand naît de ce qui
auparavant plus petit. Et maintenant, comment s'opère
ce devenir? Entre les deux contraires, et de l'un à l'autre, il
ainsi dans l'exemple précédent
y a une double génération

était

:

s'accroître

Un

du

:

ou diminuer.
qui nous occupe

autre exemple facilitera l'analyse
veille et sommeil, le couple de
intermédiaires
processus
par lequel se fait le passage de l'un
cas

entre

4- Ce thème mystique a été exploité par les
du fr. 83g d'Euripide, Chrysippe) et par les philosophes, notamment par Empédocle. Mais Heraclite disait déjà
« C'est une même chose
que ce qui est vivant et ce qui est mort, ce
1.

Voir p. 22, n.

poètes

(cf. la fin

:

qui est éveillé et ce qui est endormi, ce qui est jeune et ce qui est
vieux car par le changement ceci est cela, et cela de nouveau par le
;

changement

est ceci. » (fr.

78 Diels, 88 Bywater).

PHÉDON

xxvni

à l'autre est appelé s'endormir et s'éveiller. Semblablement, si
mort sont deux contraires f , il doit y avoir

être vivant et être

passage réciproque de l'un à l'autre. Or dans un sens ce passage se nomme mourir. Est-il croyable que, dans le sens
n'y ait pas de processus compensateur? Dans la
y aurait alors défaut d'équilibre et boiterie. Mais ce
processus existe on le nomme revivre. C'est donc une conil

opposé,

Nature

il

:

séquence nécessaire, dont on doit convenir, que les âmes de
ceux qui font morts continuent d'exister en un endroit d'où
part le recommencement de la vie. Au reste une preuve par
l'absurde peut en être donnée
ôtons au devenir, en supprimant la mutuelle compensation, sa forme circulaire il se fait
alors en ligne droite d'un contraire à l'autre et sans retour
inverse si donc, dans le cas dont il s'agit, renaître ne faisait
:

;

;

pas équilibre à mourir, il serait fatal que déjà tout se fût définitivement abîmé dans le néant. Ainsi donc l'accord des
interlocuteurs (o^oX^Y^txa) était légitime sur la réalité du revivre, avec la double nécessité et que les morts en soient le

point de départ et que leurs âmes existent ce qui implique
enfin une différence entre le sort des méchantes et celui des
;

bonnes (70 d-72
II.

e).

Une deuxième

raison se présente alors à l'esprit de Cé-

Le

lien qui l'unit à la précédente, pour n'être pas explicitement indiqué, n'en est pas moins visible
la notion du

bès.

:

revivre a éveillé chez lui la notion de cette reviviscence qui
est, avec V oubli} un des deux processus intermédiaires entre

deux nouveaux contraires, ignorer et savoir.
Si ce qu'on appelle « s'instruire » est vraiment « se ressouvenir », nos ressouvenirs actuels supposent une instruction antérieure: ce qui implique que nos âmes, avant de
prendre figure d'hommes, existaient quelque part et qu'elles

Gomment une interrogation bien conduite
mettre en état de dire vrai sur l'objet d'une
déjà l'esprit n'en avait en lui une science et la

sont immortelles.
suffirait-elle à

question,

si

conception correcte? (72 e-73 b).
L'hésitation de Simmias à suivre la suggestion, quelque
au célèbre passage d'Euriqu'Aristophane a souvent
« Qui sait si vivre n'est pas mourir et si mourir n'est pas
parodié
vivre ? » (fr. du Polyidos, 63g JN.).
1.

Il est

possible

pide qu'il cite dans
:

que Platon songe
le Gorgias 492 e,

ici

et

NOTICE

xxix

peu confuse, de Gébès conduit à reprendre la théorie de la
Réminiscence, autrement que dans le Ménon et en analysant
Trois faits sont
le mécanisme du ressouvenir en général.

—

tout d'abord à noter.

Une

perception quelconque n'est pas
seulement connaissance de son objet propre, mais encore re1
ainsi
présentation intérieure, ou image, d'un objet autre
la vue de la lyre fait penser à celui à qui elle appartient, et
et c'est là proprement se ressouvenir. En second lieu, les con:

ditions de l'oubli sont l'éloignement dans le temps et le défaut d'attention. Enfin, un portrait de Simmias peut aussi

bien faire penser à Gébès qu'à Simmias lui-même. En résumé
le ressouvenir se produit entre les semblables comme entre
2
les dissemblables (73 b-74 a)
.

Or, à considérer tout d'abord le cas où le ressouvenir va
du semblable au semblable, nécessairement il s'y joint un
sentiment de ce qui, pour la ressemblance, peut manquer à
l'objet évocateur par rapport à l'image évoquée. Quand par

exemple nous parlons de l'Égal comme tel ou en soi, nous
parlons d'une notion bien définie, et de quelque chose qui
est distinct et en dehors de tel ou tel objet sensible égal à tel
autre de même nature. Or ce qui nous fait penser à cet Égal,
purement égal et rien qu'égal, c'est la vue de ces divers
3
Entre eux et lui cependant il y a une grande difféobjets
.

tandis que, sans changer eux-mêmes et par le seul
changement du terme de comparaison, ils sont tour à tour à
nos yeux égaux et inégaux, l'Egal en lui-même au contraire

rence

:

ne peut devenir inégal sans cesser d'être ce qu'il est. Donc,
puisque c'est la vue de choses inégales qui a évoqué l'idée de
l'Egal, on voit que toujours, et même dans le cas des semblables (cf. p. 3o, n. 1), c'est le sentiment d'une différence
ou d'une déficience qui provoque le ressouvenir (74 a-d).
Deux propositions en découlent dont il faut convenir.

—

1. Sous condition
qu'ils ne soient pas, comme deux contraires,
ainsi blanc et noir, objets immédiats d'un même savoir ; il y a ici au

contraire deux connaissances distinctes et on passe médialement de
l'une à l'autre.
2. Cette remarquable
analyse de l'association des idées a été
reprise par Àristote dans le De memoria (2, /J5i b, 16 sqq.) c'est de
lui que vient la division
classique entre le cas de la similarité, celui
du contraste et celui de la contiguïté.
:

3.

Comparer République VI, 507

bc.

PHÉDON

xxx
si

D'abord,

nous avons conscience de

manque aux

ce qui

pour être pareilles à l'Égal comme tel, c'est,
nécessairement, que nous avons une connaissance préalable
de ce dont, tout en restant toujours en dehors, elles tendent
égalités sensibles

connaissance chronologiquement
cependant à approcher
antérieure à notre première expérience des objets qui nous
ont fait penser à cette réalité pure. En second lieu, puisque
;

la connaissance sensible est, bien qu'imparfaite, l'origine première de notre représentation d'une réalité parfaite, il faut

bien que la connaissance de cette réalité provienne d'une
autre source (7 A d-75 c)
1

.

Une double

dans quelles
question se pose maintenant
conditions avons-nous acquis cette connaissance ? de quelle
:

—

Pour le premier point, la perfaçon la possédons-nous?
ception sensible commençant avec la vie, il est nécessaire que
nous ayons acquis cette connaissance avant de naître, pour en
connaissance, non pas seulement de
disposer aussitôt nés
mais d'une façon générale de toutes les essences ou
choses en tant que telles, sur lesquelles portent les questions
:

l'Égal,

—

Pour le second point
et réponses du dialecticien (75 cd).
se trouve en face de cette alternative
ou bien ce savoir

on

:

pour nous un savoir à vie et que nous n'oublions jamais
ou bien au contraire nous le perdons en naissant 2 et nous
en récupérons ensuite la notion comme de quelque chose qui
est

;

,

Or la première hypothèse est fausse savoir c'est
3
pouvoir rendre raison de ce qu'on sait
puisqu'en
ce qui concerne les réalités absolues dont il s'agit chacun
n'en est pas toujours capable, c'est donc qu'il ne s'agit pas d'un
est nôtre.

en

:

effet

;

savoir qui soit constamment et universellement en notre pouvoir. Ainsi l'autre hypothèse est nécessairement vraie
on ne
:

pas, on apprend, c'est-à-dire qu'on se ressouvient d'un
savoir qui ne peut qu'être antérieur au temps où, devenant
sait

mécanisme delà preuve cartésienne de l'existence
du Parfait.
2. D'après le mythe d'Er (Rep. X, 621 a), les âmes avant de
revenir sur la terre boivent l'eau du fleuve d'Oubli (Amélès). Ainsi
1.

Comparer

de Dieu par

le

l'idée

ne s'abolissent pas seulement sans doute les souvenirs de leurs
existences humaines, mais aussi les souvenirs déjà retrouvés de leur
existence antérieure.
3.

A

soi-même comme à autrui

lecticien,

:

c'est la caractéristique

Rep. VII, 534 b. Cf. p. 57, n.

1.

du

dia-

NOTICE

xxxi

des hommes, nous n'avons plus que des perceptions sensibles
confuses et changeantes. Nos âmes, par conséquent, existaient
1
auparavant et à part de nos corps

pour acquérir ce savoir
n'est possible.

Il

serait

,

possédant ce qu'il faut

Aucune autre hypothèse
absurde notamment de supposer cette
la pensée.

:

acquisition simultanée à notre naissance ; car, puisque nous
ne naissons pas (cf. 75 d, 76 bc) avec la possession présente
et effective de cet acquis, il faudrait que nous l'eussions

perdu au
Platon

moment même où nous
insiste

ensuite

avec

l'acquérons (76 d-76 d).
sur l'importance du

force

résultat obtenu, et prépare ainsi la troisième raison. Une
nécessité lie en effet indissolublement l'exisseule et

même

tence de nos

âmes antérieurement à notre naissance

et.

d'autre part, l'existence d'essences telles que Beau, Bien,
etc.,

auxquelles nous rapportons

les

données sensibles

comme

à des modèles et dans lesquelles nous reconnaissons quelque
chose qui était déjà nôtre avant que nous fussions nés (76 d-

77 a )-

mais que gagne-t-on, objecCe qui désormais
est croyable, c'est que l'âme préexiste; mais il n'y a là par
rapport à la question qu'une moitié de preuve, car on peut
bien concevoir que, ayant péri à l'instant de la mort, l'âme
a commencé ensuite, d'une manière ou d'une autre, une
nouvelle existence avant que nous naissions. L'objection de
Cébès (cf. 70 ab) subsiste donc
la survivance de l'âme reste
Cette liaison est incontestable

tent

Simmîas

;

et Cébès, à l'avoir accordée?

:

à établir (77 a-c).

Mais ils ont eu tort de disjoindre arbitrairement les
deux premières raisons
car elles font corps l'une avec
l'autre. On est convenu en effet (cf. 72 a, d) que tout ce
qui a vie provient de ce qui est mort; par suite il ne peut
;

y avoir d'autre origine à cette manifestation d'une âme que
de mourir et l'état d'être mort; mais ce retour de

l'acte

l'âme au devenir, cette renaissance, ne se conçoivent que
si, après la mort, cette âme a continué d'exister. La preuve
est

donc complète (77

III.

cd).

Ainsi Cébès et Simmias devraient être satisfaits;

s'ils

1.
Rappel de ce qui a été dit plus haut sur l'affranchissement de
l'âme à l'égard du corps en tant que condition de la pensée ; principalement 66 d-67 a, 69 bc.

PHÉDOIS

xxxii

souhaitent cependant

un examen

plus approfondi, c'est sans

doute que leurs puériles frayeurs ne se sont pas encore évanouies. Or pour les chasser, c'est à des exorcismes, à des enchantements qu'il faut avoir recours, en se persuadant toutefois que personne n'est, plus que nous-mêmes, apte à les
pratiquer heureusement. Donc, en reprenant la discussion
au point où elle est restée, Platon procède comme si jusqu'à

présent rien n'avait été fait pour vaincre les doutes de Gébès
il ne vise encore
qu'à substituer à l'incroyance inquiète, ou
à une croyance qui fait peur, une autre croyance qui récon;

forte et à

composer

cette croyance,

que chacun

est

maître de

se donner, avec des représentations vraisemblables (77 d78 b). La portée de la troisième raison, que l'on tend souvent à surestimer, se trouve ainsi limitée
elle n'est qu'un
:

nouvel aspect de la 7rapaauGta, instruction et sermon à l'usage
de ceux qui n'ont pas la foi.
Au reste la question présente est posée en des termes qui
nous reportent aux frayeurs de Cébès à quelle sorte de
chose appartient-il de se dissiper? pour quelle sorte de chose
peut-on craindre un tel accident? est-ce pour l'âme? Ainsi
l'on verra, en ce qui concerne celle-ci, comment doit être
envisagé l'instant de la mort, avec crainte ou avec confiance.
On rejoint même ainsi le thème fondamental du plaidoyer
de Socrate.
i° La troisième raison de croire à l'immortalité de nos
âmes se fonde sur un double postulat de sens commun
d'abord une distinction entre choses incomposées et choses
composées, celles-ci se décomposant d'autre part en leurs
:

:

parties constitutives; puis cette

probabilité

que

les choses

incomposées gardent toujours leur nature essentielle et leur
rapport, tandis que les composées changent sans cesse dans
leur nature et dans leurs relations (78 bc) *.
Appliquons cela aux analyses antérieures. D'une part il y a
ces pures essences dont les demandes et réponses de la diale
lectique s'efforcent d'expliciter l'existence indépendante
Beau en tant que beau, l'Égal en tant qu'égal, etc. chacune
d'elles possède l'identité permanente de nature et de relation
:

;

propre des choses incomposées, avec l'unité formelle,
puisqu'elles ne sont rien d'autre que ce qu'elles sont. D'autre

qui

1.

est le

Voir p. 35, n.

1

et p. 39, n. 2.

NOTICE

xxxin

y a la multiplicité des sujets qui sont appelés beaux,
part
recevant ainsi, sous forme d'épithète ou d'attribut,
etc.,
égaux,
la dénomination qui appartient en propre aux essences de
il

tout à l'heure

;

tous les caractères de ces sujets s'opposent
ils sont visibles et sen-

à ceux des choses de l'autre classe
sibles

de toute manière,

accessibles qu'à la

;

que les essences ne sont
au raisonnement (cf. 65 d-

tandis

réflexion

et

66 a), étant en effet invisibles (78 c-79 a).
On peut donc admettre deux genres de l'être
le genre
visible, ou de ce qui change incessamment

le

:

;

ou de

genre

invisible,

ce qui est toujours identique. Or, notre corps et notre
à leur tour deux choses distinctes, c'est évidemment

âme étant

avec le premier genre que le corps a le plus de parenté et de
ressemblance, et l'âme, puisque nous au moins nous ne la
Une prevovons pas, avec le genre de l'invisible (79 ab).

—

mière conclusion, c'est, comme déjà l'indiquait le plaidoyer
65 b-d), que le corps tire du côté de ce qui change tou(cf.
jours une âme qui recourt à lui et à ses sensations pour examiner une question qui la concerne, qu'il fait hésiter et
divaguer sa démarche mais qu'au contraire, si elle ne compte
pour cela que sur elle-même, elle se porte alors vers ce à quoi
elle est apparentée, vers ce qui est pur, immortel, immuable
à ce contact, elle acquiert elle-même pour toujours cet état
d'immutabilité dont le nom est pensée (79 c-e).
Une
;

;

—

seconde conclusion, c'est que la maîtrise du Divin, la servi
tude du mortel (cf. 62 bc) se retrouvent, pour un même être,
c'est au mortel
dans la relation de son âme à son corps
:

que

le corps

ressemblera le plus

Divin (796-80

Quel

est

et

l'âme, inversement,

au

Ce qui

est

a).

le résultat

dernier de cette analyse

?

divin, immortel, intelligible, unique en sa nature essentielle,
indissoluble, toujours identique en soi et dans ses relations,
voilà à quoi l'âme ressemble le plus, et le corps au contraire à
ce qui a toutes les propriétés opposées. En conséquence, c'est
la
partie visible du composé humain, le corps, qui est après

mort vouée

dans
ou dans quelques-uns de ses éléments, échapper pour un temps plus ou
moins long à cette dissolution naturelle. Mais c'est une raison
la

à la dissolution.

certaines conditions

déplus pour

ou grâce

Sans doute

elle peut,

à certains artifices

se refuser à croire

que l'âme, étant la partie inviau pays de l'Invisible.

sible et celle qui est appelée à trouver

IV.

—

3

PHÉDON

xxxiv

4
la résidence
qui lui convient,
auprès d'un Dieu sage et bon
doive, comme le redoute Gébès, se dissiper et périr (8oa-e).
,

troisième raison, qui semble en un sens prolonger
le plaidoyer de Socrate, marque d'autre
part un
progrès sur les deux raisons précédentes. La première, pour
expliquer la compensation des trépas par des renaissances,
établissait la subsistance nécessaire d'un principe de vie. La
Cette

seulement

comme une pensée sans quoi on ne
des
comprendrait pas que
perceptions sensibles, toutes relatives, pussent nous rappeler des réalités intelligibles, toutes
seconde

le

déterminait

absolues, les Idées.

:

La troisième montre enfin qu'entre

ces

Idées et l'âme, principe de vie et de pensée, il y a, non pas
sans doute une identité de nature, mais une ressemblance et
une parenté. Elle commence donc à définir la cbose qu'est
l'âme et à indiquer, quant à ses caractères tout au moins,

pourquoi elle a des chances de ne point périr. Mais elle ne
prouve pas encore que l'âme ait une existence sans fin.
2° II ne s'agit encore en effet que d'un encouragement,
d'un effort pour rendre plausible la magnifique espérance du
philosophe, pendant sa vie et en face de la mort. Ce qui le
montre, c'est l'étroite relation de la troisième raison avec un
mythe eschatologique, dont la donnée provient de la révélation religieuse et qui développe seulement,
le début, des indications antérieures

dès

63 bc, 69

Une

comme on

le voit

du plaidoyer

(cf.

perpétuellement bienheureuse
attend les âmes des initiés, celles qui, s'étant purifiées par la
mortification, ont réussi à n'être rien qu'âmes au moment de
la

c).

destinée

mort; une destinée misérable au contraire,
pendant la vie farcies en quelque sorte de

celles qui,

s'étant

corporéité,
quittent le corps impures et souillées (cf. p. 4i» n. 3). Ce
sont ces âmes qui, lourdes de matière visible et terrestre et

ayant horreur de l'Invisible, donnent lieu aux fantômes qu'on
voit autour des tombes
ce sont elles qui, dans leur impatience d'une nouvelle incarnation, s'individualisent dans l'es;

rapprochent leur genre de vie et.
méritant même de revenir à la
forme humaine quand elles ont pratiqué, et sans lui donner
la
pensée pour fondement, une vertu de routine (cf. 68 d
à la forme divine et
cf.
sqq.
p. 43, n. 1). Seules ont droit
pèce animale de laquelle
leurs passions

les

dominantes

;

;

1.

C'est-à-dire chez

Hadès

;

voir p. £o, n.

1.

NOTICE

xxxv

qu'elle comporte, les âmes complètement puride ceux qui ont mené la vie de l'ami du savoir (80 e-

au bonheur
fiées

82

c).

les fins
auxquelles tend le vrai phidéterminant, ainsi que la méthode propre à
les atteindre, Platon donne à la seconde partie du Phédon sa
conclusion. Le morceau est une sorte d' « élévation » sur la
mort, dans laquelle, à l'aide des méditations antérieures, il

Quelles sont d'ailleurs

losophe

?

En

les

dégage du mythe

le symbole moral qui y est enfermé *. Le
morceau s'achève en effet sur ce thème de l'effroi, qui était à
l'origine de la deuxième partie, et qui y est deux fois rappelé

après l'argument de la réminiscence et après la réunion de
2
celui-ci à l'argument des contraires
Corrélativement, on voit
.

reparaître aussi l'idée initiale du sermon d'encouragement,
de l'incantation apaisante; cette autre encore, qu'il est en
notre pouvoir de chasser des illusions dont nous sommes

nous-mêmes les artisans 3 Le retour de ces idées caractérise
uniformément toute cette partie du dialogue comme une pré.

paration à la démonstration véritable.
Pourquoi l'ami du savoir est-il détaché des appétits corporels et affranchi des craintes qui assaillent l'ami des richesses
et celui des honneurs

ou du pouvoir 4

?

Parce que seul

il

a

souci de son âme, mais non de son corps ; parce qu'il sait bien
où il va en suivant la philosophie et en s'interdisant de rien
faire qui contrarie la purification et la libération qu'elle lui
pro-

Emprisonnée dans le corps, l'âme est en effet incapable
de rien examiner qu'à travers les barreaux de sa geôle, mais
jamais d'elle-même ni par ses propres moyens: emprisonnement d'ailleurs remarquable, car il est l'œuvre de l'emprisonné
lui-même. Aussi, en sermonnant celui-ci sans brusquerie,
cure.

•en l'invitant

à se représenter à

lui-même

sa véritable fin,

en

1
Mais ce n'est pas, à proprement parler (comme le dit M. Burnet,
Phaedo, sommaire de 80 c-84 b), Vapplication morale d'une théorie.
2. Comparer 84 b avec 70 a et 77 b, e.
3. Comparer 83 a, 82 e, 83 c avec 70 b, 77 e, 78 a.
.

4. Ceux-ci, les çtXo/prJaaTOt, les 01'Xapyot, les oiko-'.u-ot sont
opposés 82 c aux amis du savoir, aux çiXouaOeîç, comme ils l'ont été
68 c, sous le nom générique d'amis du corps, çp'.Xoaojjxatot, au philo-

sophe. Mais, le français ne possédant
posés analogues qui existent en grec,

autres, d'user de périphrases.

que ce seul décalque des comon est obligé, pour traduire les

PHÉDON

xxxvi
lui

remontrant

dommage auquel autrement il
lui faire

pour
mal suprême, celui dont tous

philosophie
consiste le

le

fait-elle effort

*

s'expose

,

la

comprendre en quoi
les

autres découlent.

Ce mal, observe Platon avec une pénétrante précision, c'est
que l'intensité de l'émotion porte invinciblement l'âme à
juger de l'objet qui a fait naître cette émotion qu'il est tout
ce qu'il y a de plus vrai

les plaisirs et les peines sont la
au
cloue
l'âme
pointe qui
corps, en sorte qu'elle juge de la
vérité en fonction de son corps. Le calcul du philosophe, c'est
:

au contraire qu'il ne vaudrait pas d'avoir pris tant de peine
en vue de s'affranchir, pour mettre ensuite de nouveau son
âme à la merci des émotions corporelles. Il a vécu dans
l'exercice et sous la conduite de la pensée raisonnante 2 ayant
pour objet de contemplation et pour aliment le vrai et le
il ne
divin, ce qui échappe aux fluctuations de l'opinion
craindra donc pas que son âme soit dissipée par la mort, car,
en la menant vers ce à quoi elle est apparentée, la mort bien
au contraire la délivrera de tous les maux humains (82 c,

;

84 b).
Après cette ardente exhortation à la vie
s
pi r i tue ^ e un l° n g silence coupe par une
84 c^lifta
sorte d'entr'acte le déroulement de l'entretien. Chacun médite de son côté, Socrate comme ses amis.
Au tour de ceux-ci d'exposer leurs propres conceptions tout
le premier, Socrate voit bien les insuffisances de la sienne et
il est tout
la prise qu'elle offre aux objections
prêt à chercher avec eux une solution meilleure et qui mette fin à leurs
1G'

T01

»

;

;

doutes (84 cd).
Quelles sont donc ces insuffisances ? Dans la première partie Platon a donné des motifs de croire à une vie future de
l'âme. Il a même commencé, dans la deuxième partie, d'en
définir la nature,

mine un

en alléguant des raisons, dont chacune déter-

caractère de l'âme. Mais ce ne peut être là qu'un
l'âme, qui est le principe permanent de la vie, a en

prélude
outre la pensée
par ce second caractère elle est corrélative
de l'Idée, qui est l'intelligible. Mais on ignore si entre le prede
mier caractère et le second il existe un lien nécessaire
:

;

:

1.

2.

Rapprocher 83 a-c de 65 bc, 66 b-d, 79 d, 82
Comparer 84 a s. jln., avec 66 a, 79 a.

e.

NOTICE

xxxvn

nouvelles déterminations sont donc empruntées aux choses
on montre par analogie
auxquelles l'âme ressemble le plus
;

qu'elle doit avoir quelque chose d'immortel et de divin,
d'indissoluble et d'immuable, d'unique en sa nature. Mais

l'immortalité appartient aux Dieux (cf. io6d) l'indissolubilité, l'immutabilité et l'unicité de nature sont des propriétés
des Idées; or notre âme individuelle n'est ni Dieu, ni Idée;
aucun de ces caractères de notre âme n'est donc rattaché à
;

l'Ame en tant qu'âme, Ce qui manque encore par conséquent, c'est de connaître Y essence de notre âme, de rapporter
celle-ci à l'Idée de l'âme, ainsi qu'on doit le faire de toute
chose concrète, sensible ou non pour nous (cf. 79 b). Voilà

donc

la relation
qu'il faut

ment

démontrer,

s'il

doit être définitive-

que l'ascétisme du philosophe
mort ne sont pas une duperie.

établi

face de la

Dans

en

et sa sérénité

l'introduction delà troisième partie réapparaît, d'une

remarquable, le thème apollinien du Prologue, mais
et
exalté jusqu'au prophétisme. Chez Socrate le don
élargi
façon

divinatoire n'est pas inférieur à ce qu'il est chez les cygnes si
ceux-ci chantent surtout au moment de mourir, ce n'est pas
1
comme le croient les hommes toujours obsépar tristesse
:

,

dés par la crainte de la mort
c'est qu'ils ont la prescience
des biens que réservent les demeures d'Hadès. Serviteur du
;

même
une

maître, consacré au

faculté prophétique qui

même
ne

le

Dieu

2

ayant reçu de lui
cède pas à la leur, Socrate
,

n'a pas plus de raisons qu'eux de s'affliger de quitter la vie :
donc avec une entière liberté d'esprit qu'il est prêt à

c'est

1.

Ce

jamais la souffrance, dit Platon 85 a, qui, comme on
chanter les oiseaux: ni l'hirondelle, ni le rossignol, ni

n'est

le croit, fait

Procnê et Philomèle
huppe. Allusion à une légende attique
deux filles de Pandion, roi d'Athènes ; la première avait
épousé Têrée, roi de Thrace celui-ci, ayant violé sa belle-sœur, lui
fit
couper la langue pour l'empêcher de révéler le crime ; elle réussit
cependant par un subterfuge à en instruire sa sœur, puis toutes
deux, pour se venger, firent manger à Têrée le corps de son fils Itys
poursuivies par la fureur du père, elles furent changées, Procnê en
hirondelle, Philomèle en rossignol, et Têrée lui-même devint la
la

:

étaient les

;

;

huppe.
2.

Le cygne

l'Apologie

mais

ici il

23

est l'oiseau

du

d'Apollon. Socrate parle

du Dieu

»

ici

comme

dans

-ou ôeou XoRjpefav)
n'explique pas pourquoi Apollon est son maître.
c,

«

service

(tt;v

;

PHÉDON

xxxviii

écouter objections ou questions, et l'on croit deviner que ses
réponses seront des réponses inspirées (84 d-85 b).
I. Deux
hypothèses nouvelles sur la nature et la condition
de nos âmes vont être exposées
c'est de la discussion de
chacune d'elles que se dégagera progressivement la théorie de
;

Platon.
i° Simmias,
qui parle le premier, commence par exprimer
à l'égard de la possibilité de résoudre le problème une défiance
que Socrate ne désapprouve pas, et qui d'ailleurs ne doit pas

disparaître (cf. 107 ab). On ne peut cependant, dit-il, abandonner ce problème avant d'avoir soumis à l'épreuve de la

critique toutes les solutions qui en ont été proposées, ou avant
d'avoir essayé d'en trouver une personnellement. Mais, si
d'aucun côté on n'a obtenu satisfaction, il ne reste qu'à s'ac-

commoder, pour faire la traversée de l'existence, d'une simple
probabilité humaine, ou bien à se confier au soutien mieux
assuré d'une révélation divine (85 b-e).
Ceci dit, l'objection de Simmias et sa théorie sont les suivantes. Appliquons, dit-il, la conception de Socrate à la relation de l'accord musical (cf. p. 49» n. 2) avec la lyre et avec
les

cordes qui donnent cet accord

:

ce qu'il y a, prétendra-

d'incomparablement beau
d'incorporel
dans la lyre accordée, ce qui en elle s'apparente à l'immortel
et au divin, c'est l'accord musical; quant à la lyre avec ses
cordes, voilà ce qui est corporel, composé et, en fin de
compte, apparenté à la nature mortelle. Supposons maintenant qu'on brise le bois de la lyre et qu'on en sectionne les
cordes il faudra dire alors que nécessairement ce qui est de
nature mortelle doit avoir péri bien avant que pareil sort
puisse atteindre ce qui au contraire est, de sa nature, immortel, et que par conséquent l'accord continuera de subsister
La même comparaison, qui a conduit la thèse
quelque part.
à
cette
absurdité, va servir à Simmias pour exposocratique
ser sa propre théorie. Pour lui, l'âme de chacun de nous est
une combinaison et un accord résultant d'une tension et d'une

t-on, d'invisible,

et

:

—

cohésion convenables des opposés, chaud

et

froid,

sec

et

humide, etc., qui constituent le corps. Celles-ci viennent-elles
donc à se relâcher ou à se tendre à l'excès, par exemple sous
il est fatal
que, comme l'accord
des sons, l'âme périsse aussitôt dans la mort. Il y a plus

l'action des maladies, alors

:

NOTICE

xxxix

beau être ce qu'il y a de plus divin c'est elle qui
première, en laissant les restes du corps subsister
périra
longtemps après qu'elle aura péri (85e-86d).
2° Au lieu de discuter sur le champ l'objection et la théorie
de Simmias, Platon a préféré donner la parole à Gébès (86 de).
elle

a

;

la

l'objection et la théorie de celui-ci sont beaucoup
par suite, à discuter conjointement Tune
plus pénétrantes
et l'autre, il devait trouver l'avantage d'établir une gradation

C'est

que

:

dans la preuve.
Cébès souligne tout d'abord

le

piétinement de

la

recherche

:

sans doute, il l'a déjà dit (cf. 77 c), la préexistence de l'âme
lui paraît avoir été suffisamment prouvée, mais non sa survivance. Ce n'est pas à dire qu'il accepte la théorie de Sim-

mias

tout au contraire,

:

il

pense avec Socrate que l'âme a

plus de force que le corps et plus de durée. Pourquoi donc
rejette-t-il

cependant

un

fait, la

la

conception de celui-ci, puisqu'aussi

mort n'anéantit pas

le corps, lequel par
hypothèse a moins de résistance? Figurons, dit Cébès, cette
conception par un symbole un vieux tisserand est mort ce
qui prouve, dira-t-on, qu'il continue de subsister quelque
part, c'est que le vêtement qu'il s'était lui-même tissé et
or un vêtement qu'on porte dure
qu'il portait n'a pas péri
moins de temps qu'un homme si donc ce qui dure le moins
subsiste, à plus forte raison est-ce le cas de l'homme lui-

bien, c'est

:

;

;

;

même

(86 e-87

c).

Raisonnement d'une évidente absurdité
Supposons en
effet que meure notre tisserand après avoir usé plusieurs
habits et s'en être tissé tout autant pour les remplacer pos!

:

térieure à toute la suite de ses habits passés, sa disparition

n'en est pas moins antérieure à celle du dernier qu'il s'est
Telle est aussi la relation de l'âme au corps la première est plus résistante et plus durable mais, s'il est vrai

fait.

:

;

que

la

même

âme, en une longue suite d'années, puisse
un grand nombre de corps successifs
le fait au cours d'une seule vie en réparant

user, puis reconstituer,

(comme

elle

revanche l'anéantissement de
du dernier de ses
tandis
l'âme
une
fois
révélera par
celui-ci,
morte,
corps,
que
sa propre corruption son intrinsèque faiblesse et son incapacité à se reconstituer de lui-même. Mais, s'il en est ainsi,
quel motif aurait-on encore de se persuader que, lorsqu'on

l'usure de l'organisme),
cette

âme peut

en

fort bien précéder celui

PHEDON

xl

sera mort, l'âme continuera de subsister quelque part ? On
peut en effet, sans nul doute, accorder à la thèse de Socrate
non pas seulement la préexistence, mais même une certaine
survie de nos âmes, avec une suite de naissances et de morts,
ces naissances renouvelées prouvant assez d'ailleurs quelle
force de résistance possèdent ces âmes. Une telle concession
n'obligerait pas pourtant à concéder en outre que l'âme ne

doive pas se fatiguer dans ces renaissances successives et ainsi
de sorte qu'en fin
perdre peu à peu son énergie essentielle
;

de compte une de

ses

morts

signifierait

pour

elle la

destruc-

qui anéantit l'âme en même
le
nul
n'est capable de la recondissout
temps qu'elle
corps,
naître. Par conséquent aucun homme de sens n'a le droit de
garder sa sérénité en face de la mort ni d'être sans crainte au
l'imsujet de son âme, avant du moins d'en avoir démontré
tion radicale.

Or

cette mort-là,

mortalité et l'indestructibilité absolues (87 c-88 b).
II.

Ainsi,

problème
partie

une

fois

de plus

(cf.

reste entier. Les trois

70 a), Cébès affirme que le
arguments de la deuxième

n'ont donc pas, Socrate en convenait lui-même

(cf.

84 c), totalement brisé les droits de l'incrédulité. L'insistance
on sent que la discussion est
de Platon est significative l
les
une
décisive
esprits sont troublés,
étape
près d'accomplir
les doutes endormis se sont réveillés et
les cœurs malades
la confiance en la possibilité d'une solution est ébranlée
tout semble à reprendre du commencement, et ce sont des
faut ramener
intelligences vaincues, en pleine déroute, qu'il
à l'examen de la question (88 b-89 a), Autrement dit, pour
triompher de l'incrédulité ou de la croyance fausse, on ne
:

;

;

;

doit

compter que sur

la

démonstration. D'autres

con-

traits

tribuent à poser dramatiquement la crise qui décidera du
sort de la recherche. Elle est bien morte, la thèse sur laquelle
reposait l'espérance de Socrate mourant: que, dès maintenant,

en signe de deuil, Phédon sacrifie sa longue chevelure Ou,
un combat
s'il est brave,
qu'il engage contre les négateurs
herculéen, et qu'il jure de ne pas la laisser repousser avant
d'avoir ramené au jour la thèse défunte (89 a-c). Bref tout
concourt à montrer qu'un nouveau bond va porter l'entre!

!

1.

Il

accentue par une intervention d'Echécrate (88 cd) ce qu'a dit
désarroi et de l'inquiétude des assistants.

Phédon du

NOTICE

xli

un

tien vers des spéculations plus difficiles et qui réclament
surcroît d'attention.

Après ces remarques, l'objet propre du morceau qui sert
de prélude à cette phase du dialogue semble assez clair il
:

comprendre à la fois, et qu'il est vain
d'opposer, comme l'ont fait Simmias et Gébès, croyance à
est destiné à faire

croyance, ce qui est le propre de la controverse sophistique
et que Socrate ne se proposera pas de réfuter leurs opinions,
c'est-à-dire de nier à son tour, mais de conquérir un élément
;

doute échappé puisqu'il
C'est un grand mal,
dit-il en effet, de détester en général les raisonnements et de
devenir « misologue », comme certains deviennent « misanthropes », qui haïssent l'humanité tout entière. Or de part
positif de vérité, qui lui avait sans
n'avait pas réussi à les convaincre.

—

du mal est la même c'est un usage
aveugle et incompétent de l'objet; tour à tour on passe d'une
confiance irraisonnée à une défiance qui ne l'est pas moins.
La pratique delà controverse « antilogique », en apprenant
et d'autre la cause

:

à justifier également deux thèses opposées, finit même par
engendrer, en ce qui concerne la valeur de l'argumentation
logique, un universel scepticisme, et à l'égard d'une réalité
vraie

comme

d'une pensée vraie
et l'on se figure avoir
comble de la sagesse Mais c'est une vraie
que nos déconvenues relativement à des raisons capaavec un même contenu, de passer tour â tour du vrai
;

atteint ainsi le
pitié

bles,

!

au faux

et inversement, nous puissent porter à rejeter la
d'un cœur léger, sur le raisonnement en général. Car
la faute est nôtre, s'il existe un raisonnement dont la vérité
puisse être reconnue et ne se perde point cette faute est de
ne pas posséder la technique (celle du dialecticien) capable
de nous donner en effet une connaissance vraie de la réalité

faute,

;

(89 c-90 d).

Ce

qu'il faut

avant tout,
faire

c'est

donc en pareil cas
notre propre santé

un courageux

effort.

Au

l

suspecter et incriminer

pour la rendre bonne,
comporter en grosvérité, ne vise qu'à im-

et,

lieu de se

disputeur qui, sans souci de la
poser sa propre opinion à la conviction d'autrui,

sier

sophe ne voit
1.

là

le

philo-

fin accessoire, et sa fin principale est

la reprise, 90 d fin, de la formule de 89 c fin
deux parties du morceau est ainsi mise en évidence.

Remarquer

relation des

qu'une

;

la

PHEDON

xlii

de reconnaître par lui-même

s'il

a trouvé la vérité. Aussi

présentement pour Socrate tout bénéfice à croire
ainsi en l'existence d'une vérité
car, même s'il n'y a rien
pour nos âmes après la mort, au moins n'aura-t-il pas importuné ses amis de lamentations jusqu'au moment où finira
son ignorance Voilà donc dans quel esprit il discutera les
théories de Simmias et de Gébès c'est à la Vérité seulement
bien y

a-t-il

;

!

:

qu'ils doivent avoir égard, soit pour lui donner, à lui, leur
adhésion, soit pour lui tenir tête ; une illusion, que la seule

ardeur de sa conviction aurait fait naître en eux et en lui, laisserait dans leur esprit une blessure qui ne se fermerait pas

(god-oïc)

1
.

i° Le sens de la discussion ayant été ainsi déterminé,
Socrate résume les deux thèses afin de définir, d'accord avec
leurs auteurs, les points qu'il s'agit d'examiner. Puis, étant

entendu que de la thèse socratique ils ne rejettent pas tout,
obtient de leur part un commun assentiment à la doctrine
de la réminiscence (91 c-92 a). Voilà d'où partira l'examen
de la thèse de Simmias.
Or, si celui-ci tient à sa conception de l'âme-harmonie,
il ne
peut d'autre part accepter la réminiscence. Tout accord
en effet est une synthèse. Que l'âme soit l'accord des tenil

sions constitutives

du

corps, dès lors

il

faudra, pour

que

la

réminiscence soit vraie, que l'âme préexiste aux facteurs dont
elle est censée être la composition; ou, pour que la thèse de
Simmias soit vraie, que l'âme soit une résultante de facteurs

qui n'existent pas encore. Contradiction manifeste il faut
donc choisir. Le choix de Simmias est bientôt fait il s'est
laissé, dans sa théorie, séduire par de fallacieuses analogies
:

:

;

la

réminiscence au contraire

tence de notre

et,

par conséquent,
principe dont

âme dépendent d'un

la préexisla certitude

s'impose, savoir que c'est à l'âme qu'appartient cette réalité

dont l'épithète propre

est « essentielle » (92 a-e)

2
.

Puisqu'il s'agit cependant, non d'un succès à obtenir sur
un adversaire, mais d'une vérité à trouver, une retraite aussi
Cette conception critique de la recherche, accompagnée de la
ne s'oppose pas seulement aux
qu'il existe une vérité,
Sophistes qui n'ont pas cette conviction, mais en même temps aux
Pythagoriciens, qui acceptent sans critique la Parole du Maître.
1.

conviction

2.

Voir p. 49, n. 3

et p. 60,

n. i-3.

NOTICE
prompte ne peut contenter

xliii

aussi

poursuivra-t-on l'analyse
— Un composé
quelconque,
par

de cette notion d'accord.

;

et

conséquent un accord, ne doit être, ni dans sa nature, ni
comme agent ou patient, autrement que ne le comportent
les éléments dont il est fait (cf. 78 bc). D'où il suit que l'accord ne conditionne pas ses facteurs constituants, mais qu'il
en est la suite ou le résultat il ne peut donc être en opposi;

tion avec ce qu'exigent ses éléments. Voilà

convenu (92

acquis et

e sq.).

— En chaque

un premier point

cas, d'autre part,
ce qu'il est par rapport

un accord musical est spécifiquement
à telles tensions des cordes et par rapport à tels intervalles des
sons il ne peut pas plus être supérieur ou inférieur à ce que
;

précisément il est, que ces intervalles ne peuvent être, par
rapport à ce qu'il est, augmentés ou diminués (cf. p. 61,
n. 1). D'où il suit qu'une âme, à supposer qu'elle soit un
accord, est spécifiquement ce qu'elle est, et ne peut l'être ni
plus ni moins qu'une autre âme. C'est un second point dont

on

doit convenir (o,3 ab).
Celui-ci vient le

premier en discussion. Personne ne con-

testera qu'il y ait des âmes vertueuses et d'autres, vicieuses.
Expliquera-t-on cette différence en disant que dans une âme,

qui est déjà accord, la vertu constitue un supplément d'accord et le vice, un défaut de supplément d'accord ? Mais l'une
serait alors moins complètement accord que l'autre, de

qu'un accord pourrait être inférieur à ce qu'il est spécifiquement, au lieu d'être toujours égal à lui-même. Or ce
en s'y tenant, on devrait
n'est pas ce dont on est convenu
au contraire nier toute supériorité de vice ou de vertu dans
bien plus, aucune âme d'aucun vivant absolument
les âmes
ne pourrait être mauvaise, car toute âme, étant pareillement

sorte

:

;

âme, devrait

être pareillement accord (a3 b-g4 b)

*.

On

envisage ensuite la première proposition. Dans l'ensemble du composé humain, il est certain que l'autorité
1.

taire

Plusieurs auteurs, et

notamment Philopon dans son commen-

du De anima,

tation dans

un

attestent qu'Aristote avait utilisé cette argumendialogue de sa jeunesse, Eudeme ou De l'âme (tous les

de Rose; voir surtout 1482 b, 4244» i483 a, 5-i8). Tandis que accord et désaccord, disait-il, sont deux
contraires, l'âme n'a pas de contraire. D'autre part l'accord fait la
textes sont réunis dans le fr. 4i

mais ce sont
santé, la force ou la beauté
non ce qui en constitue la nature.
;

là des

modalités de l'âme,

PHÉDON

xliv

79 e sq.), et surtout quand elle est
ne l'exerce pas en se prêtant comsage.
plaisamment aux affections du corps, mais bien plutôt en les
contrariant, quand elle juge raisonnable de le faire. Or ce
dont on était convenu, c'est que, si l'âme est l'accord des
tensions et des relâchements du corps, jamais elle ne pourra
faire entendre une musique qui soit avec eux en opposition
et que cette musique, bien loin de les conditionner, en est
au contraire une suite naturelle. La définition de l'âme par
l'accord conduit donc une fois de plus à une contradiction.
appartient à l'âme

Or

(cf.

cette autorité, elle

Cette définition est donc inacceptable (94 b-95 a).
Voilà la thèse de l'âme-harmonie définitivement mise hors

de cause (96 ab).

étant donnée à la base une thèse, admise sous
ou par mutuelle convention (uttoOegiç), on en déduit

l'attention

réserve

— La méthode employée mérite tout d'abord

:

conséquences pour voir

les

si elles

conviennent, soit avec

le

principe, soit entre elles, soit enfin avec des faits qui ne sont
1
C'est un
pas contestés par celui qui a accepté le principe
exemple anticipé de la méthode dont la formule sera plus
.

explicitement donnée dans la suite (cf. 100 a, 101 de). En
outre de cet aspect formel de la discussion, il faut noter que
sur la nature essentielle de l'âme elle a permis d'acquérir

L'un est que l'âme a son essence
ne
comporte pas de degré (cf. 93 b). L'autre
propre, laquelle
est que les déterminations de cette essence et de ses propriétés
sont relatives au bien et au mal (cf. 93 a) ce qui implique
que son action sur le corps n'est pas purement mécanique,
mais relative aux fins propres de l'âme, qui sont morales. Or
ces deux résultats, obtenus à l'encontre de la thèse de Simmias, s'opposent à ce qu'implique celle de Cébès, et en fait
deux

résultats positifs.

;

ils

serviront à la réfuter (cf. p. l et p. lx sq.).

La discussion de

2

de

cette dernière thèse est la pièce capi-

la troisième partie. C'est ce que Platon
dès le début. Il signale en effet tout d'abord

tale

1.

marque bien
avec quelque

Aussi l'emploi de la proposition conditionnelle (avec et, efosc,
fréquent dans tout le morceau. On remarquera particu-

InstoT]) est-il

lièrement

expressions qui marquent l'assentiment (oii.oX6ff\iici),
des prémisses (u~6Q-z'.ç), la déduction des conséquences (ix
toutou toj Àoyou, xaTa tov ôpôôv Xoyov) : 93 c 1, 8 ; d 1, 2 ; e 7 sq. ;
les

la position

g/i

a 5

;

b

1

;

c 2, 6.

NOTICE

xlv

solennité
d'une partie où
s'agit de jouer un
jeu serré (q5 b). Puis il s'astreint à reprendre une fois de
plus (cf, 91 d) le contenu de cette objection redoutable
folle confiance du philosophe fondée sur une croyance sans
preuve énergie quasi divine de l'âme, qui lui permet de
les risques

'

il

:

;

préexister on ne sait combien de temps à la vie corporelle,
de façon à acquérir les connaissances dont elle se ressouvient
ensuite, et qui par conséquent lui confère une durée supérieure à celle du corps ; refus de considérer cette plus longue
durée comme équivalente à l'immortalité 2 , puisque l'incar-

nation est au contraire pour
maladie dont enfin elle mourra

elle
;

le

commencement de

raisons égales,

même

si

la

cette

incarnation peut se renouveler plusieurs fois, de craindre
pour notre âme à l'approche de la mort physique (95 b-e).
Enfin la réponse de Socrate est précédée, comme à 84 c, d'une

longue méditation silencieuse (96 e).
A. Le problème posé par la conception de Gébès est en
effet un très grave
problème, celui des causes de la génération et de la corruption bref le problème général de la Phye
sique, qui avait été jusqu'au milieu du v siècle le centre de
:

la spéculation

philosophique. L'examen direct du problème

par rapport à la destinée de l'âme est,

comme

de coutume,

précédé d'une introduction que son exceptionnel développement ne doit cependant pas faire tenir pour une pièce indé-

pendante en contant l'histoire de sa pensée par rapport à
ce problème, Socrate prépare la solution des difficultés devant
:

lesquelles la recherche a jusqu'alors échoué.
1. Cébès s'attend à être, à son tour, battu
par l'argumentation de
Socrate. Qu'il ne clame pas trop haut pourtant sa certitude Il risquerait ainsi de susciter contre cette argumentation la mystérieuse jalou!

sie

qui menace tout orgueil trop confiant et d'attirer sur elle

le

mau-

vais sort.
2. Autrement dit, la qualité intensive qui constitue cette énergie
peut décroître indéfiniment par une sorte d'alanguissement. C'est
l'argument que, dans la Critique de la raison pure (II Th., II Abth.,
II Buch, 1 Hauptst.
trad. Barni II, i5 sqq.), Kant a repris avec
;

en avait en effet
aucune allusion à l'origine platonicienne de son argument. Je dois à l'amitié de M. Martial Gueroult d'avoir eu communication d'une pénétrante étude qu'il
a consacrée à cette question et que publiera la Revue de Métaphysique
et de Morale en 1926.

force contre Mendelssohn

tenté

une

réfutation.

;

celui-ci dans son Phéclon

Kant ne

fait d'ailleurs

PHÉDON

xlvi

Dans

a.

sa jeunesse

s'est

il

enthousiasmé pour

la

Physique:

qu'elle lui promettait de l'instruire, sur chaque chose,
des causes qui en expliquent la production, la disparition,
c'est

l'existence

ciens sur

sur

les

;

il

se passionnait pour les recherches des Physide la vie et la formation de la pensée;

l'origine

conditions dans lesquelles s'abolit tout cela enfin
Puis finalement il s'est rendu compte
;

sur la cosmologie.
qu'il était aussi

peu

fait

que possible pour

ce genre d'études

( 9 6a-c).

Au commencement
et

on

il

en

avait

mais par

le lui disait;

de savoir,
rend compte que

effet l'impression

la suite

il

se

l'a tellement aveuglé,
que le savoir qu'il
pensait avoir acquis lui échappe. Il s'imaginait connaître par
exemple le pourquoi de la croissance d'un homme, en allé-

cette instruction

guant pour cause qu'il mange, boit, et que sa masse grossit
par la réunion des chairs aux chairs, des os aux os, etc. le
pourquoi de la supériorité de taille d'un homme sur un
autre
le pourquoi de l'excès
parce qu'il a la tête de plus
de 10 sur 8
parce qu'il s'y ajoute deux unités, etc. Or,
voici que de telles explications lui semblent ne rien expliquer du tout. Essaie-t-on d'expliquer de cette manière la
production du 2 en disant qu'il résulte de l'addition de 1
à 1 ? Mais quelle est la cause qui amène à l'existence cette
;

:

;

:

,

chose nouvelle

ou bien

la

?

Il

seconde

;

se

demande

et,

au

cas

où

si c'est la
première unité,
ce serait la juxtaposition des

deux, pourquoi l'opération inverse, par laquelle on partage
l'unité, est également capable de produire la génération
du 2. Bref, en suivant cette voie de la recherche 1 , il
n'arrive à rien qui le satisfasse

pour ses yeux aveuglés
méthode des Physiciens semble incapable de résoudre
:

la
le

problème de la Physique il continue cependant de chercher, mais c'est par lui-même, sans guide, et au petit
;

bonheur (96 c-97

b).

un passage
question d'un Esprit intelli-

C'est alors qu'il entend lire (et. p. 68, n. 2)

d'un

livre

d'Anaxagore où

il

est

gent, l'ordonnateur et la cause de toutes choses.
1.

Qui

A

l'inverse

consiste à donner, en guise d'explication, des constatations
bref à nous amuser avec des histoires ou des

et des descriptions,

fables, qui prétendent valoir par elles-mêmes au lieu d'être,
les

mythes de Platon, des extensions de

comme

l'explication rationnelle, l'histoire probable de ce qui n'est pas, mais devient. Cf. Soph. 1^1 c
sqq.

NOTICE
de

l'autre,

cette

xlvii

sorte de causalité fait son

bonheur

:

si

en

l'Intelligence est la cause et l'ordonnatrice universelle,
elle doit l'être aussi pour chaque chose en particulier et,

effet

dans

sa

nature ou dans ses propriétés actives et passives,
mieux. Quand donc on aura décou-

l'avoir disposée pour le
vert ce qui est le mieux

coup, ce qui est

le pire,

pour elle et inversement, du même
on saura comment en expliquer la

production, la disparition et l'existence. Ainsi le seul objet
qui mérite les recherches du Physicien, c'est le bien et le
Cette causalité du bien, à laquelle l'a
meilleur (97 b-d).

—

conduit sa méditation sur la théorie d'Anaxagore, Socrate est
impatient de l'appliquer aux problèmes particuliers de la
Physique, comme ceux de la figure ou de la position de la
terre, des mouvements du soleil et de la lune, etc. Pour
expliquer tout cela et en découvrir la loi nécessaire, il doit
suffire en effet d'expliquer en quoi il est mieux que cela soit

comme
fonde

il est.

Autrement

dit, c'est la finalité intelligible qui
fin de la n.
doctrine

la nécessité (cf. p. 70,

2).

Une

qui a trouvé dans l'Esprit, dans l'Intelligence ordonnatrice, la
cause de l'ensemble de l'univers et aussi, sans doute, du
détail
belles

de son organisation, inspire donc à Socrate les plus
espérances. 11 se hâte de lire le livre d'Anaxagore

d- 9 8b).
Mais cette lecture lui apporte une croissante déception
elle le laisse au même point que ces Physiciens qui n'assignaient aucun rôle à l'Intelligence. Il s'aperçoit en effet
qu'au lieu de faire usage de cette dernière dans l'explication
spéciale des choses, Anaxagore, contre toute attente, allègue
seulement des causes mécaniques
air, éther, eau, etc. C'est
comme si, après avoir déclaré que toute l'activité de Socrate
( 97

;

:

s'explique par l'intelligence,

on

alléguait ensuite,

pour expli-

de ses actes et de son langage, le système
osseux et musculaire de son corps, le mécanisme des mouvements et des attitudes, l'émission de l'air par la voix et sa
réception par l'ouïe. Mais procéder ainsi serait laisser de côté
les causes véritables
que les Athéniens ont jugé meilleur de
le condamner, et lui, meilleur de ne pas se dérober à la

quer

le

détail

:

peine. Avec les causes invoquées tout à l'heure, on expliquerait tout aussi bien de sa
part une conduite opposée ; elles ne
sont donc pas les causes véritables. C'est une absurdité de se
servir à

leur sujet

du mot

cause

;

car ce sont seulement les

PHÉDON

xlviii

conditions sans lesquelles Socrate serait incapable de faire ce
que par son intelligence il juge meilleur de faire. La vraie
cause, c'est ce choix

du meilleur (98 b-99

Faute de distinguer entre

b).

cause qui est réellement cause
et la condition sans laquelle celle-ci ne serait pas causante,
une telle méthode d'explication condamne à tâtonner dans
la

Voilà pourquoi les Physiciens, avec leurs explications mécanistes, ne s'accordent pas entre eux. Ils méconnaissent le pouvoir causal du meilleur possible et son efficacité.
C'est pourtant lui, véritable cause efficiente en même temps
l'obscurité.

finale, qui met les choses en l'état où elles sont
l
capable de les lier en un système stable. Voilà la
cause que Socrate aspire à connaître. Or il n'a pu s'en instruire près de personne, et il n'a pas réussi non plus à la

que cause
seul

il

;

est

par lui-même. Pour la découvrir il fallait donc
2
Ce sont ces tentatives nouvelles
changer de navigation »
pour atteindre le port, que maintenant Socrate va conter à
Cébès (99 b-d).
trouver
«

.

1.

La

nécessité particulière qui est dans le bien (cf. 97 e

s.

m.)

est

l'obligation qui lie les choses entre elles ; il y a là, dans le grec, une
allitération que le français ne permet pas de rendre complètement
(lujare, lier).
2. La phrase

« puisque je n'avais eu le moyen,
de Socrate 99 c
par moi-même, ni de m'en instruire près d'un
autre » semble rappeler les deux premiers termes de l'alternative
envisagée par Simmias 85 c. Ce serait donc aussi le souvenir de la
:

ni de la découvrir

métaphore nautique employée par celui-ci (d) qui suggérerait à présent la métaphore proverbiale du Seutsoo; r:Xoij;. On est par suite
tenté de croire que, dans la pensée de Platon, le nouveau mode de
navigation à employer correspond au troisième terme de Simmias
la révélation divine. Peu importe que, dans son sens habituel, le Ssu:

xsooq xkovç représente un pis-aller. Peut-être, en l'espèce, ce pisau but. Il est d'autre part tout à fait conforme aux

aller conduira-t-il

procédés ordinaires de l'ironie, de présenter avec modestie une tentative d'où sortira la révélation de la vérité. D'ailleurs, si les Physiciens ont échoué dans la recherche de la cause véritable, Socrate n'a
pas été jusqu'à présent plus heureux il serait donc peu naturel qu'il
produisît orgueilleusement la nouvelle méthode comme une décou;

verte de son propre génie. En somme, en insinuant ici que sa
démonstration de l'immortalité a une valeur surhumaine, Platon
ferait d'une façon détournée ce qu'il fait ailleurs ouvertement, par
ex. Ménon 81 ab, Banquet 201 d, Philebe 16 c.

NOTICE

xlix

Ce que les Physiciens qui ont ignoré la causalité véritable, ce qu'Anaxagore qui l'a entrevue, ce que Socrate luimême en essayant de l'appliquer à la Physique, ont eu tous
b.

et toujours pour
objet, c'est la réalité même des objets de
l'expérience. Or, à la suite de ses tentatives antérieures,
Socrate a fini par se demander si, en s'eflbrçant ainsi de la

directement par le moyen de la connaissance sensible,
ne risquait pas de rendre son âme définitivement aveugle
exactement comme ceux qui ont l'impru(cf. 96 c, 97 b)
dence de contempler directement une éclipse de soleil. Il
conçoit donc la nécessité de chercher le salut dans les représaisir
il

;

sentations

intelligibles
dit

(Xôyoi), autrement

la pensée se
dans leurs Idées,

et

choses

des

fait

que

d'envisager en

La comparaison, il est vrai, peut tromper.
Elle semble dire en effet